jeudi 29 décembre 2016

Dette publique : réalité ou mensonge ?

Jean Goychman – Dette publique : réalité ou mensonge ?
Euro billet chaîne

Par Jean Goychman le 29/12/2016

Chaque fois qu’il est question de faire quitter à notre pays la zone euro afin de rétablir une monnaie nationale dont nous aurions le contrôle, les partisans inconditionnels de la monnaie unique nous rétorquent que c’est totalement inenvisageable en raison de l’immense dette publique que notre pays a contracté, au fil du temps, depuis plus de quarante ans.

Il apparaîtrait également que nous, citoyens français, en serions redevables et que nous devrions la rembourser à nos différents créanciers, sous peine de voir notre pays déclaré « en défaut »

Petit à petit, cette affirmation est devenue une évidence que personne ne semble plus contester. Un petit retour sur l’origine de ces dettes s’impose.  Pour le commun des mortels, contracter une dette envers quelqu’un implique que ce quelqu’un dispose préalablement de l’argent qu’il va prêter.  Lorsque  vous vous tournez vers votre banque pour lui emprunter de quoi financer une nouvelle voiture, tout porte à croire qu’elle va vous avancer une somme qu’elle possède et que vous lui rendrez en la remboursant chaque mois d’un certain montant. Naturellement, cette mensualité comportera une part de capital et une part d’intérêts. Les intérêts sont en quelque sorte le prix du service rendu et constituent le gain de votre banque. Jusque-là, tout est normal.

Ce n’est qu’en creusant un peu plus les choses que les véritables mécanismes apparaissent. En fait, la banque ne vous prête pas réellement de l’argent qui lui appartient. Elle vous ouvre simplement une « ligne de crédit » et cette ligne sera détruite à la fin du remboursement. Il n’y aura aucune création monétaire. Bien sûr, le montant total des lignes de crédit qu’une banque peut accorder est, en principe, encadré. La banque doit avoir quand même des « fonds propres » et le montant des lignes de crédit représente un certain multiple de ces fonds propres.

C’est ce qu’on appelle les « réserves fractionnaires » Leur origine remonte aux orfèvres, qui faisaient le commerce de l’or et des métaux prècieux. Plutôt qu’aller chercher chez son orfèvre une certaine quantité d’or physique, entreposée dans son coffre, on demandait à celui-ci d’établir un certificat attestant que vous aviez déposé chez lui la quantité d’or nécessaire à votre achat. Les orfèvres avaient pris, au fil du temps, l’habitude d’établir plus de certificats qu’ils n’avaient d’or entreposé. Ils réalisaient ainsi un certain bénéfice.

Petit à petit, les certificats sont devenus des « billets de banque » que chaque banque pouvait émettre. Le tout était d’éviter que tout le monde vienne vider son compte en même temps, ce qui aurait provoqué la faillite de la banque. Afin de soi-disant réglementer l’activité des banques, le rôle de gendarme fut dévolu aux « banques centrales » qui avaient le privilège de « frapper la monnaie » afin d’en contrôler la quantité en circulation. Pour simplifier, nous avons deux sortes  différentes de monnaies émises : la monnaie fiduciaire, constituée par les billets et les pièces, survivance d’un passé quasi révolu, fabriquée par les banques centrales, et l’argent scriptural, émis par les banques de détail sous forme de lignes de crédit  destinées à être effacées à la fin des opérations.

Pour émettre de la monnaie fiduciaire, donc essentiellement imprimer des billets, les banques centrales doivent mettre en face une dette correspondante. Au début, cette dette était émise sous forme d’un « bon du Trésor » mais progressivement on a empêché les Etats de se financer sans intérêt auprès de leur banque centrale en les  aiguillant vers « les marchés privés » ; Le rôle des banques centrales comme la BCE étant exclusivement de maintenir l’inflation à une valeur donnée, les dettes publiques sont donc réalisées auprès des banques privées. Elles procèdent ainsi dans leur jargon à des « rachats d’actifs » en émettant des lignes de crédit à concurrence de ce que permettent  les réserves fractionnaires. Alors vient la grande question : cet argent existe-t-il réellement ? En d’autres termes, les marchés qui prêtent cet argent aux Etats le possèdent-il ?

La question est loin d’être anodine.

Dans le système monétaire actuel, les banques centrales, celles qui impriment les billets contre des reconnaissances de dettes, créent de fait cet argent « ex nihilo » Ensuite, ces billets vont vers les banques qui les échangent  contre des dettes, publiques ou non. Ces dettes remontent ainsi au bilan de la BCE. Comme les règles de la zone euro interdisent à la BCE de financer directement les Etats, il faut, pour émettre les 60 milliards d’euros mensuels, que la BCE rachète aux marchés privés qui les détiennent les dettes publiques contractées par les Etats de la zone.

Et le plus cocasse, c’est que ces mêmes Etats ont du s’endetter pour sauver un certain nombre de leurs banques durant la crise de 2008. On voit que tout ceci « se mord un peu la queue »

Les seuls bénéficiaires de ce système seraient donc, à priori, ceux qui perçoivent les intérêts générés par la dette. Compte-tenu des taux actuels, voisins de zéro et parfois même négatif,  il est légitime de se poser la question :

« Qui doit quoi et à qui ? » Sans réponse claire, il est permis de se demander si tout ceci ne mène pas à un « enrichissement sans cause » ?

Tout l’édifice repose donc sur les bilans des banques et sur celui de la BCE. Faut-il rappeler qu’en définitive, c’est toujours le contribuable qui est le prêteur en dernier ressort. Les bilans ne sont équilibrés qu’en vertu de la confiance qui est mise dans la solvabilité des emprunteurs. Que ceux-ci fassent défaut et le château de cartes s’écroule. En outre, ce système dit « d’argent-dette » ne peut fonctionner que s’il y a des dettes. Chaque billet émis  par la BCE correspond ainsi à une dette émise. Si un jour, toutes les dettes venaient à être remboursées, il n’y aurait plus de monnaie en circulation

« Si la population comprenait le système bancaire, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin. »Henry Ford

*   http://www.larecherchedubonheur.com/article-13365488.html

Gilbert Collard