dimanche 11 décembre 2016

Le FN démystifié… par Pascal Perrineau

Perrineau


Par Emma Bessière * le 11/12/2016

« Comment comprendre la dynamique du Front national », tel est le titre de la conférence donnée récemment par Pascal Perrineau à Villefranche-de-Rouergue.

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas (« C dans l’air »), Pascal Perrineau est politologue, professeur des universités à Sciences Po. Ses recherches portent principalement sur la sociologie électorale, l’analyse de l’extrême droite en France et en Europe.

Se voulant impartial, il confirme que le Front national est bien devenu le premier parti de France : le pays serait donc passé d’un bipartisme gauche/droite à un tripartisme…

Pascal Perrineau, dont l’objectif n’était certes pas de faire l’apologie du Front national, s’est appliqué – tant dans ses intonations que dans l’ambiguïté de certaines phrases – à marquer la réprobation qui est d’usage à l’encontre du FN. Ainsi, rappel de Toulon (1995), unique référence de gestion de mairie FN, alors que le Front National démontre largement, depuis, ses capacités en la matière (Fréjus, Hénin-Beaumont, Beaucaire).

En résumé, le FN doit sa dynamique à sa « capacité à exploiter le malaise général » (sic). Autrement dit, se nourrit de la misère, des drames, des attentats…

Mais ce que pourront retenir les participants à cette conférence, ce que retiendront aussi les étudiants de Sciences Po, c’est que le Front National n’est pas un parti d’extrême droite, même si quelques impatients dans l’assistance ont bien tenté de lui faire dire le contraire.

Puis, faisant référence au nationalisme et aux « heures sombres » du national-socialisme/nazisme, d’autres ont aussi échoué : aucune comparaison possible, le FN se définit par un nationalisme patriotique souverainiste, sans caractère raciste ou xénophobe.

De surcroît, ce n’est pas un parti « fasciste »…

Le Front National est-il un parti anti-système ? Si le FN critique les fonctionnements et – selon lui – les dévoiements du système, il ne peut pourtant pas être considéré comme un parti « anti » ou à l’encontre des institutions. Il est républicain, fortement attaché aux valeurs ainsi qu’aux symboles de la République (« plus républicain, tu meurs » a été la définition de Pascal Perrineau).

À la question : le Front National aurait-il réellement « changé », la réponse a été oui. Il a changé dans un sens évolutif, en mouvance avec la société – autant que tous les partis ont dû le faire –, citant à la volée tous les partis de gauche et de droite qui, de même, ont peu à peu ajusté leur ligne politique avec le temps.

Et enfin, il l’a dit, le Front National a bien été « diabolisé » dans les années 70-80 car cela arrangeait les adversaires politiques de l’époque et parce que Jean-Marie Le Pen se prêtait volontiers aux jeux de mots, citations et provocations… Cette diabolisation a été instrumentalisée et n’était pas justifiée.

Il conclut que le Front National est « un parti comme les autres », légitimant en cela sa participation à la vie politique du pays. On peut, cependant, se demander si notre politologue réputé a pris connaissance du programme quand il le qualifie de « parti de blocage sans propositions »

Les propositions FN peuvent être embarrassantes pour les uns, d’autres peuvent feindre de les ignorer, d’autres encore peuvent être enclins à les soutenir et les défendre…

Mais n’est-ce pas ainsi que se définit la démocratie ?

* L'auteur ou les auteurs du présent article ne sont en rien membres du FN, du RBM ou d'un mouvement de cette famille politique -à la connaissance du BYR- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.