dimanche 11 décembre 2016

L’élite qui nous gouverne n’aime pas les référendums….

Réferendum-oui-non

Par Jean Goychman le 11/12/2016

Comme le laissait présager les sondages, le référendum italien s’est soldé par un rejet massif exprimé par une très large majorité du peuple consulté. Il est de fait que la tendance actuelle en matière de référendum a de quoi inquiéter les puissants qui nous gouvernent. Si toutefois on peut appeler cela gouverner, car dans la réalité ils semblent subir les évènements sans pouvoir réellement peser sur leur cours. Comme toujours, plutôt que d’en analyser les causes profondes, nos dirigeants préfèrent évoquer la montée du populisme et l’incapacité des peuples –quels qu’ils soient- à analyser le sens général de l’évolution de notre monde. Pour eux, ces gens-là ne peuvent pas avoir d’idées. Abrutis par des chaînes de télévisions ou de radio qui saturent les organes  récepteurs de leurs cerveaux par des informations totalement inutiles, entrecoupées de messages publicitaires destinés à renforcer le côté « panurgien », que peuvent-ils comprendre à la monnaie-dette généralisée, aux traités intercontinentaux de libre échange ou encore à la stratégie géopolitique ?

Et s’ils se trompaient ? Si malgré des décennies passées à tenter de leur retirer tout libre arbitre et esprit critique, les descendants de Voltaire, de Rousseau ou de Diderot avaient conservé par atavisme ce don de pouvoir s’opposer aux choses lorsque, manifestement, celles-ci deviennent contraires à leur propre intérêt ? Bien sûr, les questions sur lesquelles on demande aux peuples de trancher sont souvent complexes et  d’une interprétation peu évidente. Mais s’abriter derrière ce genre d’arguments pour bannir les référendums futurs est, naturellement sans le dire, le moyen de priver le peuple de sa souveraineté. Or, la souveraineté populaire est justement ce qui distingue les régimes démocratiques des régimes totalitaires.

Et les gens du peuple, les gens « simples » comme se plait à dire Jean Claude Juncker, ne s’y méprennent plus. Longtemps, on a tenté de leur faire croire à cette « quadrature du cercle » d’une Europe fédérale qui aurait conservée aux peuples leur souveraineté et aux Etats-nation qui la constituait leur indépendance. La réalité, c’est que tout cela est resté caché. On n’en parlait pas. Le tout était de gagner du temps avant que les esprits ne s’éveillent. Encore la méthode « des petits pas » chère à Jean Monnet. De même la perte de contrôle du peuple sur sa monnaie. On a vanté d’une manière dithyrambique les avantages supposés d’une monnaie unique, sans en exposer les inconvénients à terme. Philippe Seguin, dans un discours aussi remarquable qu’inégalé à ce jour, fut l’un des rares hommes politiques à aborder cette question, fidèle à son engagement gaulliste. En 1992, année du référendum de Maastricht,  le peuple français accordait encore une certaine confiance à ses dirigeants politiques et le « oui » fut majoritaire.

A l’époque, nos élites ne trouvaient rien à redire à l’emploi du référendum.

Depuis, les choses ont changé. L’euro, monnaie unique qui devait agir comme un catalyseur pour accélérer le fédéralisme européen, n’a pas rempli ce rôle auquel il était entièrement dévolu.  Opposés à cette monnaie, le peuple allemand l’a toutefois accepté, non sans réserves. Mais la réunification des deux Allemagnes séparées depuis la fin de la guerre l’a emportée sur les autres considérations. Cette réunification ardemment désirée était pourtant un signe fort du désir du peuple allemand de voir se reconstituer sa nation amputée. Cela indiquait également clairement pour qui voulait le voir que, malgré après une séparation forcée de près de cinquante ans, le peuple allemand avait su préserver les moyens de retrouver son unité.

Vingt trois ans après Maastricht, en 2005, les peuples français, irlandais et néerlandais refusèrent par référendum le projet de traité constitutionnel. Plutôt que de s’interroger sur la signification réelle de ces refus, les dirigeants européens préférèrent faire porter le chapeau aux peuples qui n’avaient  pas bien voté. Ils n’ont pas compris la question, disaient certains. Pour d’autres, ils avaient réglé des comptes de politique intérieure. D’autres, enfin, critiquaient le principe même du référendum qui donnait un pouvoir qualifié d’exorbitant à gens qui n’avaient pas la compétence pour l’exercer, rejoignant en cela la pensée néolibérale qui entendait remplacer les gouvernements élus par des dirigeants de multinationales dont la réussite prouvait la compétence pour diriger le monde.

Car c’est bien ce cela dont il s’agit. Le capitalisme industriel s’accommodait plutôt bien de l’existence d’un Etat nation garant de la souveraineté populaire. Redistributif par nature, il avait permis l’émergence des « classes moyennes » apanage des démocraties. Les salaires des employés augmentaient, donc la demande également et la croissance, créatrice de richesses, suivait.

Le passage du capitalisme industriel au capitalisme financier a considérablement modifié la donne. Apatride par nature, il est très « concentrateur des richesses ». Ceux qui possèdent l’argent peuvent, par la voie de la spéculation et notamment des « effets de levier » gagner des sommes considérables en très peu de temps, ôtant ainsi toute référence de valeur au travail de l’Homme, base idéologique du capitalisme industriel. Dès lors, la compétition internationale, rendue possible par la disparition des frontières et, par voie de conséquence, des Etats nation impose de diminuer les salaires des entreprises implantées là où le niveau de vie est le plus élevé. Les pays ayant gardé le contrôle de leur monnaie peuvent encore procéder à des « dévaluations compétitives », ceux qui, de surcroît, ont conservé un certain « protectionnisme » peuvent également rétablir une certaine équité compensatrice, mais les autres ?

Les autres, c’est-à-dire nous et nos homologues européens  et tous ceux liés à la fois par une monnaie unique et un traité de libre-échange, n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Les salaires baissent, les pays s’endettent, le chômage augmente, et nos élites voudraient que les peuples en redemandent ?

Comment peut-on s’étonner, dans une telle situation, que les peuples veulent maintenant « renverser la table » et refusent de reconduire dans leurs fonctions ceux qui les ont conduit dans une telle impasse ?

Les termes du choix apparaissent donc maintenant en pleine lumière. Il nous faut choisir entre la souveraineté des peuples et des nations, garante de la Démocratie et le totalitarisme qui consacrerait un gouvernement mondial qui prendrait nécessairement le tas sur nos Etats nation, fut-ce en totale opposition avec la Charte des Nations Unies qui garantit pourtant leur souveraineté. Le prochain référendum devrait porter sur une question simple et compréhensible par tous :

« Peuple de France, voulez-vous garder votre souveraineté ? »

Gilbert Collard