jeudi 8 décembre 2016

Marine Le Pen veut restreindre l'accès des enfants d'étrangers à l'école gratuite

Marine 081216

La présidente du FN souhaite soumettre l'accès à certains services publics gratuits pour les étrangers établis en France à «un délai de carence» au cours duquel ces derniers devraient «cotiser» par leur travail.

Au lendemain d'un retour médiatique au 20h de TF1 parasité par les divergences de ligne qui la distinguent de sa nièce, Marine Le Pen était déterminée à tourner la page, ce jeudi. Invitée par l'institut de sondage BVA, la candidate du FN pour la présidentielle s'est montrée très offensive, désireuse de montrer qu'elle ne craint pas de devoir affronter François Fillon. À la volonté prêtée à «l'ultralibéral» chef de file de la droite de «privatiser la sécurité sociale» et de porter «le programme du Medef», la présidente du FN a opposé ses propres pistes pour réaliser des économies dans le budget de l'État. L'une de ses principales options est de réduire ce qu'elle qualifie de «gaspillage», avec en tête un exemple: l'accès à l'enseignement scolaire gratuit pour les enfants de ressortissants étrangers.

«Je n'ai rien contre les étrangers, mais je leur dis: “Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à ce que vous soyez pris en charge, à être soignés, que vos enfants soient éduqués gratuitement, maintenant c'est terminé, c'est la fin de la récréation!”», a d'abord déclaré Marine Le Pen, près des Champs-Élysées. Quelques heures plus tard, sur le marché de Noël qui occupe le bas de l'avenue, la candidate frontiste a développé son propos:

 «Je souhaite la fin de la scolarisation automatique et gratuite pour les enfants de clandestins. Et pour les étrangers en situation régulière, il me semble normal que l'accès à la gratuité de l'école ne soit autorisé qu'après un délai de carence, au cours duquel, s'ils travaillent, ils auront cotisé», a précisé la candidate.
La durée précise d'un tel «délai de carence», reste à déterminer: «nous y travaillons», assure la fille de Jean-Marie Le Pen, mais la fourchette envisagée se trouve entre un et deux ans. Auprès du Figaro, elle précise que les enfants de parents étrangers arrivés récemment en France pourraient devoir «verser une contribution» pour pouvoir scolariser leurs enfants dans le public. Selon elle, c'est l'ensemble de l'accès aux services publics gratuits en France qui devraient être soumis à ce système. Elle souhaite par exemple abroger certaines aides aux personnes âgées dont peuvent aussi bénéficier les ressortissants étrangers habitant en France.

«La France a été trop généreuse. Il est normal que la solidarité nationale et l'accès à la gratuité soient d'abord réservés aux Français qui la payent, et dont les parents ont aussi payé toute leur vie», a-t-elle justifié.

Une proposition contraire aux traités internationaux

Problème: la loi française comme les traités internationaux ratifiés par Paris obligent à ce que tous les enfants puissent avoir accès à une éducation gratuite, quelle que soit la situation administrative de leurs parents. Plusieurs textes l'affirment: l'article 26 de la déclaration universelle des Droits de l'Homme, l'article 28 de la Convention internationale relative aux Droits de l'Enfant, l'article 2 du protocole additionnel de la Convention européenne des Droits de l'Homme et l'article L131-1 du Code de l'Éducation. Les mineurs en situation irrégulière peuvent effectivement bénéficier eux aussi d'un accès à l'école publique, de même qu'à la santé, notamment par le biais de l'aide médicale d'État, lorsqu'ils justifient d'au moins trois mois de résidence en France.

La ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem n'a pas tardé à réagir à cette annonce par un communiqué. «Par ces mots, que je condamne avec la plus grande force, Mme Le Pen fait preuve tout autant de son indifférence la plus totale à des situations humainement terribles affectant de jeunes enfants, que sa méconnaissance de tous les principes républicains et de toutes les conventions internationales dont la France est signataire», affirme la ministre . 

«Je tiens à rappeler ici que c'est l'honneur de la République française de garantir aux enfants, à tous les enfants, le droit à l'éducation, c'est-à-dire le droit à un avenir», ajoute Najat Vallaud-Belkacem. «Le principe républicain d'égalité d'accès au service public de l'Éducation est un principe de droit commun. Il doit s'appliquer à tous, sur tout le territoire, quels que soient leur nationalité, leur statut migratoire ou leur parcours antérieur, sans distinction ni exception», souligne encore la locataire de la rue de Grenelle.

Par Marc de Boni le 08/12/2016

Le Figaro