jeudi 15 décembre 2016

Non M. Fillon, la France ne dépense pas trop pour sa santé

Pharmacie

Tribune d'Aloïs Navarro, Assistant parlementaire FN au Parlement européen , du 15/12/2016

La victoire de François Fillon à la primaire de la droite et du centre aura eu le mérite de mettre la santé au coeur de la campagne présidentielle. Le système de santé et de sécurité sociale est brocardé par le candidat des Républicains, accusé d’être à la fois trop généreux et de déresponsabiliser ses bénéficiaires. Il propose donc de déléguer la gestion des «petits risques» aux assurances privées pour concentrer la «Sécu» sur les maladies graves et de longue durée.

Sa conseillère santé, Dominique Stoppa-Lyonnet, se hasardera même à expliciter ces concepts abscons : « la solidarité ne peut pas tout prendre en charge. L'optique, le dentaire, les audioprothèses n'ont pas à être financés par l'assurance-maladie de base». Les familles appartenant à la classe moyenne et qui ont la chance d’être en bonne santé payeront donc double : elles cotiseront à la Sécurité sociale pour des prestations auxquelles ils n’auront pas droit, et à une mutuelle privée qui verra son coût se renchérir.

La Mutualité française estime que ces propositions engendreraient un coût supplémentaire de 300 euros par personne et par an, soit 1.200 euros pour un couple avec deux enfants.

Des dépenses pas si élevées

François Fillon a depuis fortement amendé son projet dans une tribune publiée dans les colonnes du «Figaro». Seulement le système de santé français est-il si coûteux et anormal que ça ? L’OCDE offre une base de données formidable pour tout «data cruncher», y compris sur les dépenses de santé. Ainsi, les dépenses courantes de santé (secteurs privé et public confondus) représentent en France 11,1 % du PIB en 2015 (selon les chiffres provisoires).

On pourrait juger ce chiffre a piori élevé, sauf qu’il se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE. Les Allemands et les Suédois ont consacré l'équivalent de 11,1 % du PIB et les Japonais 11,2%. Seuls les Britanniques ont un ratio plus faible (9,8 %), ou les Canadiens (10,1 %).

Mais la principale anomalie du classement se trouve être les États-Unis qui affichent un ratio de 17 % du PIB ! Et contrairement à une idée reçue, les dépenses ne sont pas plus à la dérive en France qu’ailleurs : la part des dépenses courantes de santé y a augmenté de 3 points depuis 1990, exactement au même rythme que l’Allemagne (+3,1 points). C’est moins qu’en Suède (+3,8 points), qu’aux Pays-Bas (+3,7) ou en Belgique (+3,3).

Américanisation du système de santé

M. Fillon fustige l’hypertrophie du secteur public dans la santé. Là aussi, les statistiques de l’OCDE sont d’un grand secours. Et – au grand dam des thuriféraires du modèle allemandla part des dépenses publiques de santé est plus faible en France (8,6 % du PIB) qu’en Allemagne (9,4 %), et à un niveau comparable à la Suède (9,3 %), aux Pays-Bas (8,7 %), à la Norvège (8,5 %), au Japon (9,5 %), ou au Danemark (8,9 %).

La vraie bizarrerie dans les données concerne la forte part des dépenses privées aux États-Unis où moins de la moitié des dépenses de santé est assurée par le public. Et malgré son coût (presque le double de la moyenne de l'OCDE), l’espérance de vie à y a reculé en 2015, une première depuis le pic de l'épidémie du sida en 1993.

Le programme du candidat de la droite n’a donc pas de justification en France au regard de la situation de ses voisins. D’autant plus que la France est, derrière les États-Unis, le pays où le poids des mutuelles facultatives (que François Fillon veut renforcer) est le plus élevé (elles représentent 1,5 % du PIB, contre 0,2 % en Allemagne, mais 5,7 % aux États-Unis).

Ce que propose François Fillon, malgré ses oscillations, est une américanisation du système de santé, considéré comme l’un des pires parmi les pays développés, et en partie responsable de la paupérisation d’une grande partie de la population des États-Unis.

Les Echos