mercredi 7 décembre 2016

Vincent Peillon candidat à la primaire de la gauche !

Peillon

« Il est prêt », souffle le député marseillais Patrick Mennucci. Vincent Peillon, l'ancien ministre de l'Éducation nationale, est parti pour être candidat à la primaire de la gauche. Depuis plusieurs jours, sa motivation rencontre l'adhésion d'une partie des hollandistes orphelins depuis le renoncement de François Hollande et pas convaincus par le rapide virage à gauche de Manuel Valls, jusqu'ici situé sur l'aile droite du PS.
Vincent Peillon, 56 ans, entend ainsi profiler une candidature représentative du centre social-démocrate du PS. Plusieurs noms pouvaient y prétendre : Marisol Touraine, mais elle n'avait pas beaucoup d'appétit et craignait d'être instrumentalisée ; Jean-Christophe Cambadélis, mais son rôle d'organisateur de la primaire exige la neutralité ; Pierre Moscovici, mais ses fonctions à Bruxelles lui dictent de passer son tour pour éventuellement revenir en 2022.

Cette candidature présente plusieurs avantages pour le courant central du PS. D'abord, Peillon a été loyal vis-à-vis de François Hollande. Il n'a, à aucun moment, participé à l'empêchement du président par une série de petites phrases assassines. Son départ précoce du gouvernement pour conduire une liste aux européennes de 2014 est sans doute porteur de reproches vis-à-vis de la ligne hollandaise, mais il s'est bien gardé d'émettre publiquement des critiques. En tout cas, il n'a pas, contrairement à Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, participé au complot visant à chasser Jean-Marc Ayrault de Matignon. Ses trois adversaires, à l'époque, étaient complices...

Un « droit d'inventaire » ?

Son départ du gouvernement lui évite de porter la totalité du bilan du quinquennat, mais, comme il ne l'a pas dénigré, il peut aussi choisir de le défendre en exerçant un « droit d'inventaire », selon l'expression autrefois employée par Lionel Jospin à propos du mitterrandisme. Par exemple, il n'est impliqué ni dans l'affaire de la déchéance de nationalité, ni dans la loi travail, ni dans l'usage du 49.3 pour la loi Macron.

Il fut le concepteur de toutes les réformes de l'Éducation nationale menées sous le quinquennat Hollande. C'est en effet dans l'opposition que la réforme du primaire puis celle du collège ont été conçues sous son égide. Benoît Hamon et Najat Vallaud-Belkacem, qui lui ont succédé rue de Grenelle, ont déroulé en ajustant ce qu'il avait lancé dans la loi de refondation de l'École de la République. Il est celui qui a mis en place la réforme des rythmes scolaires et, à ce titre, assumera, dans le débat, la bronca des élus locaux qui ont pesté contre leurs coûts. Ce sera, en tout cas, un angle d'attaque de la droite contre lui s'il gagne la primaire. Mais ni Manuel Valls ni Arnaud Montebourg et encore moins Benoît Hamon ne pourront lui en faire le grief.

Vincent Peillon n'avait pas prévu de se présenter puisqu'il ne pouvait imaginer que François Hollande se saborderait. Il lui faut en à peine un mois fédérer des soutiens, réunir des équipes et rédiger un programme présidentiel. C'est très court. Il peut compter, comme François Fillon, sur les trois débats télévisés qui seront organisés pour faire entendre sa petite musique et éventuellement créer la surprise. On sait que, par les temps qui courent, elles sont nombreuses...

Par Emmanuel Berretta le 07/12/2016

Le Point