jeudi 26 janvier 2017

De Roubaix à Montpellier, l'ombre des réseaux derrière les voleuses à la tire

Montpellier place de la comédie

Valerija est une spécialiste.

À 20 ans, cette femme de nationalité bosnienne compte 16 condamnations pour vol à la tire et vol en réunion à travers toute la France, de Tourcoing au Mans en passant par Nice. Cette mère de deux enfants, qui prétend être enceinte et vivre à Nice, a comparu mercredi devant le tribunal correctionnel de Montpellier. Deux jours plus tôt, en compagnie de sa cousine Sadmira vivant à Roubaix, elle a volé le portefeuille d'un passager du tramway dans la cité héraultaise. Parce que les jeunes femmes avaient au préalable repéré le code confidentiel de la victime alors qu'elle achetait ses tickets de tram, les voleuses ont retiré 600 euros avec la carte de crédit contenue dans le portefeuille dérobé. Suivies discrètement par la police et la vidéosurveillance de la ville, elles sont prises en flagrant délit et donc jugées en comparution immédiate.

Un fait isolé? Pas vraiment. Si Montpellier (260.000 habitants) est la huitième ville de France par la démographie, elle est aujourd'hui la cinquième en termes de vols et agressions dans les transports. Avec une moyenne de plus de 8 faits par jour (3160 pour l'année 2016) déclarés aux services de police et de gendarmerie, ce type de délit y est plus développé qu'à Nantes (290.000 habitants), Nice (345.000 habitants), ou même Toulouse (445.000 habitants). Pis, Montpellier a enregistré l'an dernier une croissance de ce type de délits supérieure à celle de Paris.

«Ici, cette délinquance se caractérise majoritairement par des vols sans violence. Les premières victimes sont les touristes et les personnes âgées», explique Christophe Barret, procureur de la République à Montpellier. Le procédé, tout comme le profil des délinquants est souvent le même. Des mineurs, plus souvent des filles se présentant comme âgées de 12 à 14 ans, originaires des Balkans, profitent d'une bousculade à l'entrée du tramway pour subtiliser portefeuille et carte de crédit, et retirer d'importantes sommes d'argent.

Pour autant, dans l'esprit du parquet, la présentation des voleurs, mineurs ou majeurs, devant un juge ne constitue pas une fin en soi. D'abord parce que les mineurs n'encourent pas ou peu de risques pénaux. Ensuite parce que les jeunes femmes, à l'instar de Sadmira et Valerija, ne sont souvent que les petites mains d'un réseau dont les têtes sont bien difficiles à identifier… et donc à confondre. «Leur téléphone n'a pas arrêté de sonner pendant leur garde à vue. C'est bien qu'il y a quelqu'un au-dessus d'elles», a d'ailleurs plaidé Me Corinne Ferrer, l'avocate de Valerija.

«Ces réseaux, qui exploitent ces jeunes femmes, sont mouvants. En commettant une série de vols à Montpellier, si vous n'êtes pas arrêté de suite, vous prenez le train et, trois heures plus tard, vous êtes à l'autre bout de la France», insiste le procureur Barret. Pour tenter de remonter les filières, forces de police et de gendarmerie doivent donc intervenir au plus tôt. Aussi, les policiers ont appris à repérer ces délinquants. Habillés en civil, ils guettent ces mineurs dont ils ont appris a repéré le manège. En outre, pour les identifier et mieux étayer le dossier judiciaire, la vidéosurveillance municipale, celle en place dans les transports en commun et aussi celle des agences bancaires, est mise rapidement à contribution afin de confondre au plus tôt ces voleurs également victimes des réseaux qui les exploitent.

Depuis quelques semaines, les usagers de la TaM, les transports en commun de Montpellier, peuvent entendre une annonce enregistrée les prévenant de la présence probable de pickpockets dans la rame. Pour quelques mois, ils n'auront plus à craindre les agissements de Valerija et Sadmira, condamnées respectivement ce mercredi à 18 et 12 mois de prison ferme, avec mandat de dépôt dans les deux cas.. Alors qu'elles quittent la salle d'audience escortées des gendarmes, Hasna et Mada font leur apparition dans le box des prévenus. On leur reproche d'avoir volé, dimanche, une carte bancaire aux abords du tramway…

Par Guillaume Mollaret le 25/01/2017

Le Figaro