dimanche 29 janvier 2017

Éric Zemmour : «Le grand vainqueur de la primaire socialiste française se nomme… Jeremy Corbyn !»

Corbyn

Par Eric Zemmour * le 27/01/2017

Un spectre hante désormais le Parti socialiste français. Il est anglais, il porte casquette, jardine, se déplace à vélo, toujours affublé de tenues à la mode des années 70. Ce spectre s'appelle Jeremy Corbyn. Le patron du Parti travailliste est soutenu par les jeunes diplômés prolétarisés des grands centres urbains et les enfants de l'immigration. Corbyn a renoué avec le travaillisme d'antan, soumis aux syndicats, anticapitaliste et antioccidental. Corbyn y a ajouté sa touche personnelle, faite d'un antisionisme militant aux confins d'un antisémitisme larvé, et un écologisme pacifiste.

Benoît Hamon, c'est Jeremy Corbyn en plus jeune et sans la casquette. Sa victoire annoncée dans la primaire socialiste prouve que les mêmes mouvements sociologiques et politiques travaillent toutes les sociétés occidentales après trente ans de mondialisation.

Valls avait voulu être Tony Blair ; il était logique que son vainqueur fût Jeremy Corbyn. Le blairisme fut l'aboutissement de trente ans d'évolution de la social-démocratie européenne qui se soumit au capitalisme mondialisé et passa du centre gauche au centre droit. Une social-démocratie qui gouverna au sein de grandes coalitions avec les chrétiens-démocrates et y perdit son âme et, plus grave, ses électeurs. Le Parti socialiste français connut, en plus hypocrite et en plus machiavélien, l'évolution des autres partis de la gauche européenne. Le virage de 1983, au nom de l'Europe, fut une date charnière. Le quinquennat hollandais a clos cette histoire commencée par Mitterrand.

La gauche libérale et occidentale en la personne de Valls n'est pas la seule vaincue. La gauche étatiste, colbertiste, industrialiste, protectionniste, souverainiste et laïque, celle de Chevènement, qui concourait en la personne de Montebourg, est, elle aussi, jetée aux oubliettes de l'Histoire. On en revient à une gauche utopique, démagogique, qui privilégie le rêve sur la réalité, la révolte sur la gestion, le culte de l'Autre, venu du Sud, qui remplace le prolétariat comme peuple messianique.

C'est la culture mouvementiste des groupuscules manipulateurs issus de Nuit Debout qui l'emporte sur celle des grands partis de masse que le PS n'est jamais parvenu à être. Benoît Hamon fut jadis patron du mouvement des Jeunesses socialistes, que François Mitterrand avait qualifié «d'école du vice»: parole d'expert.

La corbynisation du Parti socialiste va confirmer et renforcer les mouvements politiques de ces dernières années: les classes populaires vont rester plus que jamais au Front National ; les classes moyennes rocardiennes vont rallier Macron ; la gauche colbertiste va demander l'asile politique à Mélenchon. La synthèse sociale et politique entre classes populaires et classes moyennes, jadis réussie par Mitterrand, est en lambeaux.

Et le Parti socialiste, né à Epinay en 1971, avec elle.

 
* L'auteur ou les auteurs du présent article ne sont en rien membres du FN, du RBM ou d'un mouvement de cette famille politique -à la connaissance du BYR- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.