jeudi 5 janvier 2017

Ils nous promettent un passé radieux !

Europe Tempête

Tribune de Jean Goychman du 05/01/2017

En ce début de campagne électorale pour l’élection présidentielle, une chose me frappe.

Que ce soit les impétrants à la primaire socialiste ou que ce soit François Fillon, lauréat de la primaire de droite, ils font tous  les mêmes sempiternelles propositions. Elles peuvent se résumer à :

Il faut réduire la dette publique
Il faut équilibrer les budgets futurs.
Enfin, subsidiairement, il faut garder l’Union Européenne sans laquelle notre pays va disparaître.

En 2012, le fameux traité budgétaire de la « règle d’or », qui devait être renégocié par le candidat Hollande après son élection imposait déjà les mêmes choses, à savoir un retour du déficit public à moins de 3% du PIB et une réduction des dettes publiques sous le seuil des 60% du même PIB. Bien que faisant partie des « critères de convergences » exigés par le traité de Maastricht, ces conditions n’ont évidemment jamais été respectées depuis la fameuse « crise » de 2008.

A chaque élection présidentielle, les candidats du libre échange à tout crin et de l’ « Europa for ever » nous ressortent leur vieilles recettes. Toujours plus d’austérité, toujours plus d’Europe et tout ira mieux dans « le meilleur des mondes »

Quand un truc ne marche pas, où que ce soit dans le monde, on dit « ça ne marche pas » et on fait autre chose … Partout, sauf en Europe et en particulier dans notre pays, on nous dit « ça ne fonctionne pas car il n’y a pas assez d’Europe, ou d’austérité, ou de tout un tas d’autres trucs.

Notre soi-disant « élite qui nous dirige » étant infaillible par nature, ceux qui nous gouvernent et qui en font partie préfèrent nous dire que l’échec, pourtant prévisible à l’évidence, vient de ce que nous les avons empêchés de faire ce qu’ils avaient prévu. Ainsi, le code du travail, pourtant en vigueur depuis des décennies, est-il accusé de « freiner les embauches ». Le manque de compétitivité de nos entreprises livrées à la concurrence étrangère vient de ce que nous sommes trop payés et que notre protection sociale coûte trop cher. A aucun moment, ces gens-là ne se remettent en question. Peu importe que, aux dires de certains économistes du calibre de Joseph Stiglitz*, la monnaie unique favorise les pays les plus exportateurs et pénalise les autres. Peu importe également de continuer, au mépris des réalités, l’expérience de la monnaie unique alors qu’elle devait nécessairement s’accompagner d’un Etat fédéral qui n’a jamais vu et ne verra jamais le jour.

Alors, bien sûr, on maquille un peu le discours, on choisit les mots « porteurs » tout en détournant leur sens, mais cela revient à nous présenter comme étant notre futur inéluctable ce qui provient d’un passé aujourd’hui révolu. Car le monde change, et avec lui les réalités. L’économie d’hier n’est plus celle de demain. Les « modèles économiques » ont considérablement changés. Les entreprises du « numérique » n’ont plus grand-chose à voir avec celles du « capitalisme financier », elles-mêmes très différentes de celle du « capitalisme industriel ». Avant, on s’endettait pour financer des investissements, et les dettes étaient remboursées par la croissance de la production, elle-même dopée par une demande en expansion.

Aujourd’hui, on s’endette pour empêcher l’effondrement d’un système financier devenu totalement instable et qui ne doit sa survie immédiate qu’à la création de monnaie sans limite par les banques centrales qui sont conduites, pour justifier cette frénésie monétaire, à racheter sans cesse de nouvelles dettes, y compris celles provenant des entreprises, concurrençant ainsi les banques censées être sous leur contrôle. Paradoxalement, la création de dettes nouvelles est devenue le seul moyen d’empêcher ou pour le moins de retarder la désintégration du système financier.

Ainsi, au moment où la plupart des analystes pensent que les dettes ne seront jamais remboursées, tout simplement parce que personne n’en a véritablement les moyens, nos candidats représentant la « pensée unique traditionnelle » issue du dogme néo-libéral prônant la liberté de concurrence généralisée, continuent à nous distiller les mêmes remèdes qui ne fonctionnent plus depuis des décennies. Au lieu d’aller de l’avant et chercher les solutions qui pourraient résoudre les problèmes actuels, ils nous enferment dans une sorte de dogme  du passé. Pourtant, Ford vient d’annoncer qu’elle renonçait à l’implantation au Mexique d’une nouvelle usine qui serait finalement construite dans le Michigan. Durant sa campagne pour la présidence, Donald Trump a clairement dit qu’il était opposé aux traités de libre-échange, qu’ils soient trans-pacifique ou euro-atlantique.

Pour aborder le monde demain, il convient de prendre en compte les réalités d’aujourd’hui et pas celles d’hier. Ne pas y préparer notre pays dès maintenant relève au mieux d’une négligence coupable et au pire d’une sorte de connivence, bien voisine de la compromission avec les institutions nées après la seconde guerre mondiale et qui ont œuvré sans relâche pour  favoriser l’émergence d’un monde unipolaire basé sur le libre échange généralisé. Désireux de diluer les peuples en supprimant les Etats et les nations, il devait instituer une sorte de dictature douce destinée à remplacer les gouvernements et supplanter la démocratie.

Les peuples sont en train de réagir et entendent ainsi ne pas vouloir se laisser déposséder de leur souveraineté.

* Joseph Stiglitz, auteur de plusieurs ouvrages, dont « le capitalisme perd la tête » a récemment publié un article sur la fin prévisible de l’euro, traduit par François Asselineau sur le site : https://www.upr.fr/actualite/2017-pourrait-voir-leffondrement-de-leuro-lanalyse-de-joseph-stiglitz-prix-nobel-deconomie-rejoint-a-100-analyses-de-lupr

Gilbert Collard