jeudi 19 janvier 2017

Le FN sur la défensive face au nouveau président du Parlement européen

Tajani

À l'issue des élections européennes de 2014 qui lui ont conféré 23 élus, le Front National est devenu le parti politique français le plus représenté au Parlement européen. Une victoire qui ouvrait une période tensions particulièrement intenses, opposant le parti de Marine Le Pen au socialiste allemand Martin Schulz, président sortant des eurodéputés. L'élection mardi de son successeur Antonio Tajani, figure de la droite italienne proche de Sylvio Berlusconi, ne semble pas pour autant apporter de soulagement aux eurodéputés frontistes, qui défendaient leur propre candidat, le roumain Laurențiu Rebega. Si la couleur politique et la tonalité du discours changent à la tête du parlement strasbourgeois, le FN reste sur la défensive.

«Ce n'était pas notre candidat et nous n'en attendons rien de particulier. Il faut juste espérer qu'il soit plus respectueux des différentes sensibilités politiques de l'hémicycle que ne l'était son prédécesseur», annonce d'emblée Nicolas Bay, secrétaire général du FN et eurodéputé. «On peut légitimement attendre du président d'une assemblée parlementaire qu'il n'utilise pas sa fonction pour organiser une véritable persécution de ceux qui ne partagent pas ses idées en violant les règles de l'équité et de la démocratie», poursuit l'élu normand. Une référence probable à l'affaire des assistants des eurodéputés FN, le parti étant accusé de financer une partie de ses effectifs grâce aux fonds européens. Le 9 mars 2015, Martin Shulz, avait saisi l'Office européen de lutte anti-fraude (OLAF) sur une vingtaine de cas litigieux, pour un préjudice estimé autour des 340.000 euros.

«Nous attendons de lui le respect du pluralisme des groupes, de la dignité et des droits de tous les députés et formulons les vœux qu'il bannisse le sectarisme de ses propos et de ses actes, qui étaient une spécialité du socialiste allemand. Comme de tous les socialismes d'ailleurs...», ironise à ce sujet Louis Aliot, vice-président du FN et lui aussi eurodéputé. Pas de quoi pour autant ouvrir la porte à l'apaisement politique avec le nouveau président: «Nous combattrons sa politique qui sera en revanche identique à celle de son prédécesseur», annonce le compagnon de Marine Le Pen, qui relève que «l'extrême gauche de Mélenchon et les Verts ont soutenu massivement le candidat social-démocrate européiste Pitella en contradiction majeure avec ce qu'ils prétendent défendre en France!»

«Une main tendue aux plus critiques»

S'il n'est plus membre du Front National et ne siège plus au sein du groupe ENL depuis le mois de novembre 2015, Aymeric Chauprade, ancien conseiller de Marine Le Pen et spécialiste des relations internationales, reste tout de même un observateur avisé du jeu frontiste au sein de l'arène strasbourgeoise. Désireux de se rapprocher de la droite souverainiste modérée, il salue l'élection de président Tajani. «C'est un vrai professionnel très ouvert et un vrai démocrate je suis certain qu'il sera à l'écoute de toutes les sensibilités et cela devrait augmenter le niveau de la démocratie européenne pour l'instant très défaillante», juge celui qui n'a jamais mâché ses critiques envers l'exécutif européen. Lui mise sur un réchauffement, au moins officieux, des relations: «À noter que Tajani a fait la deuxième partie de son discours en français et s'est tourné vers les bancs des eurosceptiques avec la fameuse citation “je n'ai pas vos idées mais je me battrai pour que vous puissiez les exprimer”. C'était clairement une main tendue aux plus critiques de l'Union Européenne», juge-t-il.

«C'est une phrase qu'il est souvent de bon ton de prononcer, mais qui est rarement suivie d'effets. Nous la lui rappellerons le moment venu. Contrairement à M. Schulz, il n'a pas l'air discourtois mais c'est un européiste, et il n'y a dès lors rien à attendre», conclut de son côté l'élue FN Joelle Mélin.

Par Marc de Boni le 18/01/2017

Le Figaro