mercredi 11 janvier 2017

Le maintien dans la zone euro est devenu un argument électoral

Euros billets et pièces

Tribune de Jean Goychman du 11/01/2017

A court d’idées devant la montée d’une opinion de moins en moins favorable à la monnaie unique, les candidats du « système » n’ont d’autre argument que de nous prédire les flammes de l’enfer si notre pays sortait de la zone euro et retrouvait l’usage d’une monnaie nationale sur laquelle il exercerait son contrôle. Le matraquage médiatique effectué au quotidien par une presse écrite et audiovisuelle acquise à la vision libérale et mondialiste de l’avenir de la planète ne laisse pratiquement aucune place au débat. Avez-vous remarqué comme les partisans de cette thèse sont les plus nombreux à être invités à s’exprimer sur ce sujet ?

Pourtant, aucun d’entre eux ne nous propose un bilan avantagesinconvénients sur les deux hypothèses rester ou sortir de l’euro.

On se contente de nous asséner des jugements péremptoires du style : « Vous n’y pensez pas, sortir de l’euro entraînerait note pays dans une catastrophe » ou bien du drame du « repli sur soi » prononcé sur un ton méprisant qui se voudrait dissuasif. Comme ces gens-là sont naturellement choisis entre eux, aucune voix ne s’élève pour leur demander pourquoi cette sortie de l’euro serait-elle si dramatique ? Ce «qui ne dit mot consent » fabriqué de toutes pièces devrait à lui seul proscrire le nom de débat attribué à ces émissions qui ne sont que des actes de propagande. Ces tribunaux auxquels les avocats de la défense ne sont même pas conviés sont d’ordinaire plus fréquents dans les régimes totalitaires que dans ceux qui se réclament de la liberté d’expression. Il est certain que la meilleure façon de ne pas subir la contradiction consiste à ne pas inviter les contradicteurs.

Pourtant, ce « matraquage » d’idées reçues ne semble guère avoir l’effet escompté. Souvenez-vous ; pour ceux d’entre nous qui ont vécu la campagne du référendum de 1992 portant sur l’approbation du Traité de Maastricht, l’argument était plutôt du style « Seuls les bons élèves auront le droit d’utiliser l’euro, et les autres devront faire les efforts nécessaires pour avoir droit au paradis de la monnaie unique »

Il fallait donc passer avec succès les épreuves de l’examen pour être reçu. Et les notes étaient plutôt sévères. La dette publique ne devait pas excéder 60% du Produit Intérieur Brut et le déficit budgétaire ne pouvait en aucun cas dépasser les 3% de ce même PIB. Bigre, on ne rigolait pas. Terminées, les largesses budgétaires des gouvernements « panier percé » Il fallait de la rigueur et le sens des économies sinon, recalé !

Hélas, la crise financière de 2008 eut rapidement raison des bons sentiments. Les Etats les plus en difficultés qui auraient dû être assistés en priorité par ceux moins exposés virent, contrairement à toute attente, le taux d’intérêt auquel ils devaient emprunter les sommes vitales sans lesquelles ils risquaient le défaut de paiement, grimper très rapidement vers des sommets. Et plus ils s’endettaient, plus ils devaient emprunter. Situation ubuesque qui allait rapidement devenir explosive.

Nous ne tardions pas à apprendre que certains pays, comme la Grèce notamment, avaient un peu « maquillé » leurs comptes afin de réussir l’examen d’entrée dans la zone euro. D’habitude, lorsque que quelqu’un est surpris en train de tricher lors d’un examen, la sanction immédiate est l’exclusion de la salle avec même des poursuites pénales dans certains cas. Là, non. Rien ne s’est passé. En fait, les règles dites « de convergence » étaient « bidon » et l’essentiel était uniquement de présenter sa candidature afin d’être admis.

Pourtant, les conditions préalables étaient nécessaires,  à défaut d’être suffisantes. Mais comment faire en cas de triche. Rien n’était prévu (du moins c’est ce qu’on nous a dit) pour virer les fraudeurs ou les mauvais élèves. Inimaginable, n’est-ce pas ? Tout ceci démontre à l’évidence que la création de l’euro n’était en fait qu’un acte politique déguisé en avancée économique. Le seul objectif était de réussir à imposer un Etat fédéral dont les peuples européens n’avaient pas envie. On les « prenait à revers » pour rester poli. Une fois l’euro mis en circulation, le plus dur était fait. Habitués à cette monnaie « unique » les européens accepteraient sans rechigner un gouvernement économique qui harmoniserait les différentes économies des pays de la zone. Hélas, ou heureusement, tout dépend du point de vue, les choses ne se déroulèrent pas comme prévu. Certains Etats anticipèrent ce fédéralisme qu’ils pensaient acquis et empruntèrent des sommes gigantesques à des taux artificiellement très faibles car les marchés financiers prêteurs avaient commis la même erreur d’anticipation. Ils pensaient que l’insolvabilité des pays emprunteurs serait garantie par les pays riches qui se substitueraient à eux pour payer les dettes, en raison justement de la certitude de l’avènement d’une Europe  fédérale.

On connaît la suite. La Grèce fut la première a en faire les frais, puis l’Irlande, le Portugal, l’Espagne et enfin l’Italie. Plus la facture à payer pour aider ces pays augmentait, et plus les chances d’établir un Etat fédéral s’amincissaient. A tel point qu’aujourd’hui plus personne ne peut raisonnablement y croire. Alors se pose dans toute son acuité le problème de l’euro. Il n’a pratiquement aucune chance de survie car ses effets, pervers mais prévisibles, plombent un peu plus chaque jour les pays en difficultés qui n’ont d’autres choix que de réduire les salaires, augmenter les impôts et réduire les charges d’entreprises pour essayer de retrouver un peu de compétitivité, alors même que les pays de l’ancienne « zone mark » bénéficient d’un taux de change de l’euro bien inférieur à celui qu’aurait le mark s’ils l’avaient gardé comme monnaie. Ils gagnent donc ainsi sans aucun effort des points de compétitivité supplémentaires, creusant encore davantage l’écart avec les autres pays.

Alors pourquoi ce système financier et tous les appareils politiques qui lui sont inféodés tiennent-ils tellement à conserver l’euro ? La réponse est claire. Ils n’ont aucun autre moyen de conserver leur crédibilité. Ils ont engagé notre pays durant de longues années de souffrance et d’austérité, entraînant la suppression de millions d’emplois industriels, de régression sociale et d’augmentations d’impôts  uniquement pour obéir à un système qui voulait imposer un monde de libre-échange généralisé, dépourvu de frontières et donc d’Etats-nation, en retirant à ces derniers un par un tous les attributs de la souveraineté.

Tous ces inconditionnels du maintien de l’euro savent très bien que leur position ne résiste guère à un examen sérieux et ils n’ont d’autre issue que de persister dans ce qu’ils savent déjà être une erreur en espérant que le temps ainsi gagné permettra d’envoyer à l’Elysée un candidat qui leur assurera quelques années ou quelques mois, du moins le pensent-ils, leur maintien au pouvoir.

Gilbert Collard