mardi 3 janvier 2017

Partis faire le djihad, ces Français condamnés à leur retour en France

Justice Thémis


"Si les [combattants djihadistes français] tentaient de revenir en France, certains avec leurs familles, nous serons à ce moment-là conduits à les arrêter, à les appréhender, les juger et les [faire] condamner par la justice française." En visite en Irak lundi, François Hollande a affiché sa fermeté sur le sort réservé aux Français partis faire le djihad en Syrie et en Irak, et qui reviendraient sur le sol français.

Des propos tenus alors que le tribunal correctionnel de Paris prononçait une peine de dix ans de prison à l'encontre du djihadiste Nicolas Moreau. L'homme de 32 ans, ancien marin pêcheur et délinquant multirécidiviste, a été condamné pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Il écope d'une période de sûreté des deux tiers. Il s'agit de la peine maximale pour ce délit.

Le premier Français condamné en novembre 2014

Lors de l'audience, le 14 décembre dernier, le procureur avait estimé que Nicolas Moreau présentait une "dangerosité sociale extrême" et disait craindre qu'il reprenne son "engagement djihadiste" une fois remis en liberté. L'homme a passé près d'un an et demi dans les rangs de l'Etat islamique, en Irak et en Syrie. Né en Corée du Sud, adopté à quatre ans par une famille française, il a sombré dans la délinquance après le divorce de ses parents adoptifs. Condamné pour des vols avec violence, il s'est convertit à l'islam en détention, où il a passé cinq années.

Il est le frère de Flavien Moreau, qui fut le premier djihadiste français condamné à son retour de Syrie, en novembre 2014. L'homme de 28 ans avait écopé d'une peine de 7 ans de prison. 

Condamné à du sursis, un adolescent a tenté de reprendre la route du djihad

Un autre Français parti en Syrie, dont le procès s'est tenu en décembre et qui s'était confié au JDD, doit être jugé le 16 janvier prochain.

Depuis 2014, de nombreuses peines ont été prononcées à l'encontre de Français rentrés d'Irak ou de Syrie. Ainsi, en juillet 2016, les membres de "la filière de Strasbourg" - dont le frère d'un kamikaze du Bataclan, Karim Mohamed Aggad - sont condamnés pour le même chef d'inculpation : association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste (AMT dans le jargon judiciaire). Ils écopent de peines allant de six à huit ans de prison. Mais le parquet, qui avait requis jusqu'à dix ans, a fait appel.

En juin, deux adolescents toulousains ont été condamnés à six mois de prison avec sursis pour avoir passé trois semaines en Syrie début 2014. Âgés de 15 et 16 ans au moment des faits, ils étaient jugés par le tribunal pour enfants et étaient poursuivis pour "participation à un groupement terroriste". Le plus âgé des deux a tenté de retourner en Syrie, par la route des Balkans, en août dernier.

En mars, quatre jeunes Français - trois hommes et une femme : Bilal Thagi, 24 ans, Mansour Ly, 22 ans, Fayçal Aït Messoud, 19 ans et Sihem Laidouni - qui avaient quasiment gagné la Syrie quelques jours après les attentats de janvier 2015, ont été condamnés à des peines allant de trois à cinq ans. Leur périple avait été interrompu par un accident de voiture en Turquie, à quelques kilomètres de la frontière syrienne.

En janvier, deux Français, Zakaria Chadili et Ziyeid Souied, partis rejoindre la Syrie en  2014, ont été condamnés respectivement à six et dix ans d'emprisonnement. A noter que ce dernier, devenu membre actif du groupe Etat islamique et jamais rentré en France, a été jugé en son absence

Les djihadistes présumés jugés par des cours d'assises spéciales

En 2016, la procureure générale à la cour d'appel de Paris, Catherine Champrenault, avait appelé à porter à 15 ans la peine maximale pour ces faits, mais la proposition n'avait pas été reprise par le gouvernement. En réponse, le parquet a décidé de "criminaliser" certains de ces délits. Il s'agit de renvoyer les prévenus concernés devant des cours d'assises spéciales, où les peines encourues sont plus lourdes qu'au tribunal correctionnel.

Une procédure qui vise notamment les hommes et les femmes partis faire le djihad après les attentats de janvier 2015. Selon les derniers chiffres officiels des autorités françaises, environ 700 Français se trouvent actuellement en Irak et en Syrie aux côtés de l'EI, essentiellement à Mossoul et à Raqqa.

Par Marianne Enault le 03/01/2017

JDD