samedi 28 janvier 2017

Union Européenne : implosion ou explosion ?

UE Closed

Tribune de Jean Goychman du 28/07/2017

Comme chaque année, tout ce qui compte dans la galaxie financière s’est réuni à Davos, station hivernale Suisse où, durant une semaine, on parle plus de taux d’intérêts et de marchés que de ski.

Parmi les sujets abordés la semaine passé, celui du futur de l’Union Européenne a retenu mon attention. Un peu en marge des activités habituelles du Forum de Davos, s’est tenu un débat organisé par la LENA (Alliance des journaux européens) Le sujet était : « Quel avenir pour l’Europe ? »

Incontestablement, le « Brexit » a ébranlé l’Europe jusqu’à ses fondations. Comme personne ne voulait y croire, personne ne s’y était vraiment préparé. On évoquait bien, ça et là, la montée du « populisme » terme choisi de préférence à celui de  « peuple » ou « populaire ». Mais les europhiles pensaient que le nazisme était encore tellement présent dans les mémoires qu’il suffirait de couvrir l’idéologie populiste par celle de la croix gammée, créant ainsi une digue  afin d’empêcher toute velléité de progression de cette vague montante. C’était sans compter sur les phénomènes migratoires et les centaines de milliers de gens de toutes origines qui allaient venir chercher en Europe une vie qu’ils espéraient meilleure que dans leur pays d’origine.

La perméabilité des frontières européennes, voulues par les représentants de l’idéologie mondialiste convaincus que seul le libre échange généralisé permettrait de retrouver une croissance atone depuis des années ont entraîné, avec les effets combinés de la suppression dans l'espace Schengen des frontières ancestrales de nos Etats-nations, une prise de conscience  de ce qui risquait de devenir le futur de l’Europe. Comme à son habitude, l’intelligentsia* europhile et mondialiste à tenter de minimiser ces effets  en fustigeant le « fond de racisme et de xénophobie » qui sommeillait encore dans certaines couches populaires et notamment ceux qu’ils appellent les populistes.

L’impensable s’est donc produit en juin 2016, lorsque le peuple britannique à choisi de quitter cette Europe, révélant ainsi brutalement le manque d’adhésion populaire à ce projet de construction européenne.  Le débat de Davos** montre clairement que les leaders européens sont partagés, pour ne pas dire « clivés » entre deux tendances totalement incompatibles entre elles. Même si leur objectif commun est de réhabiliter aux yeux des peuples qui la constitue l’idée de l’Union Européenne, aucune « synthèse », comme on disait jadis dans les couloirs des congrès socialistes, n’apparaît réalisable.

Les premiers sont partisans de la solution « plus d’Europe » et pensent que seule la création d’un véritable Etat fédéral peut encore sauver le projet alors que les seconds explique que, dans le contexte actuel, cela éloignera encore davantage les citoyens de cette Europe et qu’il faut redonner aux peuples leur souveraineté pour que naisse une Europe des Etats-nations, seule entité ayant encore à leurs yeux le pouvoir de séduire les peuples. Pour intéressant qu’il soit, ce débat, qui n’a rien de nouveau, avait déjà été tranché par de Gaulle au milieu des années 60.

Pragmatique, de Gaulle avait observé que jamais, dans l’histoire de l’Humanité telle que nous la connaissons, un groupe de nations déjà existantes n’avait réussi à se transformer en une autre nation qui englobe les précédentes. Pourtant, il y eut de nombreuses tentatives, mais aucune n’a pu, à ce jour, prospérer. L’empire ottoman, l’empire japonais, et plus récemment l’empire soviétique et même la Yougoslavie ont démontré d’une manière éclatante le propos de de Gaulle : « Les seules réalités internationales, ce sont les nations »

On voit que la différence est irréductible, entre les partisans d’une Europe intégrée impliquant la disparition des Etats nations et ceux d’une Europe basée sur la coopération des Etats entre eux, que de Gaulle appelait « l’Europe des Nations » Comme un accord sur l’une ou l’autre des deux directions apparaît manifestement hors de portée, notamment en raison du fait que la construction européenne s’est faite sous le faux-nez d’un projet destiné à apporter la paix et la prospérité aux européens, mais qui, dans sa réalité, n’était destiné qu’à faire de l’Europe une zone de libre-échange ouverte à tous les vents de la concurrence, loyale ou non. Ce n’était qu’un marche pied vers un commerce mondialisé régi  par une sorte de gouvernement mondial installé par quelques sociétés multinationales, judicieusement implantées là où les taxes sont les plus légères.

Bien que brutale en apparence, la prise de conscience des peuples de la direction dans laquelle on voulait les conduire s’est faite assez progressivement. Pour parler uniquement de l’Europe, les leaders européens auraient pourtant du comprendre que la méthode employée, consistant à ignorer l’avis des peuples, n’était pas la bonne. Il est intéressant de constater que l’emploi des référendums s’est raréfié au fur et à mesure que leur opposition à ce projet grandissait. Ces mêmes leaders auraient du savoir que, si le peuple ne peut plus donner son avis d’une certaine façon, il trouve toujours un autre moyen pour s’exprimer.

Certain que l’emprise qu’il avait sur les consciences au travers des médias qu’il contrôlait, et ayant fortement contribué à la mise en place de gouvernements favorables par nature à ce dessein, ce lobby financier et industriel a pensé qu’il pouvait maintenant avancer « à visage découvert ». Il a donc accéléré le processus en mettant en place des  traités de libre-échange portant, non plus sur des accords bilatéraux entre Etats, mais directement au niveau des continents, enjambant même les océans et confirmant ainsi à l’évidence le caractère mondialisé de l’ensemble.

Deux  autres évènements inattendus se sont produits à la fin de l’année 2016. le premier, purement européen, est survenu le 04 décembre en Italie, lors d’un référendum massivement rejeté par le peuple italien et portant sur les institutions. Comment ne pas y voir encore un succès populiste ? Cela a provoqué la démission de Mattéo Renzi, jusqu’alors alors Premier Ministre.

Le second est daté du 09 novembre et, contre toute attente, a vu Donald Trump remporter la victoire lors de  l’élection présidentielle américaine, battant à plate couture sa rivale réputée mondialiste Hillary Clinton. Trump, tel le « Zorro » de la chanson,est arrivé. Lui, dont tout « l’establishment » se gaussait, en raison de ses discours de campagne jugés irréalistes et dangereux,  en totale opposition avec ceux, convenus, de ses prédécesseurs. Trump n’est pas mondialiste. Ses discours le laissaient pressentir. Installé à la Maison Blanche depuis le 20 janvier, ses premières actions l’ont confirmé. Adepte du franc-parler, il a félicité les auteurs du Brexit en encourageant d’autres candidats éventuels à quitter l’Union Européenne. Il est également convaincu que les Etats-nations ne peuvent exister qu’à l’intérieur de frontières réelles.

Ceci marque réellement une rupture entre les deux visions en étendant au monde entier ce qui, jusqu’alors, restait confiné dans l’Europe. Nous revenons ainsi d’une vision globale et mondialisée des échanges commerciaux vers une architecture beaucoup plus locale, remettant dans le jeu les Etats par le biais d’ accords bi-latéraux. C’st ainsi que le 1er ministre anglais a rendu visite au Président des Etats-Unis pour commencer à négocier, au grand dam des dirigeants européens, les base d’un accord commercial, et ceci avant même que ne débutent les négociations du Brexit.

Alors, quel avenir pour l’Europe actuelle ? La voie du fédéralisme étant de plus en plus problématique, il reste les traités de coopérations. Peuvent-ils se mettre en place  dans la configuration géographique, politique et économique telle qu’elle est aujourd’hui ? C’est très peu probable en raison des divergences d’intérêts qui s’amplifient au fil du temps. Le choix se résume dramatiquement à une seule alternative : l’implosion ou l’explosion.

L’implosion qui résulterait d’un fédéralisme « à marche forcée » risque de condamner durablement toute tentative de reconstruction alors qu’une explosion, consécutive à une multiplication d’évènements analogues au « Brexit » peut provoquer,  paradoxalement et conformément au phénomène étudié par l’économiste Schumpeter, une sorte de « destruction créatrice »***.

*   Intelligentsia, mot russe d’origine latine signifiant : « Au XXIe siècle, le terme correspond à l’élite intellectuelle de la nation reconnue et proche du pouvoir. Elle dirige le champ scientifique, littéraire, artistique et dispose le plus souvent d’un relais médiatique important.
 **   http://reinformation.tv/davos-leaders-ue-federalisme-implosion-dolhein-65173-2/
***    La « destruction créatrice » désigne le processus continuellement à l’œuvre dans les économies et qui voit se produire de façon simultanée la disparition de secteurs d’activité économique conjointement à la création de nouvelles activités économiques.

Gilbert Collard