vendredi 27 janvier 2017

Vers une bataille de « trolls » à la présidentielle ?

Troll net


Par Gabriel Robin, SG du CLIC le 27/01/2017

Vrai du faux, faux du vrai, info du vrai, vraie info et fausse info. Bref, nous serions rentrés dans l’ère de la « post-vérité ».

C’est du moins ce que nous disent les détenteurs de la vérité vraie. Pardon, la vraie vérité. Après avoir passé quarante ans à nous expliquer que la vérité n’était qu’un concept assené par l’Occident patriarcal, voilà qu’ils s’insurgent quand on ose remettre en cause la manière dont ils rendent compte des événements. Dans Libération, Laurent Joffrin écrit : « L’ennui, c’est qu’une grande partie des procureurs du journalisme ne sont en rien des amoureux transis des faits qu’on approche par une méthode de validation rationnelle. Ils veulent seulement substituer à ce qu’ils dénoncent comme la « vérité officielle » leurs vérités à eux, qui sont souvent la traduction grossière de leurs préjugés à eux. »
 
Feint-il de ne pas comprendre ce qui est reproché à des gens comme lui ? Il est évident que Libération ne s’amuse pas à falsifier des informations ou à tronquer les faits. Cependant, il est tout aussi exact de dire que la plupart des médias subventionnés se contentent d’en donner une interprétation particulière, le plus souvent celle de l’Empire du bien. Les gens demandent simplement à ce que les médias prennent en compte la diversité des sensibilités de l’opinion. Aujourd’hui, à quelques rares exceptions près, seule la pensée de la gauchosphère a le droit de s’exprimer, traduisant aussi les faits à l’aune de ses grossiers préjugés.
 
C’est dans ce contexte très tendu que surgissent les « trolls ». Pour les journalistes américains de BuzzFeed, il serait notamment acquis que Marine Le Pen pourrait compter sur le soutien de ces mêmes « trolls » qui auraient permis la victoire de Donald Trump.
 
Après une simple balade sur un forum, ces enquêteurs hors pair sont en mesure d’affirmer qu’il y aurait « une sorte d’alliance molle entre des néo-fascistes russes […] et “l’alt-right” internationale ». Un véritable complot mondial ! Pourtant, l’information a été reprise par tous les médias les plus sérieux, jusqu’à France Info… Oui, Marine Le Pen compte des soutiens aux États-Unis et en Russie qui entendent l’aider. Et alors ? Les autres candidats n‘en ont pas ? C’est peut-être parce qu’ils n’ont pas la même notoriété hors de l’Hexagone…
 
En 2013, l’Union européenne décidait très officiellement de débourser deux millions et demi d’euros afin de créer une brigade de trolls chargés de se moquer des internautes eurosceptiques. Dans un document dévoilé par le Daily Telegraph, on apprenait que l’Union finançait des cyber-communicants dans l’objectif d’« identifier rapidement les débats à caractères politiques […] dans les médias sociaux et les blogs, qui ont le potentiel d’attirer les médias et l’intérêt des citoyens », pour parvenir à «influencer » les discussions sur les sujets les plus commentésTout cela était bien réel.

Qui s’en est alors offusqué ?
 
Les « trolls » sur Internet seraient-ils des bouffons du roi des temps modernes ? Si les clercs accordent tant d’importance à ces sujets, c’est d’abord parce qu’ils sont paniqués. Médias et politiques sont effrayés à l’idée que les populations ne soient plus entièrement soumises à leurs discours. Leur vision du monde est questionnée. Il est fini, le temps du consensus mou. Avec Internet, un individu lambda peut devenir un média. D’une ère de la verticalité, nous basculons dans une ère de l’horizontalité. Ce ne sera pas sans danger, à l’évidence.

Mais ne nous a-t-on pas longtemps dit qu’il fallait « vivre avec son temps » ?

Soyez donc progressiste, Monsieur Joffrin !