lundi 30 janvier 2017

Victoire de Benoît Hamon : le Parti socialiste en lambeaux

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Par Gabriel Robin, SG duCLICdu 30/01/2017

Aussi large qu’inattendue, la victoire de Benoît Hamon est symptomatique de la déliquescence de la gauche française. Avec 58 % des voix, le conseiller communautaire de la ville de Trappes surpasse largement Manuel Valls, victime de la malédiction présidentielle du Premier ministre sortant. Qu’on l’aime, ou pas, Manuel Valls avait une stature d’homme d’État dont est dépourvu le Finistérien. Il l’a d’ailleurs prouvé en commençant son discours de victoire sans attendre que Manuel Valls ait fini le sien. Une indélicatesse qui résonne comme une première faute politique. Pour espérer ne pas se ridiculiser, et au moins finir devant Jean-Luc Mélenchon, le candidat socialiste devra rassembler. Un exercice qui relève de la gageure, tant la gauche semble plus morcelée que jamais.

Le scénario du second tour était connu d’avance. Ne restait qu’à le confirmer dans les urnes. Manuel Valls a été diabolisé par son adversaire, allié objectif de toutes les officines « antiracistes », islamophiles et immigrationnistes. Homme à abattre désigné par le Collectif contre l’islamophobie en France de l’activiste islamiste Marwan Muhammad, Manuel Valls a aussi pâti du bilan du quinquennat qui a précipité sa chute. Il est devenu, à lui seul, le symbole d’un exécutif impuissant. Certes, Benoît Hamon a aussi participé à la majorité, mais il en est ressorti moins marqué, sachant habilement jouer les frondeurs d’opérette.

Quand le débat d’entre-deux-tours s’est déporté sur le triptyque « identité-immigration-islamisation », Manuel Valls s’est assuré la sympathie d’une proportion plus importante de l’opinion publique, toutes tendances confondues. C’est précisément à ce moment-là que les sympathisants de gauche se sont mobilisés pour la victoire de Benoît Hamon.

Manuel Valls a fait une campagne de premier tour de l’élection présidentielle, quand Benoît Hamon, plus à l’aise avec la mécanique particulière du parti, s’est attaché à rassembler la gauchosphère Terra Nova la plus agressive. Il a parfaitement compris que l’inconscient de l’électorat de gauche, capable de se mobiliser pour une élection préliminaire, était oïkophobe, sans-frontiériste et tiers-mondiste. Manuel Valls ne pouvait mathématiquement pas l’emporter.

Avec Benoît Hamon, le Parti socialiste peut entamer sa mue. Le Parti socialiste du congrès d’Épinay n’est plus, c’est désormais une certitude. La gauche dite de gouvernement est morte et enterrée pour quelques années. Place au Parti socialiste « SOS Racisme » qui, à l’image du PCF, deviendra un parti de maires de villes multiculturelles en banlieue parisienne, attendant patiemment la bascule démographique pour rêver à mieuxBenoît Hamon peut, désormais, fêter sa victoire dans un café de Sevran, réservé aux hommes. Il y sera accueilli aux cris de « Bilal ! Bilal ! » par une foule de clients en liesse. La gauche clémenciste a été définitivement terrassée par la gauche des « grands frères » et des « potes ».

Nous devrions nous inquiéter de la tournure que prennent les événements. Oui, nous pouvons nous réjouir du fait que nos thèmes aient été, une fois de plus, centraux. Mais gardons bien en tête que cette victoire prouve que notre pays est plus fracturé que jamais, entièrement soumis aux lobbys de pression qui ont porté Benoît Hamon en tête. Je crois qu’une partie de l’électorat de Manuel Valls se sentira orpheline. Une gauche en attente de plus de verticalité, laïque et plus réaliste sur les questions migratoires. Elle a été battue par la non-France que nous dénonçons à longueur d’articles. J’espère que cette défaite lui servira d’électrochoc.

En effet, l’utopie de Benoît Hamon pourrait bien être son tombeau