mardi 17 janvier 2017

Viry-Châtillon : 11 suspects arrêtés, trois mois après l'agression de policiers

Police nationale voitures

L'enquête sur l'agression de quatre policiers à Viry-Châtillon en octobre dernier avance. Plus de trois mois après cette attaque, onze personnes ont été interpellées ce mardi matin dans l'Essonne. Vers 6 heures, les policiers ont procédé à l'interpellation et au placement en garde à vue de onze personnes âgées de 17 à 19 ans. Devant la presse, le procureur d'Evry Eric Lallement, a souligné qu'il s'agissait d'une «étape importante» mais que l'enquête, qu'il a qualifiée de «compliquée», devait se poursuivre. «Il est toujours difficile de transformer des soupçons en preuves formelles», a-t-il commenté, rappelant que l'objectif était d'identifier toutes les personnes impliquées dans cette affaire.

Neuf de ces interpellations se sont déroulées dans le quartier difficile de la Grande Borne à Grigny, ville voisine de Viry-Châtillon. Les deux autres ont eu lieu à Etampes et dans une commune de Seine-et-Marne. Parmi les individus arrêtés, deux sont mineurs et quatre l'étaient au moment des faits. «Ces placements en garde à vue ont pour objectif d'éclairer les enquêteurs et de confronter des personnes, dont certaines sont susceptibles d'avoir participé aux faits», a expliqué le procureur, précisant que les gardes à vue pouvaient durer jusqu'à 96 heures. Au cours de perquisitions, des téléphones et du matériel informatique ont été saisis mais aucune arme, ni produit stupéfiant n'ont été retrouvés. «Un certain nombre d'individus seront vraissemblablement mis en cause et déférés», avance le magistrat. «D'autres pourront être, le cas échéant, remis en liberté».

Déjà deux gardés à vue mis en examen

Sur le profil des individus interpellés, Eric Lallemant n'est pas rentré dans les détails. On sait seulement que l'un d'eux était connu des services de police et qu'il avait été condamné devant le tribunal pour enfants. Le procureur a également précisé que deux autres gardés à vue avaient été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire. «Les autres sont des personnes qui ont déjà fait l'objet d'interpellation mais pour des faits de moindre gravité et ne sont pas davantage connus des services de justice», a-t-il ajouté.

Cette affaire avait suscité une vive émotion et déclenché des manifestations de policiers en colère. Le 8 octobre, une quinzaine d'individus avaient lancé sur deux voitures de police des cocktails Molotov, stationnées à Viry-Châtillon. Ce soir-là, des policiers veillaient sur une caméra installée près d'un feu rouge connu pour ses vols avec violences sur des automobilistes, en lisière de la Grande Borne, une cité difficile à cheval sur les communes de Viry-Châtillon et Grigny. Quatre agents avaient été blessés, dont deux très grièvement. L'un d'eux, un adjoint de sécurité de 28 ans, avait été plongé dans le coma artificiel, après avoir été gravement brûlé aux mains et sur l'ensemble du corps. Le 21 octobre, une information judiciaire avait été ouverte pour tentative de meurtre sur personne dépositaire de l'autorité publique commise en bande organisée et participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime. Signe que l'affaire s'annonçait compliquée, deux magistrats instructeurs avaient été saisis.

De lourdes séquelles pour deux des agents agressés

Depuis, les deux policiers sont sortis d'affaire, mais conservent de lourdes séquelles. «La santé de l'adjoint de sécurité évolue favorablement», a indiqué le procureur d'Evry. «Il rencontre toujours des problèmes à une main et suit une réeducation dans un centre spécialisé», ajoute-t-il, précisant que le jeune agent de 28 ans a été titularisé sur décision du ministère de l'Intérieur. Quant à l'autre agent grièvement blessée, une gardienne de la paix, «elle continue de suivre des soins ambulatoires pour ses blessures aux mains». Les deux agents restants ont repris leur activité et obtenu une mutation.

Mises sur écoute, porte-à-porte, recueil de témoignages via un numéro vert...

Ces interpellations interviennent après un long travail d'investigation. Les enquêteurs ont dû faire «face au silence d'un certain nombre de personnes sollicitées», tient à souligner le procureur, qui salue «la ténacité» des policiers. En dépit des recherches ADN menées sur des objets retrouvés sur les lieux de l'attaque et de l'analyse de plusieurs bandes vidéo, aucun des auteurs directs n'avait été identifié jusqu'ici. Début novembre, trois suspects avaient été interpellés avant d'être relâchés. Ils étaient soupçonnés d'avoir filmé l'incendie de la voiture des fonctionnaires et d'avoir diffusé ensuite la vidéo sur les réseaux sociaux.

Déjà une mise en examen début décembre

La première mise en examen a finalement eu lieu début décembre. Soupçonné d'avoir participé à la confection de cocktails Molotov, un adolescent de 17 ans a été inculpé et écroué pour «complicité de meurtre sur personne dépositaire de l'autorité publique en bande organisée». Selon le parquet, il aurait fourni des éléments pour confectionner les fameux cocktails Molotov. Un autre jeune de 15 ans avait été arrêté pour les mêmes raisons et placé sous le statut de témoin assisté. Leur avocate avait contesté une «différence de traitement» entre ses deux clients et le placement en détention du premier, qui avait finalement été remis en liberté par la Cour d'appel de Paris, quelques jours plus tard. Au même moment, l'agent grièvement brûlé sortait de l'hôpital, après avoir subi plusieurs greffes de peau.

Par Caroline Piquet le 17/01/2017 avec AFP

Le Figaro