jeudi 2 février 2017

François Fillon ne sera plus jamais le même

Fillon sérieux


Par Gabriel Robin le 02/02/2017

Il y aura un avant et un après pour François Fillon, quoi qu’il puisse se passer par la suite. Ce que l’on nomme désormais le « Fillongate » sera désastreux pour lui comme pour les acteurs de la vie politique française en général, salis par cette agitation qui les rend tous suspects. Le Sarthois a joué pendant plusieurs mois de son image de Monsieur Propre, bon bourgeois se faisant fort de gérer les affaires de la France en « père de famille » responsable. Il aura, au moins, réussi à tenir une promesse de campagne de sa primaire en faisant des valeurs familiales l’une de ses priorités… Valeurs mobilières et immobilières, s’entend.
 
Si François Fillon survivait à la tempête médiatique et, par on ne sait quel tour de passe-passe, se retrouvait élu en mai, il ne pourrait pas appliquer son programme. Comment un homme qui a versé des salaires colossaux, à sa femme et à ses enfants, alors étudiants, avec les deniers publics qui lui étaient accordés en tant que député, pourrait-il demander aux Français de consentir aux immenses sacrifices qu’impliquerait sa politique budgétaire ? C’est avant tout pour cette raison que François Fillon ne sera plus jamais le même. Songez qu’en 2012, il affirmait, sûr de son fait : « Augmentation du SMIC : c’est trop facile d’être généreux avec l’argent des autres, au détriment de l’emploi des autres ! »
 
Candidat de la vertu affiché en profession de foi, donneur de leçons à ses petits camarades des Républicains mis en examen ou soupçonnés dans le cadre d’affaires financières, François Fillon ne valait finalement pas mieux. « Lui, au moins, n’a jamais été inquiété durant ses trente ans de vie politique », nous disait-on. Cela n’est plus vrai. Oh, les participants à la curée médiatique ne sont pas, non plus, des premiers communiants. Il suffit de voir Georges Fenech se comporter en vautour alléché par l’odeur du sang pour s’en convaincre… Déjà prêts à le lâcher, certains cadres des Républicains pensent beaucoup plus à leur avenir personnel qu’au bien commun et à la nécessaire exemplarité des élus de la République.
 
Je ne veux pas que la France soit dirigée par un gouvernement de juges, d’êtres parfaits, purs et irréprochables. La perspective m’effraie.

Mais la classe politique n’aide pas. Elle s’est longtemps pensée au-dessus des lois, au-dessus des règles qui s’appliquent à la plèbe. Il était loisible, à François Fillon, d’employer sa femme en tant que collaboratrice parlementaire. Il ne semble, d’ailleurs, pas choquant qu’un député puisse travailler avec un membre de sa famille. Problème : a-t-elle effectivement accompli des tâches pour son époux ? À plusieurs reprises, Penelope Fillon a affirmé ne pas collaborer avec son époux.

Presque snob, elle affichait un dédain manifeste à l’égard de la politique, voire de la chose publique. À son tour d’encaisser.

Nous approchons du dénouement d’une triste affaire qui aura occupé les médias durant plusieurs jours. François Fillon se maintiendra-t-il comme candidat de la droite à l’élection présidentielle ? Au fond, cela n’a qu’une importance toute relative. Wauquiez, Baroin ou Bertrand peuvent toujours aiguiser les couteaux et réserver des noms de domaine sur Internet, les Français ne sont que modérément intéressés par les personnalités chargées de les représenter et d’incarner notre bien commun qu’est la nation. Ce qui les préoccupe est beaucoup plus prosaïque. Il s’agit de leurs emplois, de leurs enfants, du pays dans lequel ils vivront dans les prochaines années et de la place qu’il occupera dans le monde.

Encore faudrait-il ne pas oublier l’essentiel