jeudi 23 février 2017

La petite cuisine sur le petit réchaud…

Ackbar

Jean Goychman – La petite cuisine sur le petit réchaud…Par Jean Goychman le 23/02/2017

En décembre 2015, j’avais publié un article* sur les manœuvres politiciennes de certains partis politiques, et en particulier du Parti Socialiste, destinées à empêcher le Front National de gagner les présidences de Conseils Régionaux auxquelles  il pouvait légitimement prétendre à l’issue du second tour. On parlait alors d’un « front républicain », ultime trouvaille d’une « UMPS » déjà en perdition dans l’esprit des français. Dans cet échange à sens unique, les socialistes décidèrent purement et simplement de retirer leurs listes, qui n’avaient par ailleurs aucune chance d’être majoritaires. Le résultat fut la victoire au 2ème tour de listes « de la droite et du centre » pourtant minoritaires après le 1er tour de scrutin.

Les sondages relatifs à l’actuelle campagne pour l’élection présidentielle indiquent que Marine Le Pen est en tête avec une avance confortable des intentions de vote du premier tour. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les candidats de l’UMPS se sont directement orientés vers le 2ème tour, dénaturant ainsi nos institutions, du moins  telles que de Gaulle les avaient voulues.

Déjà mises à mal par les élections primaires, qui substituent le parti à l’individu, alors que tout dans notre Constitution a été fait pour réduire le rôle et l’influence des partis certains politiciens professionnels n’en ont cure. Ils préfèrent privilégier leur carrière et leur appétit de pouvoir plutôt que de préserver  l’avenir de notre pays dans un contexte international inquiétant. Cela n’empêche pas la plupart d’entre eux de se réclamer héritiers du Général.

Leur argumentation est simple, pour ne pas dire simpliste : leur unique objectif est de barrer la route de l’Elysée à Marine Le PenIl leur fallait présenter un programme pour gagner les primaires et l’oublier ou du moins en escamoter les aspects gênants après. Car il faut quand même une grande « souplesse d’échine » pour soutenir les gens qu’on vient de combattreAh, pouvoir, quand tu nous tiens !

Et tous s’estiment mieux placés que les autres pour y arriver. Un seul mot d’ordre est donné et répété tel un leitmotiv : prédire l’apocalypse si Marine gagne…

L’incorrigible gaulliste que je suis ne peut s’empêcher de rappeler qu’ : « il n’est pire déformation de l’esprit que de voir les choses non pas telles qu’elles sont mais telles qu’on voudrait qu’elles soient » Et la réalité, c’est que Marine à déjà gagné. C’est elle et elle-seule qui impose le tempo de cette campagne. Pour avoir voulu continuer à faire « leur petite cuisine », ils ont négligé de regarder l’évolution du monde autour d’eux.

Bétonnés dans le dogme du libéralisme économique, dont l’unique objet est d’imposer un libre échange généralisé, ils continuent à « sauter sur leur chaise en faisant des bonds de cabri en criant : l’Europe, l’Europe ! »  sans vouloir admettre qu’elle est moribonde, mise en état de coma dépassé par des décennies d’errance, de renoncements, de désaccords. L’euro, qui se voulait fédérateur sans qu’on emploie le terme, a profondément divisé les pays européens et le seul argument de son maintien est la perspective du chaos qui, d’après eux, résulterait de son abandon.

Alors, pour ne pas dissoudre l’euro, on va détruire l’Europe toute entière sans pouvoir l’orienter différemment. Cette attitude suicidaire ne peut trouver son explication  que si on admet que tous ces gens, européens jusqu’à l’idolâtrie en apparence,  ne sont dans les faits que les serviteurs zélés d’un système financier qui a décidé d’asservir le monde au moyen d’une monnaie-dette dont il fallait retirer tout moyen de contrôle aux dirigeants élus par les peuples.

La reconquête du monde par les peuples qui veulent garder leur souveraineté au travers des Etats-nation qu’ils ont constitués a commencé et les premières victoires ont d’ores et déjà été remportées. Le Brexit, Donald Trump,pour parler des plus récents, mais également avant et chez nous, le référendum de 2005 ont montré la voie. L’Union Européenne, dont le parlement vient d’approuver un traité de libre-échange avec le Canada, vient de montrer qu’une fois de pluselle est à l’encontre de son temps. La situation financière de la Grèce, chroniquement critique, témoigne uniquement d’un « acharnement thérapeutique » à vouloir à tout prix sauver l’euro, mais ne fait que reculer une fin programmée.

Plutôt que d’accepter l’effacement total ou partiel d’une dette qui ne sera jamais remboursée, montrant une fois de plus la profondeur de leurs divergences, les dirigeants européens préfèrent s’accrocher au « radeau de la Méduse » en espérant un miracle salvateur dont la probabilité s’amenuise de jour en jour.

La cuisine française a, sur le plan international, une bonne réputation. Peut-on en dire autant de la cuisine européenne mitonnée par la finance internationale ?

* http://www.gilbertcollard.fr/blog-2/jean-goychman-reponse-socialiste-a-la-defaite-courage-fuyons/  

Gilbert Collard