lundi 13 février 2017

Les banlieues en ébullition avant la présidentielle

Policiers Bobigny février 2017

Le sujet est inflammable. Plus encore lorsque les «quartiers» sont le théâtre de violences à moins de dix semaines de la présidentielle. Les incidents qui ont successivement touché les villes d'Aulnay-sous-Bois, Bobigny, Argenteuil la semaine dernière, puis Les Ulis dans la nuit de dimanche à lundi - et d'autres communes de la région parisienne - ne pouvaient pas laisser la classe politique indifférente. Chaque camp a en mémoire les émeutes de 2005. Chaque camp sait qu'il lui faut se positionner alors que les Français voient tourner en boucle sur leurs téléviseurs des images de voitures brûlées et de mobiliers urbains détruits.

Depuis La Réunion où il était en déplacement, François Fillon a donné le «la» dimanche. Dans un communiqué, le candidat de la droite s'est notamment interrogé sur les conditions d'encadrement d'une manifestation organisée samedi à Bobigny en soutien à Théo, le jeune homme hospitalisé il y a une semaine après le viol présumé qui se serait produit au cours de son interpellation par la police à Aulnay-sous-Bois. «Pourquoi le ministre de l'Intérieur (Bruno Le Roux, NDLR) a-t-il autorisé cette manifestation alors que les risques de violence étaient évidents?», a interrogé le député de Paris, reprochant au gouvernement son «silence». À leur tour, Thierry Solère et Éric Ciotti sont montés au créneau lundi. Sur Europe 1, le porte-parole du candidat s'est demandé «où est passé Bruno Le Roux» et «ce qu'il fait depuis plusieurs jours». Dans un communiqué, le député LR des Alpes-Maritimes a pressé le gouvernement de «très vite restaurer l'autorité de l'État pour juguler le mouvement de violences urbaines».

Les Républicains ne semblaient pas devoir se satisfaire des appels «au calme» lancés lundi par le ministre de l'Intérieur Bruno Le Roux ou de la condamnation des «violences inacceptables» par le premier ministre Bernard Cazeneuve. Après avoir estimé dimanche que les actes de violences étaient «la conséquence du laxisme qui diffuse dans la société française»,Marine Le Pen, pour sa part, a relayé lundi une «pétition pour soutenir la police». «Une fois encore, elle jette de l'huile sur le feu. Une fois encore, elle provoque le désordre», a réagi le candidat PS Benoît Hamon.

La question des violences dans les banlieues et de la sécurité va-t-elle s'imposer durablement dans la campagne présidentielle? Il est encore trop tôt pour l'affirmer, juge Jean-Daniel Lévy, le directeur du département politique et opinion de l'institut Harris Interactive. «Pour l'instant, c'est le thème de la lutte contre le terrorisme qui paraît le plus important quand on évoque les questions régaliennes auprès des Français», explique le sondeur. À en croire celui-ci, la répétition des incidents au cours des derniers jours n'aurait pas pris, à ce stade, dans l'opinion la même importance que les émeutes dans les banlieues en 2005 ou que l'affaire Paul Voise en 2002. L'agression de ce retraité du Loiret, trois jours avant le premier tour de la présidentielle, avait eu un retentissement considérable dans l'opinion. Selon Jean-Daniel Lévy, «cela avait notamment profité à Jean-Marie Le Pen», qui s'était qualifié pour le second tour face à Jacques Chirac en éliminant Lionel Jospin.

Quinze ans plus tard, la fille du président d'honneur du FN ne paraît pas avoir besoin de ces événements pour virer en tête au premier tour. Selon le sondage Harris Interactive réalisé pour L'Émission politique dont elle était l'invitée vedette la semaine dernière, l'autorité est la première qualité que les Français prêtent à la candidate. «La séquence est à l'évidence plutôt favorable à Marine Le Pen, précise Jean-Daniel Lévy. Peu importe le contexte, la présidente du FN s'impose comme celle qui parle le mieux, aux yeux de beaucoup d'électeurs, des questions de sécurité ou d'immigration. Et cela d'autant plus facilement qu'en face d'elle aucun de ses concurrents ne semble crédible ou audible

Fillon jugé «inaudible» sur le thème de la sécurité

Parmi ceux qui pourraient contester la prééminence de Marine Le Pen sur les questions de sécurité, «le candidat de la droite devrait être légitime, mais François Fillon est absolument inaudible», juge le sondeur. «Chez ses soutiens comme chez ceux qui s'opposent à sa candidature, un seul sujet intéresse aujourd'hui: les affaires», ajoute-t-il. Jean-Daniel Lévy en veut pour preuve le bilan de son voyage outre-mer qui s'est achevé lundi soir. «Il suffit de voir ce qui a été retenu de son déplacement à La Réunion: l'homélie sur saint Matthieu et les tensions récurrentes et inévitables avec des manifestants», souligne Jean-Daniel Lévy. Cette difficulté est bien perçue par les proches du candidat qui jugent compliqué d'imposer une thématique à l'agenda de la campagne en raison de la prégnance de l'affaire Penelope Fillon. «On peut encore faire des communiqués et c'est d'ailleurs ce que nous faisons, explique un ancien ministre LR. Mais aller sur les plateaux de télévision ou de radio et devoir répondre à vingt questions sur les emplois fictifs pour placer une phrase sur les banlieues, ça ne sert à rien

Maigre consolation pour le député de Paris: les candidats de gauche ne seraient pas mieux entendus sur les 
questions de sécurité. «Ni Benoît Hamon ni Jean-Luc Mélenchon ne semblent avoir fait leur preuve en la matière avec leur discours ou leur proposition concernant la sécurité, juge Jean-Daniel Lévy. Quant à Emmanuel Macron, il n'incarne pas l'autorité dans l'esprit des Français. Jamais sa campagne n'a encore porté sur la thématique de la sécurité

Par Jean-Baptiste Garat le 13/02/2017

Le Figaro