samedi 11 février 2017

L'hypothèse Le Pen inquiète l'Allemagne


«Qui peut arrêter Marine Le Pen?» Stefan Kornelius, l'un des éditorialistes vedette du quotidien de centre gauche Süddeutsche Zeitung, a résumé dans l'une de ses analyses l'angoisse des Allemands. De l'autre côté du Rhin, la campagne présidentielle française est suivie avec consternation. François Fillon en est le premier responsable. L'ancien premier ministre, qui était perçu comme le meilleur rempart contre la présidente du Front National, n'aurait jamais pu demeurer candidat s'il avait été allemand. Le scandale sur l'emploi présumé fictif de son épouse l'aurait conduit à se retirer de la course.

«M. Propre” s'est effondré», ont déploré les médias sans comprendre qu'il se maintienne. À gauche, le spectacle n'est pas meilleur. Les années Hollande ont ouvert la voie à «l'utopiste Benoît Hamon», ont noté d'autres journaux, sans croire un instant aux chances du socialiste. Quant à Jean-Luc Mélenchon, «le Che Guevara de YouTube», comme s'est moqué Der Spiegel, il ne suscite pas d'autres commentaires. Pour les observateurs allemands, il ne reste donc qu'Emmanuel Macron, «le populiste joyeux», comme l'a surnommé Die Zeit. Son discours pro-européen plaît, séduit les sociaux-démocrates. Mais son inexpérience et son absence de programme surprennent.

À la chancellerie, Angela Merkel suit de près la campagne électorale voisine. La chancelière avait indiqué quel candidat avait sa préférence en recevant François Fillon le 23 janvier dernier: son programme économique l'avait convaincue. Mais elle avait évité toute implication et tout propos public: les positions pro-russes du candidat des Républicains la gênaient, comme ses critiques sur la politique migratoire. Depuis la révélation du «Penelopegate», elle s'est agacée devant ses proches de la faute de comportement de l'ancien premier ministre. 

Elle est prête, s'il le faut, à travailler avec Emmanuel Macron.

L'essentiel, pour elle, est d'éviter Marine Le Pen.

Un risque qui n'est plus exclu à Berlin.

Impact direct sur la politique allemande

«Le gouvernement allemand est particulièrement préoccupé», confie le journaliste Stefan Kornelius. «Le risque est plus fort que jamais que la France se tourne vers le populisme», prévient-il en conseillant la prudence. «Il ne faut pas croire que la résistance du système politique français et l'obstacle du second tour suffiront», dit-il. Depuis quelques jours, les médias allemands examinent effectivement de plus en plus l'hypothèse Marine Le Pen et les conséquences d'un «Frexit», une sortie de la France de l'euro. «Cette année, la présidentielle française est l'élection clé en Europe, beaucoup plus que les législatives allemandes», poursuit Stefan Kornelius. «Elle décidera du futur de l'Europe.»

À Berlin, on ne brandit pas le mot d'apocalypse si Marine Le Pen devait s'installer à l'Élysée. Mais pour le ministre des Finances Wolfgang Schäuble, l'Europe traverserait une «crise existentielle» si ce scénario devait se produire. Ni l'Europe ni l'euro ne seraient morts, a-t-il aussi assuré sur l'ARD comme s'il voulait déjà garantir dans l'avenir «l'option» de la monnaie unique. Comme en écho, Angela Merkel évoque depuis une semaine dans ses discours une «Europe à plusieurs vitesses».

La campagne présidentielle française aura un impact direct sur la politique allemande. La faiblesse politique persistante à Paris depuis des années a déséquilibré l'Europe et conduit à une semi-hégémonie de l'Allemagne. Mais celle-ci refuse d'exercer seule un leadership international. Angela Merkel a besoin d'un partenaire fort à son côté pour tenir tête à Donald Trump, Vladimir Poutine ou Recep Tayyip Erdogan. «Alors que les forces centrifuges progressent en Europe, l'Allemagne a besoin d'alliés qui partagent le même esprit européen», souligne Claire Desmesmay, spécialiste de la relation franco-allemande. Le gouvernement allemand attend aussi que la France, premier partenaire commercial de l'Allemagne, réalise les réformes structurelles nécessaires à son redressement économique. Pour l'instant, l'élection présidentielle est loin de garantir ces résultats.

Par Nicolas Barotte le 10/02/2017


Note BYR : Merkel est prête à "travailler" avec Macron. Vous êtes surpris ?