lundi 6 février 2017

Un intense week-end politique tourné vers l’Élysée

Elysée enntrée


Par Gabriel Robin, SG du CLIC le 06/02/2017

Les amateurs de football se délectent des fameux « multiplex », ces soirées proposant de suivre tous les matchs de la dernière journée en même temps. Dès qu’un but est marqué, une sonnerie caractéristique se fait entendre. Parfait pour le suspense. Ce week-end, nous avons vécu un intense multiplex politique. Je ne pourrai pas, bien entendu, vous détailler les stratégies des candidats les plus importants, ni même m’attarder finement sur leurs programmes avec si peu de texte à ma disposition. Tout juste me bornerai-je à tracer les grands contours du lancement officiel de l’élection présidentielle.

À l’exception notable de François Fillon, qui a brillé par son absence – et pour cause -, tous les candidats se sont exprimés longuement. La séquence a commencé par Emmanuel Macron, qui a donné un grand meeting au palais des sports de Gerland, dans la capitale des Gaules. À en croire les responsables d’En Marche !, 16.000 personnes se seraient pressées pour écouter leur homme providentiel délivrer une somme de platitudes intelligemment réunies. L’ancien ministre de l’Économie sort des fantasmes des spécialistes du « marketing politique ». Sorte de cyborg rutilant conçu par les meilleurs ingénieurs en robotique des usines de la World Company, Emmanuel Macron essaie de satisfaire tout le monde.

Privilégiant le clivage opposant des « progressistes », dont on serait bien en peine de vous dresser le portrait, et des « réactionnaires », forcément caricaturaux, au traditionnel affrontement entre la droite et la gauche, l’homme en marche ne propose finalement pas grand-chose. Certes, ses formules sont assez habiles et feront probablement mouche auprès d’une partie des électorats centristes et sociaux-libéraux, mais elles sont aussi vides qu’insignifiantes au regard des défis qui s’annoncent. Affirmant sans ambages que la « culture française n’existe pas » pour mieux défendre l’horizon multiculturaliste auquel il croit religieusement, Emmanuel Macron s’affirme en digne successeur de François Hollande, l’un de ses mentors, aux côtés d’autres sans-frontiéristes bien connus comme Alain Minc, Jacques Attali ou Pierre Bergé. Un tiers-mondiste, deux tiers-mondains et trois tiers-mondialistes. Tels sont les micronautes.

Face à lui, deux hommes qui s’assument pleinement à gauche. L’habile Benoît Hamon réinvente le Parti socialiste.

Il s’emploie à faire de la politique assez simplement, sans nuisances sonores excessives. Son programme s’inscrit clairement dans l’idéologie du think tank Terra Nova, à ceci près qu’il s’inspire aussi de certains économistes pensant que la croissance ne pourra pas repartir et que la notion de travail sera transformée par les nouvelles technologies, c’est-à-dire ce que l’on nomme la « robolution ». Ses regards se tournent vers sa gauche, où se trouve son plus gros réservoir de voix

Il aura la tâche difficile face à Jean-Luc Mélenchon, bien décidé à garder son indépendance après six mois de gesticulations. Immigrationniste forcené biberonné à l’internationalisme, comme les deux autres, il se distingue par une plus haute culture mariée à une faconde que certains trouvent irrésistible, et que je trouve imbitable. Reconnaissons-lui un art consommé de l’innovation. En effet, Jean-Luc Mélenchon a réussi l’exploit technologique de se dédoubler. Présent physiquement à Lyon, il était suppléé par un hologramme à Paris. Nous ne pouvons que lui tirer notre chapeau pour cette prouesse. Sur le fond, rien de nouveau, la même rengaine serinée à longueur de discours et de tracts : une proposition de gauche alternative qui me semble aussi anachronique que dangereuse.

Dernière à s’exprimer, et très attendue, la candidate Marine Le Pen. Sûre de son fait, elle s’en est tenue à ce qui fait l’essentiel de son succès. Son programme est solide, bien architecturé autour d’axes et de propositions forts. Elle est la seule candidate à vouloir s’attaquer sérieusement à l’immigration de masse. En outre, elle a tendu une main aux électeurs de droite. Certains hésitent encore à franchir le cordon sanitaire qu’a patiemment consolidé la médiacratie.

Mais le monde change… La candidature de Marine Le Pen s’inscrit dans un mouvement d’ensemble qui a vu Donald Trump l’emporter et les eurosceptiques triompher lors du référendum de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne… Bref, la compétition démarre.

Accrochez-vous car nous ne sommes pas au bout de nos surprises…