samedi 4 mars 2017

Chez nous, première séance et premières déceptions

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Paris, Forum des Halles. Dans une salle du complexe UGC, une cinquantaine de spectateurs sont venus assister ce mercredi 22 février à la première séance du nouveau film de Lucas Belvaux, Chez nous . Beaucoup de personnes âgées, quelques jeunes tout de même. Pendant près de deux heures, ils s'apprêtent à suivre l'histoire de Pauline (Émilie Duquenne), infirmière à domicile dans une petite ville du nord de la France, entre Lens et Lille. À la veille des municipales, cette jeune femme admirée de tous est approchée par les dirigeants d'un parti extrémiste, qui vont lui proposer d'être leur candidate...

Dans le dixième long-métrage du cinéaste belge, la commune s'appelle «Hénard». Le parti, le «Bloc Patriotique». Sa présidente, c'est Catherine Jacob, spécialement blondie pour l'occasion. Toute ressemblance avec la réalité n'est bien évidemment pas fortuite. Car c'est bien du Front National, et de sa conquête politique du fief ouvrier d'Hénin-Beaumont en 2014, dont il est question ici. Les spectateurs ne s'y sont pas trompés, le parti de Marine Le Pen non plus. Depuis plusieurs semaines, les cadres du FN multiplient les attaques contre le film.

De son côté, Lucas Belvaux, dans un entretien accordé au journal l'Humanité ce mercredi, affirme avoir voulu révéler la «face raciste et antisémite» masquée derrière le processus de dédiabolisation du parti engagé par Marine Le Pen. Y est-il parvenu? Pas complètement, si l'on en croit les spectateurs que Le Figaro a pu interroger à la fin de la séance. «J'avais beaucoup aimé son précédent film [Pas son genre, NDLR], et j'attendais celui-ci avec impatience, nous confie une jeune femme. Mais là, je suis vraiment très déçue

Lorsqu'on l'interroge sur les raisons de sa déception, cette infirmière libérale avoue avoir eu le sentiment, pendant deux heures «d'écouter France Info». En bref, elle n'a pas appris grand-chose. Même son de cloche chez une autre spectatrice qui, de plus, juge le scénario de Lucas Belvaux «agaçant» et «caricatural».«C'est bourré de clichés, ajoute-t-elle. On imagine qu'il avait de très bonnes intentions, mais il n'arrive pas à les transmettre dans le long-métrage. C'est dommage».

Chez d'autres, le film de Lucas Belvaux ne fait que confirmer des craintes déjà existantes: «Le film ne m'a pas appris grand-chose de supplémentaire sur ce parti, explique un autre spectateur. J'avais déjà une perception très claire de ce qu'est réellement le Front national.» Pour certains, cependant, la méthode Belvaux semble avoir eu l'effet escompté. Un spectateur nous avoue «avoir eu la nausée» pendant tout le film: «C'est ce parti, ce qu'il défend, qui me rend malade...».

Si, dans la salle, ce mercredi, les militants du FN n'étaient pas présents, ils étaient une poignée à s'être réunis devant le cinéma d'Hénin-Beaumont pour dénoncer «une caricature». De son côté, Sébastien Chenu, responsable des questions culturelles du Rassemblement Bleu Marine, juge le film «ringard» et «dépassé»: «Belvaux s'est juste acheté un brevet anti-lepéniste en pleine campagne électorale», estime-t-il.

Par Elena Scappaticci le 22/02/2017

Le Figaro