dimanche 26 mars 2017

En Guyane, les habitants se sentent abandonnés par la République

Guyane conflit social

C'est un climat de révolte qui s'installe en Guyane.

Le plus grand département français d'Outre-mer est en proie à plusieurs mouvements sociaux d'ampleur depuis une semaineLes écoles, l'université, le port de commerce, les administrations et certains commerces sont fermés depuis jeudi. Les syndicats à l'unanimité, sauf un, appellent à la grève générale dès lundi. Air France et Air Caraïbes ont également annoncé qu'ils annulaient leurs vols vers la Guyane

D'anciens hauts fonctionnaires, qui "n'ont rien fait" pour la Guyane. 

Et l'envoi d'une mission interministérielle sur place, samedi, n'a pas calmé les esprits. Bien au contraire, car les Guyanais ne veulent pas négocier avec elle. Ce qu'ils souhaitent, c'est traiter directement avec les ministres concernés, et pourquoi pas Bernard Cazeneuve en personne. Mickaël, membre d'un collectif pour une police plus forte, ne reconnaît aucune légitimité aux envoyés du gouvernement. "On ne les recevra pas. Pour la simple et bonne raison que ce sont d'anciens hauts fonctionnaires qui ont travaillé en Guyane. Ces personnes argumentent en disant qu'elles aiment la Guyane, et qu'elles connaissent la réalité du terrain. Mais pendant qu'elles étaient en place, et qu'elles avaient le pouvoir de faire des choses, elles n'ont rien fait. Comment pourraient-elles aujourd'hui nous apporter les solutions ?", peste ce militant.

"Des demandes basiques"

Insécurité croissante, infrastructure délabrée… La plupart des Guyanais se sentent oubliés par la République. Valérie Vanoukia, présidente du syndicat des petites entreprises, voit là une réalité qui tranche avec ce que l'on connaît de la Guyane. "Nous voulons que, sur un territoire où, tous les quinze jours, des fusées partent pour que des dizaines de milliers de personnes utilisent Internet, nous ayons nous-même accès à la téléphonie. Ce sont des demandes basiques", assure-t-elle. Un collectif, nommé "Pour que la Guyane décolle" (en référence aux lancements de fusées), est en train de se créer.

Les candidats s'en saisissent

Dimanche, plusieurs candidats à la présidentielle ont commenté la situationJean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise, a adressé dimanche à Rennes un "immense salut de solidaritéà la Guyane. Marine Le Pen a dénoncé depuis son meeting à Lille le "service cruellement minimum" des gouvernements successifs dans le plus grand département de FranceEmmanuel Macron, candidat d'En Marche !, appelle pour sa part à "revenir à la raison et au calme". "Bloquer les aéroports, bloquer la ville, ce n'est pas acceptable", a déclaré l'ancien ministre en marge d'une visite à La Réunion. Quant à Nicolas Dupont-Aignan, candidat de Debout La France, il a pointé "la démission de l'Etat".

Par Jean-Sébastien Soldaïni, édité par A.H. le 26/03/2017