mardi 21 mars 2017

Marine Le Pen au Tchad pour parler aux militaires

N'Djamena base française

Quelques heures seulement après le premier débat de la présidentielle, lundi soir sur TF1, Marine Le Pen devait s'envoler pour le Tchad. Ce voyage de deux jours, préparé en collaboration avec le service communication de l'armée française, prévoit des rencontres avec les militaires de l'opération «Barkhane»,déployés pour lutter contre les djihadistes du Sahel.

Au ministère de la Défense, où l'on a répondu positivement à cette demande «tardive» du Front National, on trouve logique de permettre aux candidats à la présidentielle de se rendre sur le terrain. Être candidat, c'est aussi aspirer à la fonction de chef des armées. En revanche, le ministère de la Défense demande aux politiques de ne pas «instrumentaliser» médiatiquement de tels déplacements.

Avant la candidate du Front National, Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet, François Fillon, Emmanuel Macron ou encore Alain Juppé ont pu se rendre auprès des forces françaises.

Marine Le Pen devait profiter de ce déplacement pour rappeler aux soldats son projet en matière de défense. Elle souhaite porter le budget militaire à 3 % du PIB en fin de mandat (contre 1,78 % à fin 2016), permettre l'embauche de 50.000 militaires supplémentaires, renforcer le renseignement intérieur et extérieur, sortir du commandement intégré de l'Otan et restaurer un service militaire de trois mois au minimum.

Ce déplacement au Tchad est aussi une occasion pour elle de répondre à un segment croissant de son électorat. Dans une note publiée début mars, l'Ifop avait souligné une «radicalisation du vote des membres des forces de sécurité», comprenant l'armée, la gendarmerie, la police et l'administration pénitentiaire. Selon l'institut, les attentats et le contexte sécuritaire de ces dernières années ont amplifié une tendance observée lors des dernières élections régionales, en 2015. «44 % des membres des forces de sécurité envisageraient de voter pour Marine Le Pen, soit une proportion impressionnante de quasiment un sur deux», estime l'Ifop.

Des intérêts communs

À N'Djamena, capitale du Tchad, elle apportera une autre dimension très importante à son déplacement africain. En marge de ses rencontres militaires, Marine Le Pen souhaite envoyer aussi un message aux Africains. «C'est l'occasion pour elle de se positionner sur la politique française en Afrique et de dire ce qu'elle compte faire dans ce domaine», explique Louis Aliot, arrivé sur place deux jours plus tôt, pour préparer la visite. Selon le vice-président du FN, le Tchad est un «partenaire adéquat en matière de lutte contre le terrorisme».

La candidate devrait proposer une «refonte complète» de la politique africaine de la France, basée sur de nouvelles approches, notamment en matière de «codéveloppement». «Sortir de la Françafrique, ajoute Aliot, cela ne doit pas passer seulement par des tribunes mais par de vraies relations équilibrées, de souveraineté à souveraineté. Nous partageons des intérêts communs, comme la lutte contre la pauvreté et le développement. C'est cela qui peut permettre de lutter contre l'immigration.»

Une aide au «renforcement des outils de défense et de sécurité» des pays d'Afrique est inscrite dans les 144 engagements présidentiels de Marine Le Pen.

Par Emmanuel Galiero le 21/03/2017

Le Figaro