vendredi 31 mars 2017

Mieux que les anges de la télé-réalité : l’élection présidentielle

Cowboy duel


Par Gabriel Robin, SG du CLIC le 31/03/2017

La campagne de l’élection présidentielle 2017 restera dans l’histoire pour son extrême vulgarité. On désigne les uns à la vindicte populaire ; on insulte les autres ; on invective ; on éructe et on gesticule… C’est, du moins, ce qui ressort de l’attitude de la classe politique et des médias. À ce titre, l’attitude de David Pujadas face à Marine Le Pen était proprement sidérante. Du buzz, du buzz, du buzz. Les sujets important ne sont abordés qu’en surface. Quant aux questions de civilisation, elles sont à peine évoquées. Et pourtant, il y aurait matière !

Les Français et je ne m’en exclus passont comme hypnotisés par le spectacle guignolesque qui se joue sous leurs yeux. À chaque jour son cliffhanger, pour reprendre une terminologie connue des amateurs de séries télévisées. Hier, Bertrand Soubelet claquait la porte d’En Marche ! avec fracas, quelques semaines après avoir théâtralement apporté son soutien à Emmanuel Macron.

Celui qui était surnommé le « général courage » devint alors, en l’espace de quelques heures ; un « traître », une « pourriture » ou, au choix, une « charogne »… Il a suffi qu’il dénonce l’imposture Macron, qualifiant son mouvement de « recyclerie du Parti socialiste« , pour redevenir le « héros » du bon peuple, courageux éveilleur de consciences.

L’histoire ne retiendra pas les raisons du départ, purement égocentriques : un conflit de personnes avec Jean-Yves Le Drian…

Peu après, la presse s’égosilla sur Manuel Valls, consécutivement à son petit parjure. L’ancien Premier ministre s’était engagé à respecter le choix des votants des élections préliminaires du Parti socialiste. Il n’a pu s’y résoudre et a déclaré qu’il préférerait voter pour Emmanuel Macron que pour son ancien adversaire, Benoît Hamon. Un peu plus tard, il a même lancé un appel du pied à François Fillon, qui a montré plus d’enthousiasme que le Rastignac amiénois.

Tout cela est lassant. À moins d’un mois d’une élection aussi déterminante pour l’avenir de la France, nous avons l’impression d’assister au tournage d’une nouvelle émission de télé-réalité. Dans ces conditions, il ne sera guère étonnant de constater que les Français se détournent de plus en plus de la politique, s’abandonnant au « tous pourris » de la résignation et du dépit ; miroir de ces élus, parfois minuscules, qui mettent plus d’énergie à chercher des coupables que des solutions aux difficultés que nous vivons.

Le débat politique se réduit au strict minimum : slogans contre slogans, anathèmes contre anathèmes, concert de casseroles contre concert de casseroles. Emmanuel Macron l’a bien compris, rompant avec son habitus technocratique usuel pour mieux embrasser un néo-populisme qui a tout de la pseudoscience. Sorte de Ron Hubbard du paysage politique français, il veut promouvoir la « société civile », ce diable médiatique qui sort de la boîte des candidats sans imagination à chaque élection.

Technoprêtre d’une France vidée de sa substance, Emmanuel Macron ne s’y prendrait pas autrement pour délégitimer la fonction politique même. Avec lui : le gouvernement froid des experts. Toutefois, qui pourra nier que la nullité des acteurs traditionnels de notre vie politique l’aide considérablement dans cette tâche ?