vendredi 31 mars 2017

"Patrimoine, protéger l'esprit des lieux"

Marion 032017


Tribune libre de Marion Maréchal-Le Pen du 26/03/2017

L'élection présidentielle que nous vivons est un véritable choix de civilisation.

Il est regrettable que certains candidats restreignent les enjeux d'avenir de notre pays à la transition numérique ou à l'état des marchés financiers. En développant son projet culturel à l'ombre des pierres du Mont-Saint-Michel et de l'abbaye de Conques, Marine Le Pen invite dans la campagne l'idée charnelle de Nation.

J'entends déjà les sarcasmes mondains nous décrivant comme d'aigris nostalgiques. Dans son dernier livre, Le Crépuscule des idoles progressistes (Stock), l'auteur Bérénice Levet résumait brillamment: «Le passé n'est pas un programme, c'est une ressource.» En effet, le passé est une boussole de sens, un vivier d'expériences, un repaire dans lequel se réfugier voire se consoler en ces temps incertains. Et notre patrimoine constitue précisément ce passé incarné, cette «Histoire pétrifiée».

Avec ce projet, nous perpétuons le pacte national, celui de la possession en commun de nos morts, de leurs rêves, de leurs espoirs et de leurs prouesses. Voilà qui nous différencie de nos adversaires, ceux qui ne croient plus en la France.

Je pense notamment à Emmanuel Macron dont la vision française était récemment dénoncée par Alain Finkielkraut: celle d'un «pays-espace» où chacun serait libre d'entrer et de sortir, d'investir, de consommer, de s'enrichir, de devenir millionnaire ou surtout précaire, de repartir sans même se retourner. Notre vision de la France exige un supplément d'âme. Non la France n'est pas une simple «start-up», un open space multiculturel sans génie propre.

Nous aimons la France car elle nous permet de vivre dignement mais aussi de nous extasier devant la majesté d'un château de la Renaissance, la solennité d'une cathédrale gothique ou la pureté d'un pont romain.

Les nouveaux vandales, qui colonisent nos ministères depuis quarante ans, veulent faire oublier la «culture de France» au profit d'une «culture en France» !

Leur vision d'une France désincarnée les a conduits, fausse droite et vraie gauche, à organiser l'amnésie historique de nos enfants. Ils s'en sont pris à notre patrimoine immatériel: en distillant la honte de nos ancêtres dans nos esprits, en refusant de transmettre le récit national à l'École, en privant les enfants d'une bonne maîtrise de leur langue ou en l'abandonnant au profit du «globish». Puis ils se sont attaqués à notre patrimoine matériel en laissant s'effondrer la pierre et les tuiles. Toutes les composantes de notre identité nationale ont été l'objet de leurs assauts. C'est toute la chaîne de transmission qui est ainsi brisée.

L'acharnement de ces nouveaux vandales se traduit par la destruction programmée des paysages français: avec la refonte du code du patrimoine, du code de l'urbanisme, la loi de transition énergétique, l'État a sciemment cassé le lien entre bâtiment et environnement, entre architecture et nature, au profit d'une anarchie dont on voit les résultats hideux à l'entrée de toutes nos villes et demain dans toutes nos campagnes.

Tant de sueur, de talent, de beauté devrait pourtant nous honorer mais surtout nous obliger. Pour nous patriotes, le patrimoine est un rempart de beauté contre la laideur qui défigure nos campagnes et nos villes, laideur qui contribue à déstructurer notre identité. C'est pourquoi Marine Le Pen prend l'engagement d'ériger la défense et la promotion du Patrimoine au rang constitutionnel.

Concrètement cela signifie que la protection et la promotion du patrimoine deviendront une obligation constitutionnelle, qu'un texte législatif allant à l'encontre de cet impératif pourra être censuré par le Conseil constitutionnel. Par ailleurs, cette disposition permettra de mettre un terme au débat jurisprudentiel autour de la laïcité en permettant la cohabitation du principe de séparation de l'Église et de l'État avec le maintien de certaines références religieuses dans l'espace public en lien avec nos traditions chrétiennes, par exemple l'installation de crèches dans les mairies ou de sapins de Noël dans les cantines scolaires.

Enfin d'autres axes seront développés: la nomination d'un secrétaire d'État au Patrimoine, l'engagement d'un audit du patrimoine en association avec le G11 patrimoine, le lancement d'un livre blanc puis d'une loi de programmation sur le patrimoine avec des objectifs de financement clairs, sans oublier les monuments privés souvent laissés pour compte. Enfin nous opérerons une refonte législative pour revenir à l'esprit des lois fondatrices du patrimoine, en développant notamment la Fondation du patrimoine (aide aux monuments non protégés) ; en restaurant l'agrément fiscal supprimé en 2014 (pour les monuments non protégés) ainsi que le dispositif Malraux.

L'impératif de transmission sera ainsi gravé dans le marbre de notre pacte social car nous avons le devoir d'hériter.