mardi 7 mars 2017

Présidentielle : Marine Le Pen bien installée en pole position

Marine Reims 09092016

Quel que soit le sondage, la présidente du Front National confirme la plupart du temps sa première position en termes d'intentions de vote pour la prochaine élection présidentielle. Interrogés du 28 février au 2 mars par l'institut Elabe, 27 % des électeurs affirment leur intention de voter en faveur de Marine Le Pen, 24 % choisissant Emmanuel Macron, 19 % François Fillon, 12,5 % Jean-Luc Mélenchon et 12,5 % Benoît Hamon.

Depuis plus d'un an, les sondages se succèdent et se ressemblent quant à la place éminente occupée par la présidente du FN. Celle-ci ne fait que confirmer la première place électorale occupée par le Front National dans toutes les élections intermédiaires depuis juin 2014: 24,8 % des suffrages exprimés aux élections européennes, 25,2 % aux élections départementales de mars 2015 et 27,7 % aux élections régionales de décembre 2015. À cette force de premier tour, stable depuis des mois, s'ajoute la capacité à sortir de son relatif enclavement électoral de premier tour, puisque nombre de sondages laissent pressentir un niveau de second tour aux alentours de 40 % des suffrages et même parfois sensiblement au-dessus, c'est-à-dire très largement supérieur aux 17,8 % réunis le 5 mai 2002 au second tour par son père après le «coup de tonnerre» du 21 avril.

Depuis des mois, Marine Le Pen, contrairement à ses principaux concurrents, François Fillon et Emmanuel Macron, ne connaît qu'une faible variation d'amplitude en termes d'intentions de vote. Dans les vagues mensuelles de l'Enquête électorale française organisées auprès d'un même échantillon, depuis septembre 2016, les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen n'ont varié qu'entre 25 % et 27 % (+/- 2) alors que celles en faveur d'Emmanuel Macron ont navigué entre 10 % et 23 % (+/- 13) et celles de François Fillon entre 18,5 % et 27 % (+/- 8,5).

Cette solidité du socle électoral de Marine Le Pen est liée au fait que la fidélisation des électeurs lepénistes est très forte. De janvier à février, la présidente du Front National a gardé 91 % de ses électeurs alors que François Fillon n'en préservait que 75 % et Emmanuel Macron 77 %. Pour ceux qui, en février, ont fait un choix en termes d'intentions de vote, le choix lepéniste est toujours beaucoup plus ferme que le choix filloniste ou macronien: pour 74 % des intentions de vote en faveur de Marine Le Pen, le choix est définitif, pour François Fillon ce caractère définitif ne touche que 48 % de ses soutiens et pour le leader d'En marche! seulement 38 %.

Cette fidélité et cet engagement qui sous-tendent le vote en faveur de Marine Le Pen sont quelque chose d'ancien que l'on mesure sur la longue période. Sur cent électeurs lepénistes de 2012 qui ont l'intention de se rendre aux urnes en 2017, la présidente du FN en retrouve en février 84 %. François Fillon ne capte que 55 % de l'électorat de Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron 40 % de celui de François Hollande.

Cette forte pérennité est le symptôme d'un vote «structurel» qui s'enracine dans un vrai «vote de classe»: 43 % des ouvriers ou encore 42 % des personnes qui déclarent «vivre très difficilement avec les revenus du ménage» expriment aujourd'hui une intention de vote en faveur de Marine Le Pen. Ce vote qui est l'expression directe d'une condition sociale est assez indifférent aux affaires qui peuvent secouer les parlementaires européens du FN car celles-ci sont souvent perçues comme de sombres manœuvres de la «bureaucratie européenne» et de l'appareil judiciaire contre un parti que l'on voudrait faire taire.

La victimisation sociale dont souffrent ces milieux rentre en résonance avec une victimisation politique dont savent jouer l'appareil du FN et sa première responsable. Dans un sondage Elabe réalisé entre le 28 février et le 1er mars, les sympathisants du FN sont les seuls à considérer, à une majorité absolue (56 %), que «la justice s'acharne sur François Fillon et Marine Le Pen en raison de leur candidature à l'élection présidentielle». Ils ne sont que 45 % des sympathisants de la droite et du centre et 7 % des sympathisants de gauche à partager cette opinion. Cet électorat étroitement soudé à sa candidate peut-il espérer autre chose que de faire «turbuler le système»?

Une étude extrêmement fine de Jérôme Jaffré publiée en février dans les Notes de la Fondation pour l'innovation politique reprend cette question majeure du «Front National face à l'obstacle du second tour». Basée sur une étude systématique des seconds tours des élections intermédiaires de 2015 où figuraient des candidats du FN en duel contre la droite ou contre la gauche, il conclut: «Le système UMPS existe bel et bien, mais il procède avant tout de la volonté des électeurs de ces deux formations d'adopter le comportement le plus adéquat en vue de faire obstacle à l'élection d'un représentant du FN même si celui-ci sort nettement en tête du premier tour. Tout se passe comme si le fameux plafond de verre qui empêche la victoire finale de ce parti ne cessait de s'élever au fur et à mesure de sa progression électorale.»

Plafond de verre

Le diagnostic du fameux «plafond de verre» empêchant la victoire finale du FN semble rester pertinent puisque, dans la perspective d'un second tour, Marine Le Pen est créditée aujourd'hui de 42 % d'intentions de vote contre François Fillon et de 38 % contre Emmanuel Macron. Marine Le Pen semble rester une puissance solitaire souffrant encore d'une image de parti extrême, isolé et insuffisamment marqué par la «culture gouvernementale».
Mais, comme le montre la campagne de l'élection présidentielle depuis ses débuts, les rebondissements liés à la conjoncture, aux affaires en tout genre, à la situation lourde de menaces au plan intérieur et extérieur peuvent réserver des surprises.

Quel sera le profil des abstentionnistes du second tour, quelle sera l'ampleur des reports des électeurs de la gauche de protestation sur Marine Le Pen?

- Où ira se loger l'éventuelle amertume d'électeurs de droite qui auront l'impression qu'on leur a «volé la victoire»?

- Quelle sera la teneur d'un second tour éventuel entre le candidat de la globalisation heureuse et la candidate du repli national?

Selon la réponse que les électeurs apporteront à ces questions, le «plafond de verre» tiendra ou se lézardera.

Par Pascal Perrineau le 07/03/2017

Le Figaro