jeudi 16 mars 2017

Québec: les nationalistes chamboulés par Le Pen

Marine Québec

Par Jérôme Blanchet-Gravel * le 14/03/2017

Au Québec, avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche et la montée des droites souverainistes en Europe, tous les acteurs politiques sont obligés de se repositionner sur l’échiquier. Puisque l’actualité l’oblige, les grands partis doivent se réinventer en fonction des nouveaux enjeux que sont la montée de l’islamisme, l’identité nationale et l’immigration. On a beau en parler depuis au moins dix ans dans ce pays, rien n’est réglé. Le statu quo contribue aussi beaucoup à alimenter les tensions. La trêve qui a suivi l’attentat à la mosquée de Québec n’aura même pas duré deux semaines.

Les temps évoluent, et les programmes aussi. Aucun parti politique ne peut faire fi de la nouvelle donne : qu’ils soient identitaires ou multiculturalistes, tous doivent prendre position. Comme un peu partout en Occident, le clivage s’article désormais moins en fonction de la gauche et la droite qu’à partir du mondialisme et d’un certain conservatisme.

Multicu ou culture française

Le mouvement nationaliste québécois fait actuellement face à ses propres contradictions. Il est profondément divisé : d’un côté, les partisans d’un multiculturalisme édulcoré et de l’autre, ceux qui veulent assurer la transmission de la culture française en Amérique. La semaine dernière, un reportage diffusé aux heures de grande écoute sur Radio-Canada présentait le mouvement nationaliste québécois (et plus précisément le Parti québécois) comme fondamentalement lié à tous les partis « d’extrême droite » en Europe qui font de la lutte à l’islamisme une promesse électorale.

Dans un style sensationnaliste, la première chaîne de télévision canadienne n’a pas hésité à trainer dans la boue ceux et celles qui ont critiqué de près ou de loin l’expansion de l’islamisme dans les dernières années. Le message était clair : la défense de l’identité québécoise est réservée à des intellectuels et des militants aux tendances fascistes. Quiconque s’aventure sur ce terrain devrait maintenant comprendre qu’il appartient au camp de l’intolérance. La distorsion ajoutée au montage à la voix de Marine Le Pen donnait l’impression que le diable s’était emparé elle.


Pour répondre aux accusations « d’islamophobie » qui pesaient contre lui, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, s’était déjà empressé de se dissocier publiquement de la patronne du FN avant la diffusion du reportage. Lui qui avait pris position en faveur d’Hillary Clinton lors des dernières élections américaines a affirmé que les militants du Parti québécois qui avaient des sympathies pour le Front National devaient être dénoncés. Le 22 mars 2016, Lisée affirmait aussi sur sa page Facebook que le programme de Marine Le Pen était « hyper-réactionnaire ». Le chef du PQ sent la soupe chaude : les appuis au FN pourraient se multiplier dans sa propre base militante…

Vers un FN québécois?

Il faut dire que le passage de Marine Le Pen au Québec au printemps 2016 est loin d’avoir favorisé la concorde dans les rangs du PQ. Si aucune formation officielle n’a accepté de rencontrer la présidente du FN lors de son séjour au Québec, cette dernière a néanmoins trouvé un écho favorable auprès d’un vaste public allergique à la bien-pensance. Dans les rangs du PQ, tous hésitent à le reconnaître… mais le FN serait même intéressé à tisser des liens importants avec le Québec en renouant avec la vieille tradition gaulliste. Un projet que défendent ouvertement Florian Phillippot et le jeune cadre Loup Viallet dans le même reportage. Les souverainistes québécois sont si attachés à la France qu’on se demande comment ils pourraient refuser de s’engager dans un tel processus.

La question n’est pas de savoir si le programme du Parti québécois est vraiment compatible avec celui du FN. Sur plusieurs aspects, il ne l’est pas. Il s’agit plutôt de déterminer jusqu’à quel point le chef du PQ pourrait s’aliéner une partie de son électorat en se conformant au politiquement correct

Dans l’éventualité d’un second tour opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen, gageons que la frange mondialiste du PQ osera même soutenir un candidat qui prétend que la culture française n’existe pas à seule fin de plaire aux médias !
 
* L'auteur ou les auteurs du présent article ne sont en rien membres du FN, du RBM ou d'un mouvement de cette famille politique -à la connaissance du BYR- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.