samedi 15 avril 2017

François, que ne l’as tu fait avant ?

Fillon chirurgien

Tribune de Jean Goychman du 10/04/2017

François Fillon nous a servi un de ces discours fleuve dans lequel, comme aux galeries Lafayette, on trouve un peu de tout.

Rien de franchement révolutionnaire, mais un large saupoudrage dans lequel, en principe, chacun devrait pouvoir trouver ce qu’il cherche. Dans ce « prêt-à-porter » de la pensée politique, il y a toute une série de mesures dont aucune n’est vraiment nouvelle. On sent que la clientèle qu’il cible n’aime pas les frissons de l’aventure, et encore moins l’idée d’aller vers des contrées inexplorées jusqu’alors.

Une de ses phrases m’a néanmoins interpellé. Il se dit souverainiste, donc pour une Europe souveraine. Sans entrer dans une querelle byzantine sur le sens des mots, il me semblait que seules les nations pouvait prétendre à la souveraineté. Même si la définition du mot nation n’est pas une chose aisée, on peut pourtant dire que l’existence d’une nation en tant que telle résulte à priori d’un ensemble de gens qui ont, un jour, décidé de faire cause commune en se dotant d’un ensemble d’institutions généralement appelées un Etat.

Ce n’est faire injure à personne que de faire remarquer qu’il n’existe ni peuple européen, ni Etat européen. On a beau invoquer à tout bout de champ la citoyenneté européenne, celle-ci apparaît plus comme un abus de langage que comme une acceptation commune à des règles de droit. Certes, il existe une réglementation qu’on peut considérer comme s’appliquant dans chacun des Etats-membres, mais celle-ci résulte uniquement de traités signés entre Etats souverains.

Par ailleurs, François Fillon se définissant lui-même comme adversaire du fédéralisme européen, qu’il qualifie de « chimère », on perçoit mal quelle définition du souverainisme européen il serait à même de fournir. Peut-être que, d’ici quelques siècles, les peuples décideront, dans un élan commun et au terme d’une réflexion dictée par certaines circonstances, d’unir leurs destins et se rassembler dans une vaste nation européenne. Nul doute que, si cela s’accomplissait, on puisse parler de la souveraineté européenne. Jusqu’à présent, cela n’a pas eu lieu. Comme le disait de Gaulle, « on agglomère pas les nations comme les marrons dans la purée.. » Les peuples ont une Histoire qui leur est propre, qu’on ne peut ni gommer, ni modifier pour en changer l’écriture.

De la même façon, il dit qu’il ne veut pas être le témoin, et encore moins l’acteur du naufrage ou de la dislocation de l’Union Européenne, considérant qu’on ne peut balayer d’un revers de main soixante années d’efforts. Or, si on devait passer en revue les grandes étapes de la construction européennes, deux qualificatifs viennent rapidement à l’esprit. Cette Union Européenne s’est faite la plupart du temps à l’insu des peuples, tenus soigneusement écartés des grandes orientations, et avec la constance de vouloir imposer, sous le couvert du libéralisme, un libre-échange peu soucieux des aspirations profondes de ces mêmes peuples.

Arrive un moment, et c’est probablement le cas, où les peuples commencent à réaliser qu’ils ont été bernés.
On conçoit qu’ils éprouvent alors une certaine rancœur contre ceux qui les ont dupéCertains préfèrent traduire cela comme un mouvement d’humeur dirigé contre les élites qui les dirigent.

De Gaulle (toujours lui) disait :dans le tome III de ses mémoires de guerre, parlant du Président Albert Lebrun : « Au fond, comme chef de l’Etat, deux choses lui avaient manqué : qu’il fût un chef ; qu’il y eût un Etat. »

Nous retrouvons ainsi les racines du mal qui nous frappe. Depuis plus de quarante ans, nos élus ont fui leurs responsabilités devant le pays. Giscard d’Estaing et son ambition  fédéraliste qui, pensait-il, ferait de lui le premier président des états unis d’europe. Puis vinrent les années Mitterrand, Florentin nourri à la cuisine de Machiavel, mettant en scène sa propre dramaturgie. Chirac lui succéda, entretenant les nombreuses ambiguïtés, déjà perceptibles longtemps avant son arrivée à l’Elysée. Ensuite Sarkozy, dont Philippe de Villiers disait de lui qu’il lui faisait penser au « lapin duracell » jouant infatigablement du tambour et abandonnant les uns à la suite des autres des pans entiers de notre souveraineté (OTAN, Traité de Lisbonne et enfin le traité budgétaire) Par pure charité chrétienne, je ne citerai Hollande que pour mémoire, mais peut-on dire de lui qu’il fut un chef ?

Alors aujourd’hui, François Fillon, apparemment victime d’amnésie chronique, nous fait le coup du sauveur providentiel. Il nous faut, nous dit-il, un cap. Il en a un. Il nous faut un projet, il en a un. Il nous faut une majorité, il en a une. Très bien. Pourtant, il y a dix ans, il avait déjà un cap à suivre, un projet à mener rt une majorité pour le soutenir. Qu’en a-t-il fait ? Se disant lui-même quelques mois après son arrivée à Matignon « je suis à la tête d’un Etat en faillite » on aurait pu croire qu’il allait dépenser des trésors d’énergie à dresser notre pays. Résultats : près d’un million de chômeurs de plus et environ 600 milliards supplémentaires de dettes. Sans parler des à-côtés comme le retour dans l’OTAN (on fait mieux comme souverainisme) ou encore la confiscation du référendum de 2005 car, même si ces décisions étaient du ressort du président Sarkozy, il pouvait prendre ses distances et démissionner. Il aurait été plus crédible aujourd’hui.

Alors, François, comme l’annonce avec un certain bon sens le dicton populaire : « chat échaudé craint l’eau froide » pourquoi ferais-tu aujourd’hui ce que tu n’as pas fait avant, alors que tu disposais dèja des moyens pour le faire ?

Gilbert Collard