samedi 8 avril 2017

Guyane: un policier "sérieusement blessé"

Guyane affrontements

Un cap a été franchi dans le mouvement de contestation démarré il y a plus de deux semaines en Guyane, un commissaire de police ayant été "sérieusement blessé" lors d'une manifestation qui a dégénéré à Cayenne, devant la préfecture.
"On comprend vos revendications. Mais ce (vendredi) soir, ça part en live. Le commissaire est sérieusement blessé", a déclaré un policier au mégaphone, depuis la porte d'entrée de la préfecture, barricadée.

"Blessé lourdement à la clavicule", le commissaire est resté "inconscient au sol pendant une dizaine de minutes" et "on a été obligé d'utiliser du gaz lacrymogène pour l'extraire", avant qu'il ne soit évacué par les secours, a déclaré, à l'AFP dans la nuit de vendredi à samedi Laurent Lenoble, directeur de cabinet du préfet de Guyane. Plusieurs autres policiers, dont un autre commissaire, ont été frappés et "légèrement blessés", selon M. Lenoble.

Le ministre de l'Intérieur, Matthias Fekl, a "condamné avec la plus grande fermeté les violences commises contre les forces de l'ordre".

La préfecture a annoncé samedi avoir saisi le procureur de la République "suite aux violences perpétrées à l'encontre de deux commissaires", alors que "certains membres du collectif tentaient de forcer les portes du bâtiment" préfectoral.

D'après un membre du collectif "Pou La Gwiyann dékolé" (Pour que la Guyane décolle), qui organisait depuis le milieu de l'après-midi vendredi un rassemblement devant la préfecture pour exiger la prise en compte de ses revendications, les "500 frères contre la délinquance", un groupe dont les membres cagoulés encadrent les manifestations, "avaient fait un cordon devant les policiers". "Mais la foule a réussi à porter des coups."

Le collectif a "pris un tournant" qui est "loin de respecter les valeurs républicaines" et il s'est "discrédité", a regretté M. Lenoble.

L'ambiance était devenue électrique, alors qu'une délégation ayant rendez-vous avec le préfet avait longuement patienté, avant d'être éconduite.

'La faute de la France' -

"C'est du foutage de gueule. Il ne faudra pas pleurer après cela. C'est de la faute de la France", avait déclaré peu avant les incidents Mikaël Mancée, un porte-parole des "500 frères", tandis que les esprits s'échauffaient.

"On a compris qu'ils avaient l'intention d'investir la préfecture", comme dans la nuit de mardi à mercredi quand le collectif a occupé le centre spatial, à Kourou, a expliqué M. Lenoble, pour qui les policiers n'ont commis "aucune provocation".

"Nous venons chercher la discussion, et on nous amène les lacrymos", a de son côté vitupéré Dimitri Guard, cadre du collectif. "Devant la préfecture, il y a beaucoup enfants. On ne peut déjà pas leur proposer d'éducation en Guyane. Est-ce qu'en plus il faut les gazer?"

La Guyane connaît depuis deux semaines un mouvement social sur fond de revendications sécuritaires, sanitaires et éducatives. Alors que le Conseil des ministres a validé mercredi une aide d'urgence de plus d'un milliard d'euros à destination de ce département d'outre-mer sinistré, "Pou La Gwiyann dékolé" réclame 2,1 milliards supplémentaires.
"On ne peut pas aller au-delà et on n'ira pas au-delà", a répondu M. Lenoble. Les nouvelles demandes devront être faites après l'élection présidentielle au prochain gouvernement, "qui aura cinq ans pour travailler", a-t-il souligné.

Alors qu'une "grève générale illimitée" a été décrétée le 25 mars en Guyane, le mouvement semblait ces derniers jours être entré dans une phase de division, certains appelant au démantèlement des barrages érigés sur le territoire, alors que d'autres veulent aller "jusqu'au bout".

Jeudi soir, le collectif avait annoncé qu'il maintenait ce dispositif. "Si on lève les barrages, la plupart des gens retourneront travailler. Et c'en sera fini du mouvement", avait commenté un membre du collectif. La maire de Cayenne Marie-Laure Phinera-Horth (PS), interrogée par l'AFP, a appelé à "arrêter la crise".

L'activité économique est au point mort depuis plus de deux semaines. Le blocage du port de Cayenne, par lequel passent plus de 90% des importations et exportations de la Guyane, provoque des pénuries. Dans les supermarchés, les rayons de produits frais sont vides.

Le 08/07/2017

France Soir