mercredi 26 avril 2017

Le véritable enjeu de la présidentielle

Elysée intérieur

Tribune libre de Jean Goychman du 26/04/2017

Il est des moments dans l’histoire de notre nation où les évènements revêtent, de par leurs conséquences, un caractère crucial. De Gaulle, visionnaire surplombant l’Histoire avant même qu’elle ne s’écrive, s’écriait, lors de la libération de Paris en août 1944 : « Pourquoi voulez-vous que nous dissimulions l’émotion qui nous étreint tous, hommes et femmes, qui sommes ici, chez nous, dans Paris debout pour se libérer et qui a su le faire de ses mains.  Non ! nous ne dissimulerons pas cette émotion profonde et sacrée. Il y a là des minutes qui dépassent chacune de nos pauvres vies. »

La libération de Paris permettait à la France combattante, celle qui a figuré dans le camp des vainqueurs, de se réunifier avec celle qui avait subi l’outrage et le malheur de l’occupation allemande.

Depuis plus de quarante ans, nous subissons une autre forme de colonisation, celle des marchés financiers. Depuis quarante ans, un certain nombre de nos compatriotes, placés dans des rangs élevés de nos instances politiques et gouvernementales, n’ont pas hésité à nouer des  alliances souvent occultes avec un groupe de financiers internationaux dont l’objectif est d’établir un gouvernement mondial. Avançant souvent dans l’ombre et l’atmosphère feutrée des grands clubs internationaux s’élabore le projet d’un libre-échange généralisé au plan mondial, cette élite autoproclamée vit de plus en plus mal ces examens de passage périodiques que sont devenues les élections. Ils doivent à intervalles réguliers réussir à faire croire à une populace de plus en plus sceptique qu’il n’existe pas d’autre chemin que celui qu’ils veulent la forcer à emprunter.

Mais même les mieux disposés et les plus crédules commencent à en douter. Car les faits sont là, et ils sont têtus. Chaque regain d’espoir suscité par une nouvelle élection se dilue rapidement dans la morosité suscitée par l’absence de changement. La dette, déjà jugée insupportable il y a plus de dix ans ne cesse de croître encore et encore, tout comme le chômage et, pire encore, l’acharnement qui est mis à continuer encore et encore dans les mêmes directions. Le « toujours plus d’Europe » et son corollaire du « toujours plus de mondialisme », renforcés aujourd’hui par l’argument qui consiste à dire que « si on arrête maintenant, on perd tout » devient de moins en moins crédible, surtout pour ceux qui ont déjà tout perdu.

Alors il faut donc, élection après élection, trouver une nouvelle figure qui puisse incarner un espoir nouveau tout en gardant le même cap durant le quinquennat à venir.  Avez-vous remarqué que la rotation des dirigeants s’accélère toujours lorsque les entreprises commencent à sombrer ? Et, à chaque changement, au bout de quelques semaines, la situation empire.

La particularité de ceux qui nous dirigent est de ne pas avoir, hormis les périodes électorales, de préférence marquée pour l’idéologie, bien qu’ils entretiennent soigneusement le clivage devenu depuis longtemps factice entre une droite et une gauche qui, du moins le pensent-ils, possède encore un sens pour les électeurs. Ils prennent leurs directives ailleurs.  Comme l’avait remarqué dès 1992 le regretté Philippe Seguin, « ils se fournissent chez le même grossiste » qui, comme nous pouvons le constater, n’est que la succursale Bruxelloise du grossiste de Wall Street.

Une course de vitesse semble s’engager entre ces derniers, promoteurs inconditionnels d’une mondialisation à laquelle ils ont aliéné leur devenir, et les peuples qui ont commencé à émerger de leur léthargie.  Les mondialistes sont passés du discours plein de promesses des lendemains dorés de la prospérité rayonnante à celui de la peur du chaos qu’entraînerait tout changement d’orientation, voire d’un  simple retour à des réalités souvent séculairesNe pouvant se démettre d’un système à qui ils doivent tout, il n’ont d’autre choix que s’y soumettre, même si leurs contrats à durée déterminée deviennent de plus en plus courts.

L’enjeu de l’élection de 2017 dépasse largement le cadre de notre nation. L’unique objectif assigné à Emmanuel Macron est de barrer la route de l’Elysée à Marine Le Pen. Le passé qu’on veut à tout moment ressusciter du Front National, dans le but unique de dissuader d’éventuels sympathisants de venir la rejoindre n’a strictement rien à voir dans ce combat de l’ultime chance  qu’elle incarne de redonner à notre pays son indépendance et sa souveraineté patiemment attaquées et réduites au fil du temps depuis des décennies.  Ce sursaut salvateur condamnera l’Union Européenne sous sa forme actuelle.  Ses promoteurs, toutes appartenances et intérêts confondus, savent parfaitement que Marine Le Pen, ayant accès à tous les leviers, et en particulier à celui des médias ne mettra que très peu de temps à convaincre nos compatriotes du bien-fondé de ses intentions en ce qui concerne la survie de notre Etat-nation. Et de cela, ils ne veulent à aucun prix.

Le programme d’Emmanuel Macron n’a, de ce strict point de vue, aucune importance. Son unique ligne d’action sera de chercher à  discréditer notre candidate par tous les moyens. Je suis prêt à parier qu’il n’abordera jamais ni l’avenir de l’Union Européenne dans la mondialisation, ni même la situation actuelle de l’euro, pourtant inquiétante à plus d’un titre.

Si Marine Le Pen parvient, et je sais qu’elle en a la force et la volonté, à gagner cette partie décisive, nous aussi, nous pourrons nous apprêter à vivre des « minutes qui dépassent  chacune de nos pauvres vies »

Gilbert Collard