mercredi 26 avril 2017

Législatives : le Front National table sur une quarantaine de députés

Assemblée nationale nuit

Les législatives constitueront le troisième tour de cette présidentielle. Si certains frontistes, dans l'euphorie de l'entre-deux-tours, prennent le risque d'imaginer une vague «bleue Marine» à l'Assemblée, les plus sérieux préfèrent rester prudents.

Car les pronostics en nombre de circonscriptions gagnables sont un réel casse-tête. Quelles seront les configurations précises après le second tour? Qui, chez LR, En marche! et au PS se retirera au profit de qui? À un mois et demi de l'échéance, beaucoup de questions restent en suspens. Les seules réalités sont les données du premier tour de la présidentielle. Marine Le Pen est arrivée en tête dans 216 circonscriptions sur 577 et ses scores oscillent entre 25 % et 30 % des suffrages dans 105 circonscriptions.

C'est cela qui fait dire à certains observateurs que le parti frontiste sera en capacité de ravir une centaine de sièges, le 18 juin.

Marine Le Pen arrivée en tête dans 47 départements

Pourtant, au FN, on affiche une prudence de Sioux. On préfère attendre les résultats du second tour parce qu'on pense que toutes les circonscriptions gagnables seront celles où Marine Le Pen aura atteint plus de 40 % des voix, sauf en cas de duel face à des candidats de droite très bien implantés.

Les cadres du FN veulent y croire et se fondent sur l'analyse des dynamiques. Ils ont noté que leur candidate est arrivée en tête dans 47 départements. Ils observent sa percée inédite dans les outre-mer. Ils notent qu'en Corse elle a devancé tous ses rivaux. Puis ils apprécient sa progression, en nombre de voix, depuis la présidentielle de 2012 mais aussi depuis les dernières régionales de 2015 (+ 399.051 électeurs).

Rajeunissement

Au FN, on s'interroge également sur la mise en œuvre, ou non, des mécanismes qui avaient été actionnés lors des législatives de 2012 pour sortir les frontistes engagés dans des triangulaires au second tour. Sur les 59 candidats qui avaient franchi l'étape du premier tour, 28 s'étaient retrouvés dans des triangulaires et, au final, les deux seuls sièges gagnés l'avaient été grâce à l'indiscipline d'adversaires ayant osé s'affranchir du front républicain. Dans le Vaucluse, Marion Maréchal-Le Pen s'était imposée face à deux candidats UMP et PS. Dans le Gard, Gilbert Collard s'était qualifié dans une situation analogue. En revanche, Marine Le Pen avait été battue de très peu - à 0,22 point -, dans un duel face à un socialiste.

Lors des législatives de 2017, les candidats frontistes seront mieux armés. 80 % d'entre eux sont titulaires d'un mandat local alors qu'ils n'étaient que 10 % il y a cinq ans. Le parti a aussi misé sur le rajeunissement. Il se félicite d'avoir investi près de 15 % de candidats ayant entre 18 et 29 ans et 7 %, entre 30 et 35 ans.

La frustration des régionales

Enfin, la dernière séquence des élections régionales reste gravée dans toutes les mémoires. Certains élus parient sur la frustration de ce scrutin perdu pour doper la mobilisation alors que le FN avait cru pouvoir décrocher six exécutifs régionaux. Surtout, malgré l'échec, ils n'ont pas oublié les scores très élevés de 2015. Dans 14 circonscriptions, les listes frontistes avaient dépassé les 50 % des suffrages, notamment dans les terres de force situées au Sud et dans les fiefs du Pas-de-Calais, au Nord. En se basant sur les seules circonscriptions où ils ont atteint 45 %, les cadres du FN estiment une quarantaine de sièges gagnables en juin.

De son côté, Marine Le Pen, encore plus confiante après son dernier coup politique avec les salariés de Whirlpool, mercredi à Amiens, rappelle, à qui veut l'entendre: «La politique ne se découpe pas en rondelles. C'est un mouvement linéaire.»

Par Emmanuel Galiero le 26/04/2017

Le Figaro