lundi 10 avril 2017

Marine Le Pen veut séduire les militaires

Armée France 1

Depuis des semaines, Marine Le Pen peaufine son document "Défense", son programme pour la stratégie militaire de la France. Elle devait le présenter en rentrant du Tchad, fin mars au Sofins, le salon des forces spéciales. C'est là, non loin de Bordeaux, dans la base du prestigieux 13e régiment de dragons parachutistes, le 13e RDP – tout un symbole – que l'élite des forces françaises vient chaque année faire son marché de matériels innovants auprès des industriels. Mais Marine Le Pen n'était ni prête, ni convaincue que ce temple du business et des lobbys, choisi par ses stratèges, était le lieu le plus approprié pour exposer ses idées et s'adresser aux militaires. Cette semaine, après une conférence lundi sur la menace terroriste, elle devrait enfin lancer l'offensive sur cet électorat conservateur, traditionnellement acquis à la droite, où elle espère gagner les voix des déçus de Fillon. Une cible de choix.

Les études produites par le Cevipof le soulignent : Marine Le Pen connaît un succès grandissant chez les professionnels de la sécurité, militaires compris, auprès desquels elle recueillerait 56% des intentions de vote. Pourtant, si son audience est forte chez les gendarmes, les pompiers, les gardiens de prison et les policiers, elle est plus incertaine dans l'armée. Certes, dans les bureaux de vote du Var autour desquels résident les 20.000 soldats du département, le FN réalise un ou deux points de plus que ses scores nationaux. Mais au sein de l'institution militaire, comme dans le reste de la société, elle a du mal à séduire les CSP + et recrute principalement parmi les hommes du rang et les sous-officiers.

Construction d'un porte-avions baptisé "Richelieu"

"Leurs chefs se sont mobilisés fortement au moment de la loi Taubira et ont défilé avec La Manif pour tous, explique un conseiller au ministère de la Défense, car ils avaient le sentiment qu'on attaquait leur modèle. Mais ils n'ont pas d'affinités avec Marine Le Pen. Elle n'était pas avec eux dans les rues." Le ralliement de Jean-Yves Le Drian à Emmanuel Macron, son principal concurrent, n'est pas une bonne nouvelle pour le camp Le Pen. Le ministre de la Défense de François Hollande, qui déjeune chaque semaine avec "ses hommes" en France ou sur un terrain extérieur, est apprécié de ses troupes et pourrait être prescripteur.

D'autant que le programme de Marine Le Pen pour les armées n'a pas bouleversé la donne. Elle propose le rétablissement du service militaire obligatoire de trois mois, comme Macron ; la création de 50.000 postes ; la construction d'un deuxième porte-avions, déjà baptisé Richelieu ; et la sortie du commandement intégré de l'Otan. Quant à sa promesse phare de consacrer 3% de la richesse nationale au budget de la Défense (1,44% aujourd'hui) d'ici à 2022 et 2% dès 2018, elle a du mal à passer la rampe tant l'effort paraît impossible et irréaliste…

Une dizaine de militaires de haut rang alimentent le programme

Les gradés qui acceptent de revendiquer leur appartenance au Front sont rares, même parmi les retraités. L'amiral Jean-Yves Waquet, 73 ans, élu régional en Paca et conseiller municipal de Toulon, a rejoint le FN dès 2008. Conseiller défense de Marine Le Pen pour la campagne de 2012, il a, selon sa propre expression, pris un peu de recul même s'il demeure toujours acquis aux thèses du Front. C'est le général Christian Houdet, lui aussi à la retraite, qui représente les forces armées au FN. Le rôle de conseiller défense est désormais dévolu à Jérôme Rivière, transfuge de l'UMP. Ancien parlementaire, élu dans les Alpes-Maritimes de 2002 à 2007, membre de la commission défense à l'Assemblée nationale, il a commencé sa carrière au cabinet de François Léotard en 1989. Il devrait tenter de redevenir député aux prochaines législatives : Marine Le Pen lui a réservé la circonscription de Brignoles, dans le Var, considérée comme "prenable" par le FN. A côté de la politique, il est connu comme apporteur d'affaires dans le secteur militaire.

Dans l'entourage de la candidate du FN, on affirme qu'une dizaine de militaires de haut rang, dont trois généraux de premier plan, conseilleraient la présidente, soit 10% des Horaces, ces hauts fonctionnaires alimentant secrètement le programme de Marine Le Pen. "La confidentialité a bon dos", commente un fonctionnaire du ministère de la Défense. Dans la vitrine militaire de Marine Le Pen, ses cadres citent volontiers Jean Messiha. Mais si ce dernier vient du ministère de la Défense, il appartenait au Spac, le service parisien de soutien de l'administration centrale.

L'homme qui, en réalité a la main sur les dossiers militaires dans l'entourage de Marine Le Pen est son directeur de cabinet, Nicolas Lesage. Après avoir longtemps agi dans l'ombre, on l'a vu récemment apparaître au côté de la candidate au Liban, au Tchad. En 2015, il avait déjà monté, avec Aymeric Chauprade, la visite en Egypte de la présidente du FN. Lesage est un ami de Marine Le Pen depuis plus de vingt ans. Il est très proche de son compagnon, Louis Aliot. Il dispose de précieux relais dans le domaine militaire et du renseignement, qu'il a noués au cours de sa carrière : le DESS défense, géostratégie et dynamiques industrielles de l'université Paris II-Assas; l'école des officiers de réserve à Coëtquidan ; et un poste de consultant en intelligence économique chez Salamandre, ex-cabinet de conseil en stratégie, en pointe dans les années 2000. Parallèlement à ces activités, Nicolas Lesage a mené une carrière dans le cinéma : il a créé l'un des premiers fonds d'investissement spécialisés dans cette industrie qui lui a permis de gagner beaucoup d'argent et de se consacrer aujourd'hui à la politique.

Par Marie-Christine Tabet le 09/04/2017

JDD