vendredi 21 avril 2017

Migrants : la pression monte au nord de Paris

Centre migrants Paris La Chapelle

Paris, porte de la Chapelle. Sous la bretelle d'accès à l'autoroute A1, les igloos colorés et les abris de fortune s'agglutinent de jour en jour. Par grappes, de jeunes migrants remontent la circulation au milieu des gaz d'échappement, dans un concert de klaxons d'automobilistes énervés. Le centre de premier accueil installé par la mairie de Paris se dresse à deux pas de l'embouteillage monstre. Tellement saturé, avec 400 pauvres places, que les implantations sauvages poussent autour comme des champignons, reproduisant le schéma classique de ces campements rapidement incontrôlables qui cristallisent toutes les tensions. Comme celui de la place de Stalingrad, où il fallut évacuer 4000 migrants en novembre dernier.

Le site de la Chapelle n'a pas encore atteint ce seuil critique. Mais il enfle sans discontinuer: déjà «entre 700 et 800 personnes», «leur nombre augmente doucement», assure-t-on à la préfecture. Ils sont afghans, soudanais, érythréens. Depuis l'incendie qui a ravagé, le 10 avril, le camp de Grande-Synthe, à Dunkerque, principal point de fixation au nord de la France, il semble pourtant que la situation se dégrade au nord de la capitale. Un transfert s'est-il opéré? «Beaucoup des migrants qui convergent ici viennent d'Allemagne, mais il est certain que les événements de Dunkerque n'arrangent pas les choses à Paris», reconnaît un officier de police affecté aux missions de sécurisation des quartiers concernés. À l'entendre, «ce n'est pas tant le nombre qui pose problème que l'ambiance». «La cohabitation entre nationalités ou ethnies se passe de plus en plus mal», renchérit un commissaire de police parisien.

Le 13 avril dernier, une importante rixe a éclaté entre Afghans et Soudanais. Elle a fait plusieurs blessés. En cause: la gestion de la file d'attente dans le «centre Hidalgo». Certains intervenants sociaux sur place assurent que l'accès à la file est «tenu par les Afghans».

Fatima Tiah, une bénévole très active sur le terrain, déclare même qu'«un Soudanais a été blessé après avoir été balancé par une fenêtre du centre ; les Soudanais sont ensuite venus réclamer des comptes» et tout a dérapé. Selon elle, c'est un profond sentiment d'injustice qui avive les tensions. Elle critique sévèrement la gestion des lieux par les associations subventionnées. Le climat, visiblement, n'est pas très sain entre les acteurs de l'aide sociale aux migrants.

Transferts dans les régions

Les grandes associations s'activent néanmoins pour tenter de régler le problème en amont. Un collectif a ainsi été reçu mardi dernier par les directeurs de cabinet des ministres de l'Intérieur et du Logement. Son objectif: pérenniser, au-delà des élections à venir, des engagements de l'État en faveur de la prise en charge des exilés.
Parmi les engagements réitérés mardi, les associations citent «la reconstitution du parc de centres d'accueil et d'orientation (CAO, en amont de la demande d'asile) à hauteur de 10.000 places». Ce sont ces centres répartis en province qui ont déjà accueilli une large part des migrants après le démantèlement de la «jungle» de Calais.
L'État a aussi promis de «poursuivre la création de centres d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada)», dont la capacité d'accueil sera portée à «40.000 places dans les prochaines semaines». Problème: les demandeurs d'asile en France ont été près de 100.000 l'an dernier et rien n'indique qu'ils seront moins nombreux en 2017. Le parc en Cada demeure notoirement insuffisant. Ce qui conduit à loger bien des demandeurs à l'hôtel, pour un coût prohibitif.

Anne Hidalgo, la maire PS de la capitale, a dénoncé, pour sa part, le manque de «fluidité» des transferts entre son centre parisien de premier accueil et les hébergements en CAO. Ceux-ci seraient tombés, selon elle, à 150 par semaine. L'État doit «assumer ses responsabilités», a-t-elle écrit aux préfets de région ainsi qu'au préfet de police de Paris.

Les intéressés ont depuis répliqué: «Nous avons d'ores et déjà pris des mesures.» Ainsi, «300 places» de CAO seraient désormais réservées chaque semaine au seul centre parisien de la porte de la Chapelle.

À Paris, la préfecture de région fait savoir donc qu'elle est «en mesure de faire face». Mais le souvenir de Stalingrad et de son immense camp insalubre reste vivace. Une évacuation des installations les plus précaires le long des échangeurs qui dégorgent du périphérique au nord de Paris n'est pas à écarter. «On travaille au sujet d'une éventuelle opération» de mise à l'abri, confie une source préfectorale.

Par Jean-Marc Leclerc le 20/04/2017

Le Figaro