dimanche 16 avril 2017

Pour Marine Le Pen, dernière ligne droite avant le premier tour ...

Marine Le Pen PE 2

J’ai dit que le régime collaborationniste de Vichy n’était pas la France ; c’est une condamnation majeure, farouche, de Vichy, et on ose parler de révisionnisme ! s’offusque-t-elle, à l’heure du café, à Paris, au lendemain de la polémique née de ses propos sur le Vél’d’Hiv. « Que fallait-il que je dise ? Admettre que Vichy, c’était la France ? » « Blessée », selon l’un de ses proches, par ce qu’elle qualifie d’« amalgame honteux », Marine Le Pen n’en est pour autant « pas surprise » : « Sur cette question de la “responsabilité de la France”, que l’on m’a posée, je suis sur la même ligne historique que de Gaulle, Pompidou, Giscard et Mitterrand, mais aussi, entre autres, de Séguin ou Chevènement, qui s’étaient opposés à la repentance chiraquienne. Non, la France occupée de Vichy n’était pas la France. La France était à Londres. Si les médias et mes adversaires — y compris parmi les prétendus gaullistes! — ont trahi mes propos, c’est volontairement. Cette campagne est pire qu’il y a cinq ans. En Corse, où nous avons été agressés par un commando, un CRS m’a montré ses gants fondus à l’acide ! Et personne n’a rien dit… » Un temps, puis : « Cela s’explique sans doute par ma première place dans les sondages. Contrairement à 2012, le système s’inquiète de ma victoire. C’est donc plutôt bon signe… »

Tous les clignotants, pourtant, ne sont pas au vert

Tous les clignotants, pourtant, ne sont pas au vert. Certes, Marine Le Pen continue de faire la course en tête, au coude à coude avec Emmanuel Macron. La “certitude de vote de ses électeurs est aussi la plus élevée. Pour autant, « elle a perdu, en moyenne, entre 2 et 3 points d’intentions de vote depuis le début de la campagne, relève le politologue Jérôme Sainte-Marie, président de l’institut PollingVox : alors qu’elle atteignait aux environs de 26-27 % des voix, elle se situe actuellement à 23-24 %. Cela est dû, pour partie, à l’arrivée des “petits candidats”, c’est loin d’être alarmant, mais cela révèle aussi, pour l’heure, une absence de dynamique ». La candidate FN n’a notamment pas profité de la chute de François Fillon ( – 10 points en moyenne). « Logiquement, poursuit le sondeur, Marine Le Pen aurait dû récupérer une part de ses électeurs. » En cause, selon certains, y compris en interne : son « intransigeance » sur la sortie de l’euro, qui « inquiète » les sympathisants LR. « La majorité de nos électeurs vote pour Marine malgré la sortie de l’euro et non pas à cause de celle-ci, confie un élu. Compte tenu des caricatures et prédictions apocalyptiques qui sont faites de nos propositions, c’est un frein pour beaucoup de gens, pourtant proches de nos idées. »

« Quelle que soit son opinion sur elle, il faut reconnaître à Marine Le Pen de mener une campagne très éloignée de la démagogie dont on l’accuse, confirme Jérôme Sainte-Marie. Alors que toutes les études montrent la réticence d’une majorité de Français à la sortie de l’euro, elle assume ses choix. » Pas facile, cependant, de les défendre… « À cause de l’affaire Fillon, il n’y a pas de vraie campagne, le fond n’est presque jamais abordé et cela nous dessert, reconnaît Louis Aliot, vice-président du FN. Ce que nous voulons, c’est une confrontation d’idées, afin de répondre à la seule question qui compte : qui peut vraiment sauver la France ? » « Heureusement qu’il y a les réseaux sociaux, où la campagne de Marine est de loin la plus suivie, et nos réunions publiques de proximité dans les petites communes, où nous sommes les seuls à aller », ajoute David Rachline, son directeur de campagne.

La dédiabolisation a cependant fait son oeuvre

Entreprise depuis 2011, la dédiabolisation a cependant fait son oeuvre. « Racisme, antisémitisme, antirépublicain, réactionnaire, homophobe… Depuis que Marine Le Pen s’est installée aux commandes du FN, les arguments longtemps mobilisés par ses adversaires résonnent dans le vide », constate Grégoire Kauffmann, professeur à Sciences Po, dans son livre le Nouveau FN, les vieux habits du populisme. Autre atout pour la dernière ligne droite de campagne : l’argument massue du référendum, susceptible de “rassurer les Français inquiets du « vrai changement » que constituerait son arrivée à l’Élysée. « Avec ce recours au référendum, y compris d’initiative populaire, nous sommes les seuls à garantir aux Français que leur parole sera toujours prise en compte, affirme Nicolas Lesage, le directeur de cabinet de la candidate. Marine s’y est engagée : toutes les grandes décisions seront prises au nom et avec l’aval du peuple. Personne ne peut en dire autant. » Cela suffira-t-il à “libérer” le vote FN d’ici au premier tour ? Selon Jérôme Sainte-Marie, cela pourrait, déjà, être le cas : « Malgré l’anonymat des sondages, il existe encore des électeurs qui n’osent pas assumer leur vote, notamment parmi ceux qui s’apprêtent à voter FN pour la première fois lors de cette présidentielle, dit-il. Plutôt qu’à un “vote caché” en faveur de François Fillon, je crois davantage à un “vote caché” en faveur de Marine Le Pen. D’autant que le FN, qui profite de la participation, a toujours réalisé de meilleurs scores à la présidentielle que lors du scrutin qui a précédé. » En l’occurrence les régionales de 2015, où, premier parti de France, il avait atteint 27,7 %…

Par Arnaud Folch le 16/04/2017

Valeurs Actuelles