jeudi 6 avril 2017

Pourquoi les euromondialistes ne veulent-t-ils pas d’un vrai débat sur l’euro ?

Bourse-action


Tribune libre deJean Goychman du 01/04/2017

La campagne électorale entre dans sa dernière phase. Notre candidate Marine Le Pen se maintient en tête des intentions de vote du premier tour. Il y a six semaines, un article de « Causeur » (1)  faisait référence à son désir  de quitter la zone euro par une phrase d’Alain Minc« Ce qui, aux yeux du puissant président des autoroutes du Nord et de l’Est de la France, pourrait rendre fréquentable la candidate FN à l’élection présidentielle de 2017, c’était d’accepter la monnaie unique européenne. »

Cette déclaration est un véritable aveu. La seule chose qui intéresse la finance internationale, c’est de conserver le contrôle de la monnaie unique européenne tout comme ils contrôlent le dollar.

Il y a une volonté d’écarter d’emblée tout véritable débat sur l’euro et son maintien. Pourtant, depuis 2009, le problème est clairement posé. Tous les économistes sincères savent que la mise en circulation de cette monnaie s’est faite en dépit des réalités. Aucune des conditions préalables considérées comme nécessaires à son introduction n’était satisfaite, et en particulier une absence de « Zone Monétaire Optimale »(2)  On biaise donc le débat en fabriquant de « vrais-faux » sondages, uniquement basés sur des peurs irrationnelles type « peur de l’an mille »  On étouffe volontairement le débat en occultant totalement l’état actuel de la zone euro.

Une intervention récente de l’économiste Christian Saint-Etienne sur Xerfi Canal pose pourtant clairement le problème, qu’il résume en disant ; « Zone euro, faut-il en sortir ou la réformer ? » (3) Outre l’absence de Zone Optimale, il rappelle également qu’il manque également  un gouvernement économique de la zone, un budget de zone ainsi qu’une harmonisation fiscale et sociale à l’intérieur de cette même zone. Ceci, beaucoup de monétaristes le savaient, et Christian Saint-Etienne  l’a pourtant dénoncé avec raison dès 2009, lorsqu’est apparue la première crise de l’euro, qui ‘est toujours pas finie. En examinant cette crise d’un peu plus près, il apparaît qu’elle ne pouvait que se produire, étant une conséquence directe des vices de construction de la zone monétaire.

Celle-ci a été réalisée dans l’urgence, pour des motivations uniquement politiques liées à la réunification allemande. On a, une fois de plus, raconté n’importe quoi aux peuples européens. On leur a, une fois de plus, promis la Lune et malheureusement, beaucoup y ont cru. Vint cinq années plus tard, les défauts de naissance de l’euro produisent leurs effets. Ces effets sont réels, tangibles et prévisibles dans leur évolution. Pourquoi ne veut-on pas en parler, hors d’un périmètre restreints d’économistes, certes de renom, mais qui ne sont que très rarement, voire jamais invités sur les plateaux de télévision ?

Dès qu’on parle de la situation comparée des différents pays de la zone euro, il y a toujours un présentateur zélé qui s’arrange pour changer de sujet, en disant que c’est trop complexe

Pourtant, le peuple français a, le droit de savoir. Soumis à une pression unilatérale qui lui promet la ruine des épargnants, la fuite des capitaux, la fermeture des usines et la cohorte des misères que nous allons devoir subir si nous quittons l’euro, il n’est pas normal qu’aucune émission « grand public » ne soit consacrée à un réel débat entre économistes dans lequel se verraient expliquées les bilans comparés d’une sortie ou du maintien de notre pays à l’intérieur de la zone euro.

Il est plus que probable que ce bilan réel soit porté à notre connaissance uniquement en cas d’élection de Marine Le Pen alors que c’est justement avant le scrutin que ce problème devrait être abordé. Notre système monétaire et financier est devenu dément. La BCE imprime des billets dont 97 % vont uniquement dans les banques. Qu’en font les banques ? Elles emploient cette manne gratuites (les taux d’intérêts étant pratiquement nuls) uniquement pour valoriser leurs propres actions. Ces actions reprèsentent de fait le capital, donc les fonds propres des banques qui rééquilibrent ainsi des bilans considérés comme potentiellement destructeurs.

Au fil du temps, les économies des pays de la zone ont divergées, alors qu’elles étaient censées converger. Il est donc normal que les pays considérés comme les plus solides voient affluer vers eux les capitaux de ceux les plus exposés. Ce phénomène, inhérent à la construction bâclée de l’euro, augmente encore la divergence des économies  et  conduit dans le mur les pays fragilisés. Comment peut-on envisager que ce système perdure ?
Et il y a également bien d’autres menaces qui pèsent sur la zone, et notamment celle crée par le déséquilibre des dettes interbancaires, qui met également en péril sa stabilité.

C’est pourquoi il est indispensable qu’un véritable débat contradictoire, et non pas de simples émissions de propagande destinées à effrayer les gens, se tienne avant le jour du premier tour.

Existe-t-il un seul média accessible à tous qui osera relever ce défi à une heure de grande écoute ?

(2)   Robert Mundell et Marcus Fleming ont inventé (indépendamment l’un de l’autre) un modèle de ZMO (Zone Monétaire Optimale) La zone euro ne remplissait pas les critères définis car :
  • Les différents Etats se faisaient concurrence sur le plan industriel
  • Leurs économies ne convergeaient pas (malgré les « critères de convergence ») de Maastricht
  • Leur poids économiques étaient trop différents les uns des autres
  • Enfin, les règles fiscales et sociales n’étaient pas les mêmes
(3)     http://www.xerficanal-economie.com/emission/Christian-Saint-Etienne-Christian-Saint-Etienne-Zone-Euro-faut-il-en-sortir-ou-la-reformer-5996_3744592.html?utm_source=Mod%E8le%20diffusion%20Xerfi%20Canal&utm_medium=email&utm_campaign=XC290317