mardi 18 avril 2017

Une tentative d'attentat déjouée à la veille de la présidentielle

Raid Toulouse

C'est le scénario redouté par les services de renseignements: une attaque terroriste en pleine campagne présidentielle.

Ce mardi, deux hommes soupçonnés de préparer un attentat «imminent» ont été arrêtés à Marseille, à cinq jours du premier tour, selon une source proche de l'enquête. Les deux hommes de 23 et 29 ans ont été interpellés dans le cadre d'une enquête en flagrance ouverte à Paris pour association de malfaiteurs et infraction à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste.

Dans la foulée, le ministre de l'Intérieur, Matthias Fekl a apporté quelques précisions sur ce projet avorté: «Entre 10 et 11 heures, deux hommes ont été arrêtés dans le IIIe arrondissement de Marseille, par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), avec l'appui du Raid», a confirmé le tout nouveau locataire de la Place Beauvau. De nationalité française, les deux hommes étaient prêts à frapper le territoire «dans les tout prochains jours», «à la veille de l'élection présidentielle», a ajouté le ministre.

Plusieurs candidats avertis du risque terroriste

Les deux suspects - le plus âgé originaire du Nord et le second originaire du Val d'Oise - étaient des individus chevronnés, connus pour leur radicalisation. À ce stade, on ignore si leur projet d'attentat visait un meeting, un rassemblement ou un bureau de vote en particulier. «Il faut être très prudent sur la cible. Aucun candidat n'a été particulièrement visé», glisse-t-on dans les milieux proches de l'enquête. «En revanche, on peut imaginer que les deux terroristes présumés avaient conscience d'inscrire leur action dans un calendrier bien précis».

Jeudi dernier, plusieurs candidats avaient été prévenus du risque terroriste qui planait autour d'eux. Les photos des suspects, qui faisaient l'objet d'un avis de recherche, avaient été distribués aux services de sécurité des candidats, ont confirmé Marine Le Pen et l'entourage d'Emmanuel Macron. Celui de François Fillon expliquait ce week-end dans le Journal du dimanche que «cela faisait plusieurs jours» qu'ils avaient été informés «d'une menace visant» le candidat de la droite et du centre. «Seul François Fillon a fait l'objet de mesure de protection renforcée», a toutefois nuancé la même source. «C'était le cas aux meetings de Montpellier et de Nice». Ainsi, le meeting de vendredi soir s'est déroulé avec la mise en place d'un dispositif de sécurité exceptionnel, mettant en œuvre des unités d'intervention du Raid et des tireurs d'élite.

Des perquisitions en cours

Ces arrestations interviennent à l'issue d'une enquête diligentée par la section antiterroriste du parquet de Paris et menée par plusieurs dizaine de policiers. Et grâce aux services de renseignement britanniques: «L'information initiale vient des services britanniques qui auraient capté des données sur deux individus connus des services de renseignement», a indiqué au Figaro une source proche de François Fillon. Une vidéo dans laquelle les deux suspects ont prêté allégeance à Daech a notamment été découverte, nous rapporte une source proche de l'enquête. «On y voit une Une du journal Le Monde, laissant apparaître François Fillon, avec une arme et quelques minutions». Cette mise en scène s'accompagne d'une mention faisant allusion à la loi du talion. «La séquence se termine par des images de Syrie», complète la même source.

Selon le ministère de l'Intérieur, des perquisitions sont toujours en cours mais des éléments matériels confirmeraient d'ores et déjà ce projet d'attentat. De la poudre de TATP (un explosif aussi appelé «peroxyde d'acétone», ndlr) en train de sécher et une arme ont été retrouvés, rapporte une source proche de l'enquête. Des opérations de déminage sont également en cours dans des lieux que le ministre n'a pas souhaité révéler à ce stade des investigations.

Plus de 50.000 policiers et gendarmes mobilisés

«Tout est mis en oeuvre pour assurer la sécurité des Français et le bon déroulé de la campagne présidentielle, des meetings, des rassemblements et des candidats», a insisté Matthias Fekl dans un second temps. Pour sécuriser les 67.000 lieux de vote, plus de 50.000 policiers et gendarmes, appuyés par les militaires de l'opération Sentinelle, seront mobilisés pour assurer la sécurité de l'élection présidentielle pour chaque tour, annonçait-il ce week-end dans une interview au Journal du Dimanche. «J'ai adressé en ce sens une circulaire à l'ensemble des préfectures tant sur les mesures de prévention à prendre que sur les éventuelles interventions en cas de difficultés», détaillait-il.

Le procureur François Molins tiendra une conférence de presse ce mardi à 19H30.

Par Caroline Piquet, Christophe Cornevin et Jean-Marc Leclerc le 18/04/2017

Le Figaro