mercredi 24 mai 2017

Crise à Télé Macron

Pujadas

Le jour même où Emmanuel Macron était intronisé officiellement président de la République, Delphine Ernotte, présidente de France 2, limogeait David Pujadas de son poste de présentateur du journal de 20 heures. Simple coïncidence, assure-t-elle, ce qui, de toute façon, serait pour le moins une coïncidence fâcheuse. Mais elle a infirmé elle-même son propos lorsqu’elle a donné la raison de ce limogeage devant la rédaction de France 2 : elle honorait « la demande de renouvellement ressentie dans le pays à la fin d’un cycle électoral ».

On voit le parallélisme entre le « dégagisme » d’un Macron pour qui les vieux partis ont fait leur temps – il fallait donc en changer – et le « renouvellement » qu’appelle le pays selon de Mme Ernotte. La « fin du cycle électoral » consécutivement à l’avènement de Macron, appelle, selon elle, la fin de Pujadas. Elle a d’ailleurs dit explicitement qu’après avoir occupé l’antenne pendant seize ans, il fallait une autre « incarnation » que David Pujadas pour le journal de 20 heures. Le fait qu’elle ait fait la bise à Brigitte Macron, pour l’accueillir au débat opposant son mari à Marine Le Pen, a ému la rédaction mais pas le CSA, ce qui, pourtant, s’analyse comme une connivence, si ce n’est un soutien, au moins indirect, avec l’un des candidats devant des millions de téléspectateurs qui sont autant d’électeurs.

France 2, c’est Télé Macron.

A vrai dire, cette élimination intervenue au moment de la nouvelle présidence a été l’occasion pour Delphine Ernotte de mettre en œuvre son propre « dégagisme », dont elle avait formulé ainsi l’impératif au début de son mandat : « On a une télévision d’hommes blancs de plus de cinquante ans et ça, il va falloir que ça change ! » Or, encore une « coïncidence », figurez-vous que Pujadas a cinquante-deux ans, que c’est un homme et que, manifestement, il est blanc. Il va d’ailleurs être remplacé par une femme de trente-cinq ans, Anne-Sophie Lapix, quoique blanche, on ne peut pas tout avoir tout de suite

Face à cette situation, la brutalité de l’éviction de Pujadas, la concomitance avec l’élection de Macron, la bise à son épouse, la rédaction de France 2 avait décidé de voter une double motion de défiance, contre elle et contre le directeur de l’information, Michel Field (voir Présent du 24 mai). Pour éviter cela, qui aurait fait désordre à l’aube du nouveau quinquennat, la patronne de France 2 a choisi de sacrifier Field, qu’elle avait nommé et toujours soutenu ou, comme elle le dit par euphémisme : « J’ai accepté de relever Michel Field de ses fonctions. »

Elle a été ainsi épargnée en offrant la tête de Field à ses détracteurs, qui ont donc remis la motion de défiance dans leur poche avec leur mouchoir par-dessus. Par cette motion, la rédaction voulait défendre son indépendance, elle est désormais tranquille, elle n’est plus menacée. Les journalistes se rassurent à bon compte. Il est vrai qu’eux-mêmes, tout commePujadas, ne sont guère indépendants de l’idéologie dominante, ce sont des rouages nécessaires au système pour qu’il exerce son emprise sur les populations.

Cette énième crise n’est finalement qu’une querelle entre la base et le sommet d’un même système au service de la même idéologie.

Par Guy Rouvrais le 24/05/2017

Présent