lundi 22 mai 2017

Le FN part en campagne en mettant de côté la sortie de l'euro

Marine RTL 20092016

Pour les législatives, le Front National revient au combat sans sa mesure phare ; la sortie de l'euro. «C'est un non-sujet. Il n'existe aucune instance du Parlement où cette question sera abordée», coupe court Jérôme Rivière, l'un des trois porte-parole de la campagne désignés par la présidente du Front National, candidat dans la 6e circonscription du Var. Aussitôt après le mea culpa de Marine Le Pen, jeudi dernier sur TF1, durant lequel elle promettait de «tenir compte» des réticences des Français sur le sujet, tous les frontistes se sont mis au diapason, répétant avec application les éléments de langage.

Dans le Vaucluse, Hervé de Lépinau, candidat à la succession de la députée Marion Maréchal-Le Pen, n'a pas eu de mal à évacuer la question embarrassante de la sortie de la monnaie unique. «La diabolisation monétaire était une erreur stratégique mais pour les députés de l'opposition que nous voulons être, cette question sort, de toute façon, de notre champ de compétences», explique le frontiste, qui s'apprête à faire campagne avec «l'aide» de Marion Maréchal-Le Pen qui est présente sur ses tracts et sa profession de foi.

Lépinau veut mobiliser les électeurs vauclusiens contre «le gouvernement patchwork de Macron». Ses priorités sont l'insécurité, l'immigration, l'islamisme radical, la «misère vauclusienne cachée derrière l'olivier» ou encore «l'aggravation de la loi Taubira et son risque de PMA généralisée

Selon Sébastien Chenu, autre porte-parole de la campagne, candidat dans la 19e circonscription du Nord, le mea culpa télévisé de la présidente FN sur l'euro était attendu chez les militants. Il pense que le Front en profitera aux législatives. «Marine Le Pen a montré qu'elle n'était pas dans le déni sur cette question. C'est un petit verrou qu'il fallait faire sauter pour mieux repartir au combat», estime le transfuge de l'UMP. Localement, Sébastien Chenu compte faire campagne sur la «cohésion sociale», «l'emploi», la «sécurité», les «retraites» ou la «fracture territoriale».

Pour sa part, parachuté dans la 12e circonscription des Bouches-du-Rhône, lieu emblématique des combats frontistes, Jean-Lin Lacapelle croit que la candidate battue a eu raison de reconnaître ses erreurs. «Elle a dit aux Français: “soyez rassurés, nous vous avons entendus”. Cela leur suffit parce qu'ils ont bien compris que nous abordons le troisième tour de la présidentielle», assure le responsable des fédérations FN. À Vitrolles et Marignane, il espère mobiliser des électeurs contre les «mosquées salafistes» et les «délocalisations d'Airbus».

Maires ruraux, cheminots, marchésJean Messiha prévoit de faire feu de tout bois. Candidat dans la 4e circonscription de l'Aisne, il aborde la campagne en lançant un message d'alerte aux électeurs en considérant, lui aussi, que le débat sur l'euro est «clos». «Nous allons leur dire: ne confondez pas l'opposition dont les partis ont appelé à voter pour la majorité actuelle, y compris les mélenchonistes comme Hulot. Qui a oublié les oubliés de la France?», interroge l'énarque, en lutte contre la disparition des services publics de proximité et la «misère sociale de la ruralité».

Si les frontistes repartent au combat la fleur au fusil, en essayant de faire taire leurs divergences internes le temps de la campagne, c'est parce qu'ils parient sur l'impossibilité pour le nouveau gouvernement d'obtenir une majorité à l'Assemblée. «Il faut un contre-pouvoir. Le FN l'incarnera, avec un maximum de députés pour défendre les préoccupations des Français face au danger Macron», promet Julien Sanchez, le troisième porte-parole de la campagne. Très optimiste, le maire de Beaucaire (Gard) ne croit pas à l'effet «présidentielle» dont, pourtant, tout le monde parle. «Il y a eu une propagande pro-Macron mais cette fois, les élections se jouent sur 577 candidats locaux où l'on affronte des inconnus, des anciens socialistes réinvestis par En marche! Et le rejet des sortants est très fort», espère l'élu local du Front National.

Par Emmanuel Galiero le 22/05/2017

Le Figaro