vendredi 26 mai 2017

Moralisation macronienne : du cas de Ferrand à celui du PNF

Ferrand 2

« Deux poids, deux mesures » : c’est le constat que chacun peut faire avec David Rachline, sénateur-maire FN de Fréjus, à propos du traitement judiciaire du conflit d’intérêt et du népotisme « à la Fillon » dont se serait rendu responsable Richard Ferrand, ministre d’Emmanuel Macron (et secrétaire général d’En Marche!). Le Parquet national financier, saisi par Les Républicains, aurait en effet décidé de « botter en touche », « les faits évoqués à ce stade » n’entrant pas « dans le champ de compétences du PNF ».

Légal mais pas moral (ni très opportun politiquement)

« Pas dans le champ » le PNF sur ce dossier ? Pourtant il s’agit là d’un cas caractérisé de favoritisme familial qui a quand même vu un ministre d’un gouvernement proclamant sa volonté de transparence et de rupture avec les mauvaises pratiques politico-financières d’avant, piétiner très concrètement les principes de la future « loi de moralisation de la vie publique » du dit gouvernement. Tout ça pour réaliser une juteuse plus-value immobilière et familiale – sans entrer dans un excès de détail de cette affaire impliquant les Mutuelles de Bretagne (dirigées alors par Richard Ferrand), l‘épouse de M. Ferrand a vu la valeur des parts de sa SCI « multipliée par 3 000 » selon Le Canard Enchaîné, grâce à la « préférence familiale » de son mari pour un local qu’elle possédait : tout ça étant parfaitement légal – comme les emplois de Pénélope Fillonmais pas très moral ni même politique, vu le contexte généralOn se demande ce qu’en pense « à ce stade » François Bayrou, chantre de cette même moralisation dans l’opposition mais aujourd’hui tout de même garde des sceaux du président Macron ?

De La Fontaine à Marine Le Pen

On se doutait, à vrai dire, que le PNF, création de François Hollande et donc peuplé de créatures socialistes, était un peu à la justice ce que Bernard Tapie fut à l’économie. Aujourd’hui, – jeudi 25 mai, sur BFMTVDavid Rachline se borne à constater cette regrettable évidence : « Le Parquet national financier était beaucoup plus dynamique il y a encore peu de temps (…) Quelles sont les raisons qui conduisent le PNF à s’intéresser à un dossier plutôt qu’à un autre ? » Le directeur de campagne de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle faisait bien sûr une transparente allusion au « dynamisme » dont a fait notamment preuve le PNF dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front National, « affaire » où l’on ne constate – contrairement à d’autres – ni emplois fictifs ni enrichissement personnel

Et David Rachline de rebondir : «  Ce qui est toujours étonnant dans ce genre d’affaires, c’est que plusieurs de nos députés(européens) ont signalé à la justice une vingtaine de cas à peu près similaires à ce que l’on nous reproche, des parlementaires, des députés européens qui sont dans la même situation, qui ont des assistants parlementaires qui ont eux aussi des responsabilités ici ou là dans leur mouvement politique, et ça n’intéresse pas la justice ». Enfin, « étonnant », c’est une façon de parler…

Car poser ces questions, c’est évidemment y répondre. La Fontaine avait déjà posé le problème dans une de ses fables : « Selon que vous soyez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »

Pas très bien vue de la cour macronienne, Marine Le Pen a quand même demandé, par principe (les siens et ceux affichés par Emmanuel Macron), la démission de Richard Ferrand de son poste de ministre « de la Cohésion des territoires ». 

En parlant de territoires, l’entourage de Ferrand a quasiment insulté la Bretagne, sa région « d’élection », expliquant qu’il avait embauché son fils comme collaborateur parlementaire (une affaire dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne) parce qu’il n’y avait pas assez de jeune Bretons capables de bien écrire ! Décidément un « sans faute », M. le ministre (pour combien de temps encore ?)…

Le 26/05/2017

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