vendredi 12 mai 2017

Toujours le côté obscur de la Force

Mondialisation photo

Tribune libre de Jean Goychman le 11/05/2017

Emmanuel Macron à été élu Président de la République. Peu importe qu’il le soit sur un suffrage d’adhésion à sa politique, à sa personne ou à quoi que ce soit d’autre, il a été élu. Persuadé que, depuis des années, nous vivons dans un monde d’apparence, dont la vision est imposée par un univers médiatique qui obéit à ses propres lois, et particulièrement celles des financiers qui en sont propriétaires, j’essaie de comprendre les différentes étapes qui ont mené à un tel résultat.

Et cela remonte à loin, très loin, même. Je ne ferai pas ici toute l’histoire, car elle est complexe et remet assez profondément en question la version « officielle » de certains évènements. Pour être concis, on peut dire que, durant la seconde moitié du 19ème siècle, une petite élite anglo-saxonne a décidé de conquérir le monde*. Car ce qui nous est présenté comme la « mondialisation » n’est qu’une des phases successives de ce plan, mais n’en est en aucun cas le but ultime. Car cette mondialisation dont on nous vente les mérites paraît circonscrites aux activités commerciales.

En gros, tout le monde doit pouvoir fabriquer et commercer avec tout le monde, et, bien entendu, tout le monde y trouvera son compte. Basé sur l’idée que les marchés étaient « auto-régulateurs » (ce qui ne veut rien dire) ce postulat libéral a permis de glisser très vite vers le « libre-échange » indispensable à la disparition des frontières. Il faut bien que tout circule dans tous les sens… Et quand je dis tout, c’est tout. Biens, capitaux, informations, hommes , tout ceci doit circuler librement à la surface de la planète.

Or, la disparition des frontières conduit directement et mécaniquement à la disparition des Etats-nation. Il va falloir inventer un nouveau concept que celui des nations souveraines. Et nous touchons là au problème de fond. Car la souveraineté de la Nation ne procède que de celle du peuple. Dans « l’empire éclaté* », Hélène Carrère d’Encausse prévoyait dès 1978 l’éclatement de l’URSS qui s’est produit en 1991. Ce sont bien les nations (plus de 100) qui se trouvaient à l’intérieur du bloc soviétique qui se sont révoltées. C’est également un différent entre nations (même s’il fût quelque peu provoqué) qui mit fin à l’Empire Ottoman en 1915. Et on peut encore évoquer l’Empire Austro-Hongrois ou même le Saint-Empire, tous ont disparu au profit des Nations, et sur la volonté des peuples qui les avaient créées.

Aujourd’hui, l’Union Européenne, qui se veut une sorte d’empire en devenir, est de moins en moins tolérée par les peuples européens, qui n’en comprennent la justification sous sa forme actuelle. Cette zone de libre-échange ouverte à tous les vents de la concurrence mondiale, ne peut en aucun cas constituer un Etat-nation, ni même un Etat tout court. La tentative de la doter d’une constitution ayant fait long-feu, mais possédant néanmoins une monnaie unique partagée par un certain nombre d’ Etats membres, cette union est plus proche d’une sorte d’empire que de quoi que ce soit d’autre. Dirigée en apparence par le Conseil des Chefs d’Etat ou de Gouvernement, elle est en réalité soumise aux lois (appelées « directives ») émise par la Commission Européenne.

Ne recevant pas l’onction de la démocratie, ces directives sont souvent perçues comme des « diktats »et nombreux sont les peuples qui manifestent leur mécontentement. Or, cette Union a visiblement été conçue pour qu’on y rentre plus facilement qu’on en sorte. Le Brexit va en témoigner. Devenue une sorte « d’appartement-témoin » du monde futur, il est impensable que les promoteurs de la mondialisation assistent sans réagir à la destruction de leur projet au moment où leur victoire future se dessine clairement.

Ce mécontentement populaire, montrant une volonté manifeste de mettre un terme à cette dérive totalitaire se traduit par une volonté de retrouver leur liberté au travers d’une souveraineté souvent disparue à leur insu. Afin de coller à cette démarche pourtant salutaire une image dégradée et inquiétante, les spécialistes de la communication sociale mondialiste ont inventé un nouveau mot : le populisme.

L’élection présidentielle française présentait un réel danger pour le clan mondialiste. Voir arriver à l’Elysée quelqu’un qu’ils n’avaient pas préalablement « adoubé » pouvait avoir des conséquences très lourdes sur leur projet. Le départ de la France de la zone euro, et probablement même de l’Union Européenne telle qu’eux la concevait pouvait se révéler fatal.

Ayant pressenti un impérieux besoin de changement des dirigeants politiques, en raison du marasme prolongé dans lequel se trouve le pays, marasme qui, naturellement, ne peut provenir que de leurs politiques successives, il fallait trouver un « homme neuf ».

Celui-ci fut élu au terme d’une campagne ultra-médiatisée, comparable à celle du lancement d’un produit dont les promoteurs décident d’inonder le marché sans regarder à la dépense publicitaire. Mais, outre le fait qu’il fallait vanter le produit, il convenait également de dénigrer les produits concurrents, de façon à ne leur laisser aucune chance. J’ai été frappé lorsque, à-peine terminé le débat du 03 mai opposant les 2 candidats du second tour, la totalité, je dis bien la totalité des commentateurs intervenant sur toutes les chaînes de télévision, ont enfoncé Marine Le Pen sur sa prestation. On peut être d’accord ou non avec les idées qu’elle défend, ainsi que sur la façon dont elle les a défendu, mais une telle mise à mort médiatique (j’ai même plusieurs fois entendu le mot « suicide politique ») aussi rapide pose quand même la question de la « neutralité » de ces médias.

Si la liberté d’expression doit effectivement être garantie par tous les moyens possibles, il ne faut pas non plus qu’elle soit utilisée comme un moyen de propagande. C’est pourtant ce qui s’est passé. Il se passe d’ailleurs beaucoup de choses que nous feignons de ne pas voir. Lorsqu’on désigne les peuples comme des ennemis, notamment au travers des mouvements populistes, le totalitarisme n’est jamais très loin. Or, aujourd’hui, lorsque les peuples ne votent pas « bien », on recommence jusqu’à ce qu’ils votent bien, ou bien on les écarte purement et simplement, au besoin en « triturant » les lois fondamentales.

François Asselineau, candidat également, semble avoir fait la même analyse en proposant la renationalisation de TF1. Le pouvoir de la communication est devenu, en raison des évolutions technologiques, plus important que tous les autres, mais sa maîtrise suppose des moyens financiers tels  qu’aucun candidat ne peut lutter à armes égales contre celui qui, directement ou indirectement, les possède.

Dans son ouvrage consacré à l’histoire de cette élite anglo-saxonne que j’évoquais plus haut, Caroll Quigley, historien et universitaire américain, écrivait dès 1977 les propos suivants :

« Aucun pays chérissant sa sécurité ne devrait permettre ce qu’a accompli le groupe de Milner – c’est-à-dire qu’un petit groupe d’hommes soit à même de manier un tel pouvoir dans l’administration et dans la politique, obtienne un contrôle presque total sur la publication de documents relatifs à ses actes, puisse exercer une telle influence sur les avenues de l’information qui suscitent l’opinion publique, et soit capable de monopoliser si entièrement l’écriture et l’enseignement de l’histoire de sa propre époque »

* Caroll Quigley  Auteur de l’histoire secrète de l’oligarchie anglo-américaine Editions le retour aux sources

Gilbert Collard