jeudi 1 juin 2017

Climat: Trump annonce le retrait des États-Unis de l'accord de Paris

Trump

La décision, annoncée ce jeudi soir, est une véritable déflagration, dix-huit mois après la signature de l'accord historique. «Nous sortons mais nous reprendrons les négociations. Si nous y arrivons, tant mieux, sinon tant pis», a précisé le président américain.

Donald Trump a annoncé ce jeudi sa décision de désengager les États-Unis, l'un des plus gros pollueurs dans le monde, de l'accord de Paris sur la lutte contre le réchauffement climatique. «Les Etats-Unis vont se retirer de l'accord de Paris sur le climat» a déclaré lors d'une conférence de presse le président américain, ajoutant qu'il ne «voulait rien qui puisse se mettre en travers» de son action pour redresser l'économie américaine. Il a estimé que, sous Barack Obama, «Washington a conclu un accord au détriment des Etats-Unis».

Donald Trump a estimé que l'accord de Paris aurait des effets sur les contribuables américains, qui devraient «payer les pots cassés», au prix d'«une qualité de vie et d'une production économique degradées». «Nous sortons mais nous reprendrons les négociations. Si nous y arrivons, tant mieux, sinon tant pis», a-t-il encore précisé. Le président américain a dénoncé ses anciens partenaires, notamment la Chine, qui «pourra faire ce qu'elle veut pendant 13 ans», et l'Inde, qui va bénéficier de «milliards de dollars d'aide au développement» pour son application de l'accord.

Son prédécesseur, Barack Obama, a immédiatement réagi en affirmant qu'avec ce retrait, Donald Trump «rejette l'avenir».

Plusieurs médias américains avaient déjà annoncé mercredi l'intention du président américain de se retirer de ce texte conclu fin 2015 dans la capitale française par plus de 190 pays sous l'égide de l'ONU. Cet accord vise à limiter la hausse de la température mondiale en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.

Depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump affiche sa volonté de donner un coup de pouce aux énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), au nom de la défense des emplois américains. Pendant sa campagne, l'homme d'affaires septuagénaire, qui martèle vouloir mettre fin à la «guerre contre le charbon», avait promis d'«annuler» cet accord. Avec son installation à la Maison-Blanche, le 20 janvier, il avait envoyé des signaux contradictoires, reflets des courants contraires qui traversent son Administration sur la question climatique mais aussi, au-delà, sur le rôle des États-Unis dans le monde et leur rapport au multilatéralisme. Le patron de l'Agence de protection de l'environnement (EPA), Scott Pruitt, s'était lui ouvertement prononcé pour une sortie de l'accord, jugeant qu'il était «mauvais» pour l'Amérique.

Un front UE-Chine

Au-delà de la question économique, demeure celle de la position de Donald Trump sur le changement climatique. Interrogé mardi sur ce thème, son porte-parole Sean Spicer était resté extraordinairement évasif. Le président croit-il à l'impact des activités humaines sur le changement climatique, sujet qui fait l'objet d'un très large consensus scientifique? «Je ne peux le dire, je ne lui ai pas demandé», a-t-il répondu.

Le retrait américain est une véritable déflagration, dix-huit mois après cet accord historique, dont Pékin et Washington, sous la présidence de Barack Obama, furent des architectes centraux. La question a profondément divisé le sommet de G7 qui vient s'est achevé en Sicile, tous ses participants, à l'exception du locataire de la Maison-Blanche, ayant réaffirmé leur engagement envers cet accord sans précédent.

Aux États-Unis, le monde des affaires s'était, dans sa grande majorité, prononcé pour un maintien au sein de l'accord de Paris. Une douzaine de grands groupes, parmi lesquels le pétrolier ExxonMobil, le géant de l'agrochimie DuPont, ou encore Google, Intel ou Microsoft, avaient pressé Donald Trump de ne pas en sortir. Le milliardaire et entrepreneur Elon Musk avait lui menacé de quitter les différents cénacles de grands patrons conseillant Donald Trump si celui-ci retirait les États-Unis de l'accord.

De leur côté, l'Union européenne et la Chine réaffirmeront, lors d'un sommet à Bruxelles qui dure jusqu'à vendredi, leur soutien à ce texte quelle que soit la position du président américain. Une déclaration commune prévoit de «confirmer leurs engagements envers l'accord historique» de Paris et d'«accélérer leur coopération pour améliorer sa mise en œuvre», selon un projet de texte que l'AFP a pu consulter. L'UE et la Chine «sont déterminées à avancer sur des politiques et mesures» nécessaires pour l'application «concrète» des engagements pris dans le cadre de l'accord de Paris, souligne ce document.

Par Juliette Mickiewicz le 01/06/2017

Le Figaro