dimanche 4 juin 2017

Un gouvernement au péril de la moralité

Macron et Philippe

Tout le monde l’avait plus ou moins dit : Emmanuel Macron, en dépit du nombre de ses soutiens et de son aura de jeune « winner », n’aurait pas ou peu d’état de grâce. Et en effet, les succès – d’image – sur le front international sont aujourd’hui complètement brouillés par les affaires : celle, à tiroirs et rebondissements – un peu comme pour François Fillon – de Richard Ferrand et celle – soulevée par le FN – de Marielle de Sarnez, tous deux venant tout juste de prendre en charge leur ministère respectif. Et les arguments selon lesquels la Justice ne voit pas matière à enquêter sur le cas Ferrand ne convainquent pas, sinon peut-être de la partialité du Parquet national financier, mis en place par François Hollande, rappelons-le. Ou de l’indignation à géométrie très variable du nouveau Garde des Sceaux François Bayrou, dont le silence sur cette affaire est jusqu’à présent assourdissant.

On a appris que le parquet de Brest avait ouvert une enquête préliminaire, ce jeudi 1er juin : on verra si cette actualité lui inspire – enfin – une réaction…

Marine : « égalité totale entre Fillon et Ferrand »

Avant même que le parquet de Brest prenne sa décision – un sondage Harris Interactive pour RMC et le site Atlantico indique que 73% des personnes interrogées estiment que les faits reprochés à Richard Ferrand sont graves et 70% qu’il devrait démissionner du gouvernement. Et ils sont 62% à se prononcer aussi pour la démission de la ministre des Affaires – c’est presque le cas de le dire – européennes Marielle de SarnezEnnuyeux tout de même pour un gouvernement – et un président – qui ont fait de la moralisation de la vie politique un de leurs chevaux de bataille électoraux. 

Le même sondage indique à ce propos que seuls 43% des Français estiment que le Premier ministre Édouard Philippe réussira à imposer cette moralisation. On comprend cette réserve des Français quand on voit que le même Édouard Philippe, tout en excluant la démission de Ferrand, a quand même dû reconnaître « l‘exaspération des Français devant ces mises en cause successives » (de ses ministres). Il est vrai, que quoi qu’il en pense en son for intérieur, le Premier ministre doit compter avec l’amitié qui lie Macron et Richard Ferrand.

Marine Le Pen, plus libre de s’exprimer qu’Édouard Philippe, a appelé un chat un chat  et les petites combines entre conjoints de M. Ferrand un « enrichissement personnel parfaitement immoral ». D’autant plus immoral que – il faut le répéter – le même M. Ferrand, patron d’En Marche ! – le parti d’Emmanuel Macron – avait promis qu’avec eux on « laverait plus blanc » en matière de moralité. « Je mets un trait d’égalité absolument total entre l’affaire Fillon et l’affaire Ferrand » a dit Marine Le Pen. Car en effet, tout comme Fillon, Ferrand tout en surjouant la carte de la probité et de l’honnêteté, a apparemment fait profiter sa famille de ses « bons plans » de politicien.

Et donc, logiquement, la présidente du FN a demandé, comme une large majorité de Français, la démission du gouvernement de Richard Ferrand. Une décision qui recrédébiliserait pourtant Macron et Philippe sur ce dossier. Une décision qui devient plus nécessaire encore depuis l’ouverture de l’enquête par le parquet de Brest. Une chose est sûre : Emmanuel Macron et son équipe sont rejoints par les pratiques et dissimulations de cette vieille classe politique qu’ils prétendaient avoir renouvelée en profondeur. 

Mais le propre de ce président, n’est-ce pas au fond de faire du (faux) neuf avec du vieux ?

Le 02/06/2017

FN législatives 2017