mercredi 5 juillet 2017

Edouard Philippe : un discours pour rien

Philippe Assemblée

Le ministre de l’Education nationale ayant restauré le redoublement, supprimé par son prédécesseur, l’exécutif en a été le premier bénéficiaire qui a redoublé à sa manière : un jour, c’est le président qui s’adresse aux Français via la représentation nationale, le lendemain c’est le Premier ministre, en attendant sans doute que chacun des ministres le fasse pour le secteur qui le concerne. A défaut d’agir, cela s’appelle occuper le terrainRedondance inutile ? Non, répartition judicieuse des tâches, assure-t-on : à l’Elysée la symphonie du nouveau monde, à Matignon sa mise en musique au quotidien.

En réalité, les deux discours se rejoignent puisqu’il s’agit de gloses et de variations sur le programme de campagne d’Emmanuel Macron. Pour nous dire qu’il ne sera pas appliqué tout de suite, comme promis, mais demain… ou après-demain. En effet, la semaine dernière, l’ami du président, Richard Ferrand, président du groupe parlementaire En marche, expliquait qu’il travaillait déjà à la réélection du président, au motif que ce dernier « a besoin de dix ans pour réformer le pays ».

Édouard Philippe a été chargé d’expliquer que ce quidevait être mis en œuvre dès 2018 le serait, au mieux, en 2019, sauf pour ce qui est de la suppression des cotisations salariales et de la hausse de la CSG pour compenser, les retraités étant les grands perdants de cette mesure. L’exonération de la taxe d’habitation pour 80 % des foyers sera appliquée… avant la fin du quinquennat et non plus de 2018 à 2020, comme promis. Même report pour l’ISF, la transformation du CICE en baisse pérenne des charges sociales. Ce sera également d’ici la fin du quinquennat que les assurés sociaux ne devront plus payer de reste à charge pour les lunettes et les soins dentaires.

Les hausses pour aujourd’hui, les baisses pour demain… peut-être.

Pourquoi ce renvoi à plus tard ? Pour ne pas creuser le déficit. C’est la faute de Hollande qui a laissé une ardoise de huit milliards ! Comme si lui, Macron, ancien ministre de l’Economie ayant conservé soutiens et relais dans son ancienne administration, ne savait pas quelle était la réalité des comptes publics et de leur trucage par son mentor.

C’est le vieux coup du bilan auquel tous les gouvernements ont eu recours pour justifier que le nouveau président n’honore pas ses promesses de campagne ! On avait cru comprendre que Macron ferait autrement, voulant en finir avec des mœurs politiciennes qui dégoûtent les Français de la politique.

Il fait comme les autres.

Ces réformes avaient pour finalité de favoriser l’investissement productif pour relancer l’emploi, en conséquence, tout retard freinera la baisse du chômage.

Une fois encore les plus modestes feront les frais de ces atermoiements politiciens. Et face à cela qu’a fait la prétendue opposition des Républicains canal historique ? Les trois quarts de ses députés se sont abstenus, comme s’ils ne trouvaient rien à en redire : ils ne sont ni pour, ni contre. Et les socialistes, dont le groupe squelettique a été rebaptisé Nouvelle gauche ? Même chose : vingt-trois députés se sont abstenus, cinq ont été contre et trois ont même voté la confiance au gouvernement Philippe. Avec de tels « opposants », Macron peut continuer à plumer les Français tranquillement

Par Guy Rouvrais le 0507/2017

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