mercredi 19 juillet 2017

La diplomatie de la séduction

Macron Trump

Quelle peut être la prochaine étape quand on a conquis la présidence de la République ?
 
La conserver, certes, c’est pourquoi Emmanuel Macron est déjà en campagne pour sa réélection, son porte-parole, Christophe Castaner, a indiqué qu’il avait besoin de « dix ans pour réformer la France. » Mais l’Hexagone est trop petit pour une grande ambition qu’accompagne un vorace appétit de pouvoir qui se discerne à l’œil nu. Il lui faut donc porter son regard au-delà de nos frontières.

L’international est à la fois la chasse gardée de nos présidents et leur cour de récréation. Au moins, là, ils sont à l’abri des manifestations et le suffrage universel ne saurait les atteindre, leurs rivaux nationaux étant impuissants à les concurrencer sur ce terrain, ils peuvent briller de sommet en sommet sans connaître ni concurrence ni impopularité.

Et cela commence par l’Europe dont Emmanuel Macron entend devenir le leader. Il est vrai que les cris d’allégresse avec lesquels ses pairs ont salué son élection ont pu lui laisser croire qu’ils allaient en faire leur roi. En réalité, c’est moins sa victoire et sa personne qu’ils célébraient que la défaite d’une Marine Le Pen honnie de l’intelligentsia européenne.

Comment faire pour s’imposer dans ce rôle-là ? Montrer et démontrer qu’il est l’interlocuteur privilégié des grands de ce monde. C’est à cette fin qu’il invite Poutine à Versailles, Trump à Paris pour le 14 juillet et le convie au restaurant de la Tour Eiffel. La présence, pour la première fois, d’un Premier ministre israélien à la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv ne s’explique pas autrement non plus. Malgré ses sourires complices à l’égard d’Angela Merkel,il vise bel et bien la place de celle qui règne sur la scène diplomatique européenne : « Par ce geste, Emmanuel Macron veut flatter le président américain et se profiler comme leader de l’Europe », affirmait la semaine dernière le Spiegel.

Son arme ? Celle qui lui a réussi en France : la séduction. Car, à son égard, les Français ont toujours été plus sceptiques que convaincus, il les a séduits par sa juvénile assurance et sa promesse de renouveau plus que par un programme où il y avait d’avantage de flou que de rigueur. Il croit, non sans naïveté, qu’il peut procéder de la même manière avec un Poutine, un Trump ou un Netanyahou !

De là ces tapes dans le dos, ces accolades chaleureuses, accompagnées de moult flatteries que ses thuriféraires appellent « empathie ». Il pense aussi qu’à l’instar de sa victoire éclair à la présidentielle, il lui suffira d’un accueil enthousiaste et flagorneur pour les mettre dans sa poche. Les intéressés le laissent croire et laissent dire, tout ce qui peut améliorer leur image est bon à prendre même d’un Macron. Mais face à eux, il ne fait pas le poids ! Ils ne vont pas se laisser circonvenir par un néophyte comme lui !

Un Poutine ne peut accepter d’être son faire-valoir à Versailles sans exiger, tôt ou tard, des contreparties pour son pays. Trump, rompu aux tractations commerciales au plus haut niveau, est un négociateur roublard, Macron croit que le petit bonhomme qu’il est a réussi à le faire changer d’avis sur le réchauffement climatique en lui offrant homard et caviar à laTour Eiffel ! Ne joue pas dans la cour des grands qui veut…

Par Guy Rouvrais le 19/07/2017

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