samedi 29 juillet 2017

Les lendemains difficiles du rêve bolivarien de Mélenchon

Mélenchon 3

Mélenchon avait, en avril, d'abord expliqué les turpitudes de l'opposition vénézuélienne par l'ingérence américaine, avant de consentir à juger le régime de Maduro et de condamner la répression.

Demander aux cadres de La France insoumise leur avis surla crise vénézuélienne ces derniers jours ne soulève pas l'enthousiasme. «Je ne suis pas vraiment passionné», décline le député Alexis Corbière. «Ce n'est pas sûr qu'il ait franchement envie de s'exprimer sur le sujet pour le moment», répond-on dans l'entourage de Jean-Luc Mélenchon. Et dans le contexte d'une session parlementaire extraordinaire pour le moins chaotique, il n'est pas non plus certain que le tribun ait pu «se tenir à jour sur le sujet», argumente-t-on encore. Il faut dire que le souvenir des attaques en cascade qu'avait values à La France insoumise la question vénézuélienne pendant la présidentielle est encore vif dans les esprits.

Au moment où la campagne mélenchoniste prenait son envol et où naissaient les espoirs d'une qualification au second tour, l'examen minutieux du programme avait révélé un élément de détail potentiellement dévastateur: les «insoumis» proposaient d'instaurer une coopération commerciale privilégiée au bénéfice de l'outre-mer, et notamment de la Guyane, avec l'espace économique bâti par Hugo Chavez autour du Venezuela bolivarien.
Une aubaine pour les adversaires de l'ancien sénateur PS qui l'ont rapidement accusé de vouloir couler l'Europe et l'Otan au profit d'un nouvel axe franco-chaviste. L'affaire tombait d'autant plus mal que l'homme fort de Caracas, Nicolas Maduro, était déjà aux prises avec les violentes protestations qui ont coûté la vie à 108 personnes en quatre mois.

Bienveillance envers Caracas

Acculé par les médias, Mélenchon avait, en avril, d'abord expliqué les turpitudes de l'opposition vénézuélienne par l'ingérence américaine, avant de consentir à juger le régime de Maduro. Chaviste de cœur mais «pas maduriste», le candidat avait souligné n'être «l'ami d'aucun dictateur», condamné la répression et pris fait et cause pour la libération de deux journalistes français. Mais depuis, les «insoumis» ont d'autres chats à fouetter. Et la déliquescence du régime bolivarien, qui doit élire ce dimanche une Assemblée constituante, pourrait entacher par extension le projet de La France insoumise. On y trouvait aussi le projet d'une Assemblée constituante, premier acte d'un quinquennat mélenchoniste. D'un phare politique pour les anticapitalistes, le chavisme s'est donc transformé en épouvantail, à disposition de leurs détracteurs.

Pourtant, la bienveillance envers Caracas a longtemps constitué un marqueur culturel commun à toute une partie de la gauche. «Le chavisme, c'est avant tout un concept qui a remis, grâce à la manne pétrolière, les classes populaires du Venezuela au cœur d'une société qui les ignorait totalement. En ce sens, il est porteur d'un projet qui parle à toute la gauche à l'heure où se creusent les inégalités. Mais les reculs massifs observés sous Maduro ébranlent l'identité du projet», décrypte Christophe Ventura, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et ancien conseiller à l'international de Jean-Luc Mélenchon.

«Le Venezuela est susceptible d'être utilisé comme arme politique pour décrédibiliser le discours à gauche, comme ce fut le cas avec la Chine. En France notamment, on a trop attendu, trop demandé au chavisme par rapport à ce qu'il pouvait offrir. La gauche a projeté des envies, des désirs, des grilles de lecture. Et aujourd'hui, la crise est telle que défendre Maduro est une bataille perdue d'avance. Inutile pour un responsable politique de s'y risquer», conclut le spécialiste de l'Amérique latine.

Par Marc de Boni le 29/07/2017

Le Figaro