mardi 18 juillet 2017

Réflexion sur une refondation

Affiche On est chez nous (gf)

Dans le cadre de la rénovation du mouvement annoncé par Marine Le Pen au soir du premier tour de la présidentielle en avril dernier et à quelques jours d'un séminaire de réflexion sur l'avenir du parti, voici ci-dessous deux contributions provenant pour l'une de Florian Philippot, vice-président du FN et de l'autre de Pierre Cheynet, ancien SD de Haute-Loire et membre ducomité central.
Il est bien évident que personnellement, je serai toujours fidèle à la ligne politique telle quelle sera définie par la direction du mouvement le moment venu. Notamment en ce qui concerne son mode de fonctionnement interne.

Il est bien évident également que je suis en phase avec ces deux contributions en ce qui concerne les questions  qui touchent au communautarisme islamiste qui s'installe et progresse partout en France et en Europe, le devenir de notre sécurité (police, gendarmerie, armées ) mis à mal par le gouvernement Philippe et par le président Macron , le futur noir de notre environnement social ainsi que sur la souveraineté de la France alors que nous sommes de plus en plus une simple province d'un empire totalitaire qui cache son nom sous celui d'Union européenne, laquelle représente un danger pour notre avenir dans sa forme actuelle.

Issu du RPR tendance sociale , je soutenais alors la vision de Philippe Séguin, j'ai rejoint le FN au lendemain de la décision de Jacques Chirac de dissoudre l'Assemblée nationale car je constatais amèrement la trahison du chiraquisme par rapport à un gaullisme pourtant revendiqué, gaullisme que j'ai retrouvé, n'en déplaise à certains qui se trouvent aujourd'hui pour beaucoup d'entre-eux dans d'autres mouvements au Front National.

Employé dans la Fonction publique hospitalière, mes proches sont tous "marqué" classe moyenne et ouvrière, et de fait, je me sens beaucoup plus proche de la contribution de Florian Philippot.

Tout ce qui contribue au rassemblement du peuple français derrière nos idées est une excellente chose et notamment l'aspect sociétal de notre mouvement qui, au travers des collectifs à su se diversifier et s'ouvrir à de nouveaux adhérents et à de nouveaux électeurs.

S'il y a un bémol dans mon soutien à cette contribution, il concernera surtout l'immigration mais également le bouleversement de notre soutien à la famille telle que celle-ci est : il n'est pas question d'accepter la PMA et la GPA .

L'immigration et la politique qui y réfère est l'un des marqueurs du mouvement et y toucher c'est comme métamorphoser l'ADN d'un être vivant.Ce n'est , je pense, pas à nous de nous adapter à une nouvelle vision de cette immigration, mais bien à ceux qui débarquent comme en terrain conquis à s'adapter à la réalité.

Ceci étant, le mouvement va mettre en place un Congrès au début de l'année prochaine. Ce sera le moment de s'affirmer partisan d'une refonte en profondeur ou pas.

GS

Contribution de Florian Philippot au débat sur la refondation du FN

1. Un « débat » bouc-émissaire

La première facilité consisterait à refermer l’exercice aussi vite qu’il a été ouvert en focalisant toute la responsabilité des résultats décevants du second tour de la présidentielle et des élections législatives sur le débat d’entre-deux-tours. Si ce débat n’a pas été optimal, ainsi que Marine Le Pen a eu elle-même le courage de le reconnaître, lui faire porter toute la responsabilité des résultats électoraux n’aurait pas de sens. En effet, par définition le débat ne peut pas être invoqué pour expliquer le résultat déjà relativement décevant du premier tour de la présidentielle (21,3%), comme il ne peut pas l’être non plus pour justifier l’absence de victoires au second tour des élections régionales de décembre 2015.

Si quelques points ont sûrement été perdus suite au débat et à son intense exploitation médiatique, il faut chercher ailleurs les clés d’une vraie refondation à même de créer les conditions d’une victoire.

2. Réduire le débat de la Refondation à l’euro : une dangereuse facilité

Un certain nombre de cadres parties-prenantes de la Refondation ont décidé de lancer le débat sur la souveraineté monétaire dans les heures qui ont suivi le second tour de l’élection présidentielle, et aux premiers moments de la campagne législative. Semaine après semaine, ils ont exprimé leur volonté de revenir sur l’un des fondements du projet du Front National, à savoir la souveraineté monétaire, et donc la souveraineté nationale. Un objectif est clairement recherché, ou accepté : réduire le débat sur la Refondation à la question de l’euro. Par une sorte de pensée magique,il suffirait que le FN renonce à la sortie de l’euro pour qu’il atteigne 50% des voix.

Sur le fond, cette position est dangereuse : il est évident qu’à partir du moment où le FN annoncerait qu’il renonce à la reconquête de la souveraineté monétaire,une série de problèmes s’ouvriraient. Comment imaginer en effet le patriotisme économique sans monnaie nationale, a fortiori vis-à-vis de nos principaux partenaires et concurrents commerciaux qui font partie de la zone euro ? Comment expliquer aux Français qu’on peut échapper à l’austérité, à la dévaluation interne (baisse des salaires, des retraites, du niveau de service public) sans retrouver l’instrument monétaire et la flexibilité qu’il offre ? Comment même convaincre les Français  qu’une politique de liberté est possible alors que l’épée de Damoclès de la BCE de Francfort continuerait de flotter au-dessus de nos têtes ?

On le voit : nous serions très vite embarqués dans une série de contradictions de fond aussi inextricables qu’incompréhensibles pour les électeurs. L’autre aspect ravageur pour l’opinion publique est le sentiment de reniement, et de légèreté, que nous donnerions.

Sur le plan électoral, le calcul n’est pas bon non plus. Les quelques sondages dont nous disposons montrent qu’une part à peu près équivalente d’électeurs renonceraient à voter FN (17%) ou au contraire seraient plus enclins à le faire (16%) en cas de recul sur l’euro. Il ne faut pas nier les nécessaires efforts pédagogiques que nous devons continuer de faire sur ce sujet, qui passent probablement par notre capacité à développer une vision plus concrètement positive de l’adoption d’une nouvelle monnaie nationale.

Il est évident que certains Français, notamment parmi les plus âgés, sont sensibles au « Projet Peur » développé par les médias de masse liés au système financier, et par nos adversaires. Mais il est tout aussi évident que personne n’est étanche au raisonnement et à la démonstration logique, à condition qu’elle soit exprimée d’une seule voix, avec conviction et cohérence.

La campagne présidentielle l’a montré : ce n’est pas tant le sujet de la souveraineté monétaire qui a pu effrayer (souvenons-nous des sondages de second tour à 41/42% pendant la première semaine de l’entre-deux-tours, alors que notre position sur l’euro était bien sûr parfaitement sue et connue), mais le sentiment que nous avons pu donner d’être flous ou nous-mêmes effrayés par la perspective de la souveraineté monétaire.

Peu après l’accord avec Nicolas Dupont-Aignan, la thèse d’une « double monnaie » (nationale et commune) a ainsi été un véritable facteur d’anxiété dans l’opinion publique. Hasardeuse sur le plan économique et incompréhensible sur le plan politique, elle mériterait d’être définitivement abandonnée. De la même façon, répéter à l’envi qu’un sujet est anxiogène est probablement le meilleur moyen de le rendre effectivement anxiogène.

On défend une thèse, ou on l’abandonne clairement, mais rien n’est pire que les situations d’entre-deux où l’on donne le sentiment de la défendre sans y croire, ou en cherchant à fuir le sujet.

Faut-il « rallonger le délai » avant le passage à la nouvelle monnaie nationale ? Cette solution serait probablement pire que mieux, en ajoutant encore davantage d’incertitude à l’incertitude.
Faut-il « laisser l’euro mourir de lui-même sans intervenir » ? Cette solution est inopérante. Les questions qui viendront immédiatement seront les suivantes : et si l’euro ne meurt pas que faites-vous ? et dans l’intervalle que ferez-vous ?

Il convient donc d’expliquer, de montrer concrètement les contreparties de l’euro (les exemples dans la politique de Macron ne manquent pas), de dire concrètement l’intérêt d’une monnaie nationale, de donner un calendrier raisonnable mais resserré.

Surtout, il faut refuser le piège qui consisterait à limiter le débat de la Refondation à la seule question de l’euro. Parlait-on de l’euro avant l’échec collectif du second tour des élections régionales de 2015 ?Assurément non. Cette simple observation doit faire réfléchir et amène à élargir le débat.

3. Des pistes de réflexion

A. S’ouvrir et non se refermer

Le premier écueil serait de rompre brutalement avec la stratégie mise en place depuis l’accession de Marine à la tête du mouvement, à savoir l’élargissement continu des sujets traités par le FN. Les collectifs socio-professionnels et thématiques lancés à partir de 2013 ont à ce titre joué un rôle politique et symbolique important, en aidant le mouvement à se faire entendre sur des sujets aussi variés et cruciaux que l’école, la santé, l’écologie, la francophonie, l’université, les banlieues ou la protection animale, par exemple.

Des voix s’élèvent au sein de notre mouvement pour restreindre l’essentiel de nos prises de parole sur quelques sujets dits « fondamentaux », à savoir l’immigration, l’insécurité et l’islamisme.

Ce serait une erreur fatale : on ne rassemblera pas une majorité de Français en se repliant sur une base programmatique restreinte. On ne parlera pas aux Français en éludant ce qui constitue une part importante de leurs préoccupations. On n’ira pas vers l’avenir avec des recettes du passé.

Au contraire, notre mouvement doit s’ouvrir sur de nouvelles thématiques, parler à l’ensemble des Français sans aucune ambiguïté. Cela ne signifie en rien qu’il oubliera les sujets régaliens, qui sont eux aussi au cœur des préoccupations des Français pour des raisons très légitimes. N’oublions jamais, en outre, que notre mouvement est déjà naturellement, et extrêmement puissamment, identifié à ces sujets par l’opinion publique.

L’étude de Pascal Perrineau sur l’élection présidentielle est à ce titre très éclairante : elle démontre qu’au premier tour nous avons perdu quelques points au bénéfice du candidat de la France Insoumise. Dans des terres populaires, JL Mélenchon est passé entre 2012 et 2017 d’un score inférieur à sa moyenne nationale à un score supérieur à sa moyenne, ce qui montre le phénomène d’attraction de sa candidature sur des milieux populaires,notamment employés, ouvriers, chômeurs et jeunes.

Peut-être avons-nous un peu trop délaissé les questions sociales (emploi, austérité et pouvoir d’achat notamment) lors de la campagne de premier tour. On remarque d’ailleurs que la période de plus forte progression, au début de la campagne d’entre-deux-tours, correspond à une séquence très sociale : interviews très axées sur ces enjeux, dans des émissions à fort taux d’audience, épisode « Whirlpool », etc.

B. La persistance d’une image négative

La campagne de l’entre-deux-tours des régionales de 2015 ne s’est pas faite sur l’euro, mais sur de l’émotionnel pur. Lesprofessions de foi de second tour de nos adversaires, comme les courriers massivement diffusés par des maires et autres notables (présidents d’université par exemple), évoquaient bien davantage la République, ses valeurs, la"haine ", le racisme et autres poncifs contre le Front National. Le candidat Macron a mobilisé en fin de campagne les mêmes ressorts émotionnels, en multipliant les déplacements de campagne à caractère historique, quitte à utiliser cyniquement et à des fins électoralistes des lieux de mémoire aussi dramatiques qu’Oradour-sur-Glane.

Se pose ici la question du nom du mouvement : « Front National » fait peur.

Se pose aussi notre capacité à traiter des sujets les plus sensibles, notamment ceux qui touchent à « l’humain » : sommes-nous vraiment aussi clairs et précis qu’on le croit sur l’immigration ? Pourquoi tant de nos compatriotes sont-ils encore persuadés que ce discours est « raciste » ? Comment doit-on parler aux Français issus de l’immigration ?

Se pose la question des sujets sociétaux : ils sont à l’évidence utilisés contre nous, au mieux pour nous ringardiser, au pire pour nous faire passer pour des réactionnaires ennemis des libertés individuelles et de la modernité. Il a fallu attendre le 1er mai 2016 pour qu’une élue et cadre nationale de notre mouvement dise publiquement, et en meeting devant 2500 militants, que notre parti bien sûr défend le droit à l’IVG et le droit à la contraception. Ces éléments sont dans notre programme depuis longtemps, essentiellement sous l’impulsion de Marine Le Pen, mais pourquoi hésiter à le dire aussi clairement ? Pourquoi même parfois ce sentiment qu’on n’ose pas le confirmer ?

C. Notre capacité à définir un projet de société positif

La société française est traversée par des angoisses multiples, parfaitement compréhensibles vu l’état de notre pays. À ces angoisses il faut répondre par de l’enthousiasme et un projet porteur, positif, et non par de l’angoisse.

Est-ce le sentiment que nous donnons ? Rarement. Nous devons nous habituer à dire plus systématiquement,plus rapidement, plus clairement ce que nous proposons de positif, à expliquer le sens profond de notre engagement politique. Ce sera d’autant plus facile à faire que nous regorgeons déjà de propositions réfléchies, travaillées et concrètes, dans tous les domaines.

À nous de savoir les mettre en perspective pour définir avec enthousiasme le projet de société patriote.

Mes 14 propositions pour transformer le FN en parti de gouvernement.

Par Pierre Cheynet

Sur le fonctionnement interne du FN :

1.) Opter pour un fonctionnement collégial de notre mouvement, en réunissant plus souvent les instances internes, dont le mode d'élection devra être revu. Les éventuelles divergences programmatiques devront être tranchées par l'assemblée représentative des adhérents (le comité central) et lui seul.

2.) En finir avec les parachutages en instaurant un mécanisme d'investitures au mérite, tenant compte du travail de terrain effectué par les postulants. Un séminaire national de sélection des candidats étudiera la recevabilité des candidatures sur des critères de compétence et d'expérience objectifs (connaissance du programme, expression orale, parcours militant). La commission nationale d'investiture sera ensuite amenée à retenir, dans chaque circonscription, deux candidatures qui seront soumises, in fine, au vote des adhérents de la fédération concernée.

3.) Optimiser le fonctionnement des fédérations en assurant la prise en charge des tâches administratives par des permanents décentralisés, afin de permettre aux SD et à leurs équipes de se consacrer à leurs tâches politiques.

4.) Renoncer à la standardisation du matériel de campagne de nos candidats en proposant dans chaque région, les services de graphistes et de spécialistes en communication électorale proches de nos idées et du terrain.

5.) Rendre incompatible le statut de permanent avec celui d'élu. Un permanent est un employé du mouvement rémunéré pour assurer son bon fonctionnement, il n'a pas à exercer d'autorité politique.

6.) Promouvoir l'implantation locale en favorisant l'engagement sur le long terme de nos élus locaux, sur des territoires bien définis. Leur travail doit être suivi et mis en valeur. Une liste municipale ne doit pas être un prétexte à la présentation d'un programme national déconnecté du terrain. Elle doit répondre à des besoins spécifiques pour favoriser l'émergence de figures locales du Front qui seront ses futures têtes d'affiches.

7.) Les conseillers politiques du mouvement doivent être ramenés à un rôle purement informel. Ils sont là pour éclairer le processus de prise de décision et non pour se l'approprier. Les décisions internes doivent être prises par des cadres élus par les adhérents et non par tel ou tel courtisan, aussi talentueux soit-il.

8.) Les ralliements de personnalités extérieures doivent se faire sur la base d'un contrat moral. On rejoint le FN sur ses valeurs, son programme,et non dans l'intention de lui inculquer de force des idées qu'il n'a pas. Une charte de bonne conduite devrait permettre d'ouvrir le Front a de nouvelles personnalités sans encourir le risque d'une communication anarchique. Les nouveaux arrivants n'ont pas à "exiger" des postes ou des investitures. Sans mépris aucun pour les frontistes récents, priorité doit être laissée à ceux qui ont toujours soutenu nos idées, même quand elles étaient au creux de la vague.

Sur la stratégie du FN :

1.) Ne plus négliger l'électorat de droite, proche de nos valeurs et faiseur de roi dans le cadres de nombreux seconds tours. La liberté d'entreprendre, la défense de la famille ou la promotion du mérite sont des valeurs centrales au sein de notre famille politique. Il est clairement contre-productif de les ringardiser ou de les reléguer au second plan.

2.) Cesser de tenir un discours anxiogène sur l'Europe : nous sommes pour une Europe des nations, pas pour la mort de l'Europe. Ce genre de propos simpliste effraye un grand nombre d'électeurs sensibles à la communauté de valeurs qui nous unit à nos voisins européens, et que l'UE trahit par sa politique mondialiste et libre-échangiste.

3.) Ne plus mépriser les identités régionales au nom d'un jacobinisme qui n'a plus lieu d'être aujourd'hui. Beaucoup de Français patriotes sont attachés à nos régions,à leurs particularismes et même à leur langue parfois. Il est absurde d'opposer cette légitime fierté au sentiment national. L'un et l'autre procèdent de la même logique d'enracinement.

4.) Ne pas transformer le vote frontiste un vote de classe. C'est une fierté pour le FN d'être, depuis 1995, le premier parti ouvrier de France. Mais ce serait un problème pour lui de n'être que cela. Le Front se nourrit depuis toujours de la diversité du peuple français, il doit répugner à la logique de clientèle électorale et ne pas chercher à flatter une catégorie de la population au détriment d'une autre.

5.) Être dans la proposition plus que dans la dénonciation. La logique protestataire nous condamne à une opposition marginale.Nous devons mettre en valeur les expériences locales de nos élus et non nous servir d'eux pour diffuser localement un programme national.

6.) Cesser de s'approprier le vocabulaire ou les références idéologiques ou historiques de familles politiques concurrentes. Notre mouvement a une histoire. On n'est pas obligé d'y adhérer en totalité mais on ne saurait en faire abstraction. Qu'il y ait au FN des gaullistes est totalement légitime dans la mesure où nous aspirons à rassembler les Français. 

Cela ne fait pas du FN un "parti gaulliste" pour autant. Ayons la sagesse de ne pas abuser de symboles que certains utilisent dans une intention pas toujours très avouable.

Sources : Page FB de Pierre Cheynet