vendredi 11 mai 2018

Viol d'une patiente à l'Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine


«Désolé ma belle.» C'est par ces trois mots, envoyés par sms à sa victime, que le violeur présumé de l'Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine s'est trahi. Cet homme de 49 ans n'était pas un rôdeur mais membre du personnel, a révélé ce vendredi Le Parisien. Cet infirmierinscrit au fichier judiciaire des auteurs d'infractions sexuelles (Fijais), avait été condamné pour agression sexuelle sur personne vulnérable il y a six ansL'hôpital, de son côté, assure l'avoir recruté en 2004.

Comment pouvait-il exercer dans l'un des établissements de soin les plus prestigieux de Francefréquenté par le gotha de la politique, des affaires et du show-business? La direction de l'hôpital n'échappera pas à quelques questions. Dans l'urgence, elle a mis à pied l'employé à titre conservatoire, puis procédé à son licenciement. Mis en examen pour viol, l'infirmier se trouve toujours en détention provisoire.

Les faits remontent au 4 février dernier, il y a plus de trois moisC'est dire la chape de plomb qui a pesé sur cette affaire embarrassante. La victime est une patiente de 32 ans. En proie à des crises d'épilepsie notamment, elle a été admise le 1er février. Ce soir du 4 février donc, son compagnon, venu lui rendre visite, quitte la chambre vers 22 heures et la laisse endormie.

Comme les deux soirs précédentsl'infirmier de garde passe. Dans un demi-sommeilelle croit l'entendre, sent des mains courir sur son corps. Mais son lourd traitement l'assomme et elle reste sans réaction. Au petit matin, elle se plaint de douleurs au bas-ventre et croit vaguement se souvenir d'avoir eu des relations sexuellesTroubléeelle met d'abord cela sur le compte de ses puissants médicaments.

Curieusement, elle reçoit dans la foulée un sms sur son téléphone mobile d'un numéro qu'elle ne connaît pas. C'est le fameux «désolé ma belle». Un message que le violeur présumé a laissé en pensant se couvrir. Dans son esprit, il s'agit d'un mot censé attester qu'il a refusé les avances de la patiente. Le piètre manipulateur a commis la faute de trop.

Fiché et déjà condamné en 2012

La victime voit le praticien de l'hôpital qui la suit et l'interroge sur les effets possibles de son traitement. Il est catégoriqueil ne saurait provoquer d'hallucinations. L'idée d'un viol s'impose à la jeune femme qui porte plainte le 11 février, soit une semaine après les faits.

L'enquête est confiée à la police par le parquet de Nanterre (Hauts-de-Seine). Très vite, à partir du numéro d'envoi de l'étrange sms, les enquêteurs remontent à l'infirmier suspect. La mémoire informatique de la «grande maison» tilte aussitôt: il est connu, fiché et a déjà été condamné pour affaire de mœurs en 2012. Interpellé chez lui à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), perquisitionnéplacé en garde à vue, il est soumis à un interrogatoire serré. Il a beau contester les faits, des analyses scientifiques sont en coursL'ADN ne tardera pas à parler.

Les enquêteurs n'ont pas eu seulement à cœur de dénouer cette affaire sordideIl leur faut aussi s'assurer que l'infirmier n'a pas fait d'autres victimes dans l'hôpital ou dans d'autres lieuxUn travail de longue haleine visant à faire émerger d'éventuels témoignages. Toute femme qui s'est trouvée sous sa garde en plein sommeil à l'hôpital américain de Neuilly peut légitimement s'interroger. La direction de l'établissement précise «ne jamais avoir été informée d'une inscription sur le Fijais ou un quelconque autre fichier» de son infirmier et regrette de «ne pas avoir été avisée de faits aussi graves».

Par Jean-Marc Leclerc le 11/05/2018