dimanche 1 juillet 2018

Merkel déstabilisée par la crise des migrants


L'avenir d'Angela Merkel était toujours incertain dimanche soir. La coalition de la chancelière allemande menaçait toujours d'exploser faute d'entente sur la politique migratoire entre la CDU et la CSU, deux partis frères pourtant. Loin de s'apaiser après les conclusions du Conseil européen de jeudi et vendredi, le conflit entre la chancelière allemande et les conservateurs bavarois s'est encore envenimé. Même si les chrétiens sociaux ne sont qu'un parti régional, leurs voix sont décisives: sans eux, Angela Merkel n'a plus de majorité au BundestagDepuis plus de deux semaines, ils réclament un «tournant» dans la politique d'asile de l'Allemagne.

La veille, Angela Merkel était pourtant optimiste. Elle avait reçu à la Chancellerie le ministre de l'Intérieur et président de la CSUHorst Seehofer, pour s'entretenir des résultats du Conseil européen et lui proposer un «plan pour contrôler et ordonner» l'immigration. Elle espérait ainsi obtenir la fin des hostilités.

Le compromis européen avait la vertu inespérée d'avoir été approuvé par tous, de l'Italie à l'Autriche en passant par la Hongrie. Les Européens s'étaient entendus pour davantage contrôler les migrations: plateforme de débarquements de l'autre côté de la Méditerranée dans des pays volontairescentre d'accueil contrôlés dans l'Union… Le sujet des migrations «secondaires», c'est-à-dire au sein de l'UE, était cependant renvoyé à un travail entre États membres.

Dans la fouléeAngela Merkel avait annoncé avoir conclu des accords bilatéraux avec 14 pays pour y reconduire les migrants y ayant été enregistrés. Dans une interview enregistrée à la ZDF, la chancelière se montrait donc satisfaite: même si «le sujet n'est pas réglé», les mesures adoptées sont «équivalentes» à celles réclamées par la CSU, assurait-elle. Horst Seehofer réclame de pouvoir reconduire à la frontière les migrants enregistrés ailleurs. Mais Angela Merkel refuse toute action unilatérale de Berlin qui déstabiliserait les autres pays européens.
Lutte fratricide

Mais l'accord européen s'est révélé beaucoup plus fragile que claironné. Et plusieurs pays d'Europe centralePologneHongrieRépublique tchèque ou Slovaquie, ont rapidement démenti avoir signé un accord avec l'Allemagne. Le compromis sur l'asile ne répond pas à l'enjeu, a affirmé Horst Seehofer lors d'une réunion de son parti dimanche. «Je me déplace à Berlin et la chancelière ne bouge pas d'un centimètre», a lancé le patron de la CSU, qualifiant son entretien la veille avec Angela Merkel de «vain et inutile». Dans le choix des mots qu'il emploie, il laisse entrevoir sa volonté d'agir seul contre la volonté de sa chancelière.

Dans son parti, les faucons tiennent la ligne. Le patron des députés bavarois au BundestagAlexander Dobrindt, a plaidé pour que la CSU montre «sa capacité à adopter des mesures nationales» en plus des propositions européennes. «C'est une question de crédibilité», a-t-il ajouté, en suggérant un nouvel acte de défiance contre la chancelière. Le ministre-président de BavièreMarkus Söder, s'est lui aussi montré intransigeant. «Les gens sentent si nous agissons par peur ou par conviction. Et quand j'ai le choix, la décision est claire», a-t-il clamé. À trois mois et demi des élections régionales dans son Land, il fixe le cap.

Au même moment, à Berlin, la CDU se réunissait, elle aussi, en sommet de crise. Les deux partis doivent demeurer «unis», ont plaidé les proches de la chancelière. Le spectacle de la dislocation du camp conservateur a été suivi avec stupéfaction par les autres formations. Le SPD, en particulier, redoute d'être la victime collatérale de cette lutte fratricide. Le parti social-démocrate, qui ne s'est pas remis de sa débâcle électorale et paie les frais de son entrée dans la grande coalition, n'est pas prêt pour de nouvelles élections. Pour ne pas être hors jeu, la présidente de la formationAndrea Nahles, a présenté ce week-end un plan sur l'immigration

Elle y conteste les positions de la CSU et supporte les efforts de la chancelière pour aboutir à une solution européenne.

Par Nicolas Barotte le 01/07/2018